C'est une réalité bien connue de l'industrie agroalimentaire, mais souvent ignorée des consommateurs : derrière de nombreux produits "premier prix" des supermarchés se cachent les plus grandes marques. Mêmes recettes, mêmes usines, mêmes ingrédients… seul l'emballage change. Et le ticket de caisse aussi. Une enquête du média allemand Finanztip vient de remettre le sujet sur la table, en s'appuyant sur des cas concrets et l'analyse de l'expert en consommation Lukas Scheller, interrogé par l'émission Galileo.
L'exemple le plus parlant ? Les biscuits Prince. D'un côté, les célèbres "Prinzenrolle Cremys", vendus 1,99 euro. De l'autre, les "Sondey Biskuits", la marque distributeur de Lidl, à seulement 1,49 euro. Selon l'enquête de Finanztip, les deux produits sortent de la même usine, celle du fabricant Griesson - de Beukelaer. Les ingrédients sont rigoureusement identiques : même liste, même ordre, mêmes valeurs nutritionnelles. Et lors d'un test à l'aveugle organisé par Finanztip, aucun goûteur n'a pu faire la différence. Pourtant, des millions de consommateurs continuent à payer 50 centimes de plus chaque semaine, sans le savoir.
Pourquoi un grand fabricant accepterait-il de produire aussi pour les marques discount, au risque de se concurrencer lui-même ? La réponse est purement économique. "Plus une usine tourne à plein régime, plus la production revient bon marché", explique Lukas Scheller à Galileo. En clair : la marque gagne deux fois. Une fois sur son produit star, une seconde fois en remplissant ses chaînes avec une version anonyme. Le consommateur, lui, n'en a généralement aucune idée.
Le design des emballages n'est pas non plus laissé au hasard. Le trèfle irlandais sur fond vert et or du beurre Lidl rappelle immédiatement le célèbre Kerrygold. C'est volontaire : on se sent en confiance, on achète. Pour démasquer ces "jumeaux", quelques astuces simples existent. Première chose à faire : comparer l'adresse du fabricant au dos de l'emballage. Si elle correspond à celle d'une grande marque, le doute n'est plus permis. Pour le lait, la viande ou le poisson, le numéro d'agrément sanitaire (du type "FR-XX-12345 CE") permet de retrouver l'usine d'origine en quelques clics. Des applications comme "Détective des marques" (disponible sur Apple ou playstore, "Markendetektive" en VO) font même le travail à votre place.
Reste une bonne nouvelle pour le porte-monnaie : les tests de consommation indépendants montrent régulièrement que les produits sans marque battent leurs équivalents premium, notamment pour l'eau, les produits laitiers ou les pâtes. Attention toutefois aux exceptions. Sur les bâtonnets de poisson, l'enquête de Galileo a relevé 65 % de poisson dans la version de marque, contre seulement 60 % dans le produit discount, le reste étant de la panure. Idem pour la rémoulade, plus riche en jaune d'œuf et en cornichons côté marque. "Il existe énormément de produits sans marque qui sont aussi bons, voire meilleurs, que les produits de marque, et je n'ai pas besoin de payer le double pour ça", résume Lukas Scheller. La prochaine fois, retournez le paquet avant de choisir : votre caddie n'a pas fini de maigrir.