Il y a les grandes discussions de couple, celles où l'on sait parfaitement pourquoi on n'est pas d'accord. Et puis il y a toutes les autres. "Tu es encore sur ton téléphone", "tu ne m'as même pas embrassé en rentrant", "avec tes amis, bizarrement, tu arrives à être à l'heure"… Sur le papier, rien de très grave. Sauf qu'une petite phrase en entraîne une autre, et ces disputes a priori pour des "bêtises" ne sont finalement pas si anodines qu'on pourrait le croire...
La psychologue Paula Orell le voit d'ailleurs très souvent en thérapie de couple. "Parfois, les discussions pour des "absurdités" cachent de grandes choses que nous ne savons pas comment exprimer. Parfois même, nous ne savons pas qu'elles sont là" explique-t-elle dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux. Elle prend l'exemple d'un couple venu la voir en thérapie. Les deux partenaires arrivent avec plusieurs reproches très concrets. Elle lui fait remarquer qu'il passe trop de temps sur son portable. Lui raconte qu'en rentrant chez eux, sa compagne le salue puis va voir le chien, avant de lui reprocher quelques secondes plus tard de ne pas être venu l'embrasser. "Il y a quelque chose qui arrive très souvent : nous voulons dire une chose, mais ce qui sort de notre bouche n'a rien à voir avec ce que nous voulons réellement dire" observe-t-elle.
Au lieu de rester sur le contenu du reproche, la psychologue leur demande de le "traduire". Pas pour déterminer qui a raison mais pour comprendre ce que chacun essaie réellement de demander à l'autre. Et l'exercice change radicalement la conversation. Quand sa compagne lui reproche d'être toujours sur son téléphone, elle ne cherche pas seulement à lui faire réduire son temps d'écran. En reformulant ce qu'elle ressent, elle explique qu'elle aimerait qu'il soit "davantage attentif" à elle. Même chose avec l'histoire du bisou en rentrant : le problème n'est pas de tenir une comptabilité des embrassades. "Tu me manques", finit par lui dire l'homme. Sa compagne lui répond alors : "Toi aussi, tu me manques beaucoup." Elle explique qu'elle était auparavant très enthousiaste à propos de leur relation et que la manière dont il était avec elle lui manque.
Le problème que peuvent cacher toutes ces disputes pour des "bêtises" est donc une distance qui s'est installée dans le couple, avec un manque d'attention, de proximité et de connexion. "Cela ressemblait à des bêtises, mais un jour, quelque chose de plus important est apparu", explique Paula Orell à propos de ce couple. Les reproches servaient finalement à dire "occupe-toi davantage de moi", "montre-moi que je compte" ou tout simplement "tu me manques". L'idée n'est pas de transformer chaque oubli de bisou ou retard de cinq minutes en séance de thérapie improvisée dans la cuisine. En revanche, lorsqu'une multitude de petites disputes reviennent et semblent toujours plus chargées que leur sujet ne le justifie, Paula Orell invite à se poser et à réfléchir à ce que l'on veut vraiment dire à l'autre.