Fanny Cottençon, "actrice" de l'égalité des sexes

César du meilleur second rôle en 1982 pour sa performance dans "L'Etoile du Nord" de Pierre Granier-Deferre, Fanny Cottençon a mené sa carrière, cœur battant et féminisme en étendard.

Signé Furax, Tête à claques, Paradis pour tous, Femmes de personne, A coups de crosse, Les Saisons du plaisir, Tant qu'il y aura des femmes, L'homme idéal, Change moi ma vie, Mariage mixte, Dialogue avec mon jardinier... La filmographie de Fanny Cottençon est à son image : engagée, décomplexée, énergique, intense, provocante aussi.
Interprète à fleur de peau, cette comédienne a toujours su conjuguer sensibilité et revendications égalitaires. A quelques semaines de l'élection présidentielle, elle nous livre ses regrets, ses espoirs, ses attentes.

Journal des Femmes : Une célébrité n'est-elle pas immunisée contre le machisme ambiant ?
Fanny Cottençon : Je ne suis pas, à proprement parler, une star du showbiz mais quelque soit le milieu, il est improbable d'être immunisée contre le machisme, qui est partout !

Vous avez tourné avec les plus grands, côtoyé des personnalités exceptionnelles, drôles, fortes... Le "genre" a-t-il son importance lorsqu'on parle d'humour et de talent ?
FC : Effectivement le talent n'a rien à voir avec le "genre", même si parfois on a pensé que l'humour n'était pas l'apanage des femmes. Une femme qui faisait rire, cela n'était pas très apprécié. Heureusement, ça a changé.

Pourquoi cet engagement au sein du Laboratoire de l'Egalité ?
FC : Je me sens concernée par les problèmes de l'égalité entre les femmes et les hommes depuis toujours. Une période électorale est un moment privilégié pour que cette question soit d'avantage entendue, voire, prise en compte.

Etait-ce déjà ce qui vous avez amenée à interpréter "Les monologues du vagin", en 2000 ?
FC : Quand j'ai décidé de créer en France la pièce d'Eve Ensler, c'était évidemment dans l'esprit de briser un tabou en permettant d'entendre différentes voix féminines qui parlent de leur intimité sexuelle. C'est un texte révolutionnaire qui refuse que le silence étouffe les femmes.

Quelles sont les injustices, les preuves de "déconsidérations" que vous ressentez au quotidien ?
FC : L'injustice majeure dans mon métier est la difficulté pour une femme, passé un certain âge, d'avoir du travail. Ce qui n'est pas le cas pour les hommes, il y a beaucoup plus de rôles pour eux.

Avez-vous parfois considéré votre féminité comme un "handicap" ?
FC : Non, je n'ai jamais perçu ma féminité comme un désavantage ou une infirmité, même si tout est fait pour que les femmes se sentent inférieures, tant concrètement que dans l'inconscient collectif. L'essentiel est de résister à la pression par un combat à la fois personnel et collectif

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Fanny Cottençon © F.C

Les caprices de vos consœurs, vous en pensez quoi ?
FC : Je ne connais pas de diva !

Comment vous habillez-vous pour briller en société ?
FC : Je mets une robe et des sandales dorées, bien sûr !

Devenir maman vous a-t-il épanouie... ou desservie ?
FC : Il est difficile de faire la part des choses. Je ne sais pas, à quoi ou à qui, je dois mon épanouissement personnel. J'aime être mère et le fait d'avoir un enfant n'a eu aucun effet sur mon parcours professionnel.

Exiger la parité, n'est-ce pas là un aveu de faiblesse ?
FC : Ce n'est pas de la faiblesse, c'est le constat qu'il y a des droits qu'on ne peut obtenir qu'en forçant les choses. Qui peut faire confiance à un homme politique de laisser sa place à une femme ?

Après 40 ans de féminisme, quels sont, selon-vous, les luttes qui restent à mener ?
FC : Toutes ! L'égalité dans le travail (salaires, conditions de travail, précarité de l'emploi, temps partiel...), l'égalité dans les tâches domestiques, les corvées ménagères, la parité (avec l'égalité dans la représentation en politique)... Et n'oublions pas que les lois concernant le contrôle des naissances sont insidieusement remises en cause au quotidien par la fermeture de centres de Planning Familial, de services d'IVG dans les hôpitaux.

Portrait chinois :

Si vous étiez...

Un mot :  RIRE
Un végétal : une pensée
Un film : "La Nuit, d'Antonioni", pour la scène ou Jeanne Moreau marche seule dans Rome
Une recette de cuisine : la salade de pamplemousse
Un animal : plutôt chien que chat
Une drogue : le rire, encore !
Une chanson : 3 petites notes de musique
Un parfum : l'odeur des pins parasols l'été
Et si vous étiez un homme ? Je me déguiserais en femme !

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