Procès Preynat : "Pour moi, c'était des caresses en cachette", avoue l'ex-prêtre

Le procès de Bernard Preynat s'est ouvert mardi 14 janvier au tribunal correctionnel de Lyon. L'ex-curé âgé de 74 ans y est jugé pour agressions sexuelles sur un groupe de scouts de Sainte Floy dont il a été responsable pendant vingt ans. Il risque une peine maximale de dix ans d'emprisonnement.

Procès Preynat : "Pour moi, c'était des caresses en cachette", avoue l'ex-prêtre
© KONRAD K./SIPA

À cause du mouvement de grève des avocats, le procès de Bernard Preynat qui devait s'ouvrir le 13 janvier a été repoussé au mardi 14 au tribunal correctionnel de Lyon. L'ancien prêtre, accusé d'agressions sexuelles sur mineurs par personne ayant autorité, est interrogé après l'évocation des faits et l'audition des victimes. 

Des centaines d'enfants agressés en vingt ans

Pendant vingt ans, de 1971 à 1991, Bernard Preynat a agressé en toute impunité les enfants du groupe de scouts âgés de 7 à 15 ans dont il avait la charge. A Sainte Foy, au Portugal,ou en Irlande, le prêtre répétait le même processus (caresses, baisers, étreintes) sur ses victimes qui sont désormais chiffrées au nombre de trente-cinq. Certains étaient au courant de ses actes, comme en témoignent les lettres de dénonciation qui ont été conservées par l'évêché de Lyon. 

En 2015, l'affaire éclate au grand jour. Alexandre Hezez décide de porter plainte contre l'ancien curé, après avoir échangé pendant un an avec l'évêché de Lyon. Les enquêteurs découvrent alors d'autres victimes, dont certaines décident avec Alexandre Hezez de fonder l'association La Parole libérée. L'affaire inspire le grand écran avec le film Grâce à Dieu, de François Ozon.

"Quatre ou cinq en une semaine"

A l'ouverture du procès suivi par France Info, dix anciens scouts se sont portés partie civile. Bernard Preynat, prend la parole : "J'ai reconnu les faits qui me sont reproché. A l'époque, je ne me rendais pas compte de la gravité de mes actes et je ne pensais pas aux conséquences sur mes victimes". Il évoque également avoir agressé des centaines d'enfants,"quatre ou cinq en une semaine", a ajouté Le Point.

Recueillis par France Info, les témoignages défilent. Les récits sont similaires. Le camp de vacances ou le fond du bus, des caresses sur le sexe, des chefs scouts conscients des agissements... "son attitude était assez paternaliste, mon père me faisait des câlins, le père Preynat aussi... J'étais son chouchou" raconte François Devaux. "Je suis incapable de dire le nombre de fois que les choses se sont passées, au moins une dizaine de fois" ajoute Mathieu Farcot

Pierre Emmanuel Germain-Thill raconte avoir subi des attouchements plus appuyés que les caresses sur le sexe, une centaine de fois. Bernard Preynat rétorque : " C'est impossible, je veux bien aller jusqu'à une dizaine de fois, je n'ai jamais reconnu que ça c'était passe une cinquantaine de fois, ce n'est pas le souvenir que j'ai," affirme-t-il 

Quand l'avocat du plaignant lui demande s'il avait conscience de commettre les agressions, l'ancien prêtre répond par la négative : "Pour moi, c'était des caresses en cachette".

"J'ai tout fait pour résister"

Tout au long de la première journée de procès, l'accusé tient à reconnaître ses fautes, tout en se justifiant à demi-ton : "Je me suis battu contre moi-même pour que ça ne recommence pas [...] J'avais fait une promesse  au Cardinal Decourtay, j'ai tout fait pour mériter cette confiance. Je ne dis pas que je n'ai pas eu des tentations, mais j'ai tout fait pour résister." Alors que les victimes évoquent les attouchements sur le corps, les fesses, les masturbations, les baisers avec la langue, Bernard Preynat parlent des "câlins, des caresses" ou encore "des baisers sur les yeux et les sourcils".

Une "pulsion" incontrôlable

À l'ouverture de la deuxième journée de son procès le 15 janvier, Bernard Preynat revient sur les "pulsions" qui l'ont poussé à commettre les agissements évoqués.

"C'est une pulsion. Je ne sais pas comment expliquer ça. Il y avait énormément d'enfants. J'étais loin de tous les agresser, Dieu merci", lâche-t-il selon Lyon Capitale qui a recueilli les propos de l'ancien prêtre. Il ajoute avoir fait une "dichotomie" entre ses actions de "dire la messe","apprendre la liturgie", et le fait de commettre les agressions.

"Pourquoi accepter ces tentations-là, sachant que vous avez une impossibilité à vous refréner ?", demande l'avocat des victimes Me Sauvayre à l'accusé, qui a pris sous sa responsabilité de nombreux enfants lors des camps scouts. L'homme de loi compare cette situation avec celle d'un "alcoolique qui va travailler dans une distillerie de whisky".

Bernard Preynat répond en insistant sur l'aide et l'écoute dont il aurait dû bénéficier : "Malheureusement, durant toute ma vie, je n'ai pas trouvé la voie pour éviter ces agressions. Je n'ai pas été aidé. C'est compliqué de parler en toute confiance quand on est attiré par les petits garçons". Il ajoute plus tard : "Mais je ne dis pas que le coupable c'est l'Église pour me disculper. Je reproche seulement qu'on ne m'ait pas aidé au moment où ça pouvait être efficace".