Dr. Le Scouarnec, mis en examen pour 312 viols ou agressions sexuelles sur mineurs

PROCES - Le chirurgien Joël Le Scouarnec a été mis en examen et placé en détention provisoire le 15 octobre à Lorient pour ce qui s'apparente à l'affaire de pédophilie la plus importante de France. Le sinistre collectionneur, accusé de viols sur mineurs, avait consigné dans des carnets ses déviances glaçantes...

Dr. Le Scouarnec, mis en examen pour 312 viols ou agressions sexuelles sur mineurs
© Jonzac, en Charente-Maritime - Bzh22 / 123RF

[Mis à jour le 16 octobre 2020 à 11h04 ] Joël Le Scouarnec, ex-chirurgien de 70 ans et accusé de viols sur mineurs et incarcéré depuis mai 2017, a été mis en examen  pour 312 faits d'agressions sexuelles ou viols et placé en détention provisoire jeudi 15 octobre selon le procureur de la République de Lorient, Stéphane Kellenberg.
L'homme a été extrait de la prison de Saintes, en Charente-Maritime où il doit être jugé à partir du 30 novembre, puis placé en garde à vue le 13 octobre pour les faits qui lui sont reprochés, lors de ses passages dans les hôpitaux de Vannes, Quimperlé, et Lorient, en Bretagne.
"Ce sont, au final, 343 victimes qui ont été identifiées ou se sont avérées identifiables ", a déclaré Stéphane Kellenberg.

D'après le procureur, "Monsieur Le Scouarnec s'est montré plutôt distant et détaché, se retranchant non pas dans un déni mais dans une absence alléguée, d'aucun pourrait dire opportune, de souvenirs. Il a tout de même fini par concéder certains faits tout en concluant, suivant un degré d'authenticité qui restera à évaluer dans le cadre de l'information qu'il regrettait le mal qu'il aurait pu causer", durant sa garde à vue.

Une information judiciaire a été ouverte à l'encontre de Joël Le Scouarnec pour "viols et agressions sexuelles sur des mineurs de moins de 15 ans", "viols sur des mineurs de moins de 15 ans et par personne abusant de l'autorité de sa fonction" et "viol et agressions sexuelles commis par une personne abusant de l'autorité de sa fonction".

Des sordides découvertes

Après des décennies d'atrocités commises sur des enfants, âgés de 11 ans en moyenne, c'est finalement en 2017 que Joël Le Scouarnec est arrêté. Alors qu'il exerce à l'hôpital de Jonzac, en Charente-Maritime, il abuse d'une petite fille de 6 ans, qui raconte les faits à ses parents. Sa mère décide alors de porter plainte... 

Lors de l'enquête ouverte sur l'ancien chirurgien de sordides collections ont été dénichées sur son ordinateur. Le recensement fait froid dans le dos : 301 544 photos et vidéos pédopornographiques ont été trouvées et classées par thème, de "zoophilie" à "enfants nus" en passant par "scatologie", nous précise Le Monde.

Joël Le Scouarnec avait dissimulé le sombre contenu sur un ordinateur non connecté à Internet, mesure qu'il pensait préventive, puis sur des disques durs que le chirurgien a ensuite cachés sous un matelas lorsqu'il a compris qu'il se faisait arrêter par la police. Mais l'horreur ne s'arrête pas là. L'homme, qui avait la manie de tout noter, a noirci plusieurs journaux intimes en y racontant les agressions sexuelles et viols qu'il a fait subir aux enfants qui furent ses patients, de 1989 à 2017. 

Joël Le Scouarnec : "On peut les toucher sans qu'elles se posent trop de questions"

"L'avantage des petites filles de cet âge, c'est qu'on peut les toucher sans qu'elles se posent trop de questions", lit-on dans l'un des "carnets noirs", comme le rapporte Le Monde. Joël Le Scouarnec relate les abus qu'il a fait subir aux enfants en poussant sans vergogne les portes de leur chambre d'hôpital : "14 mai, 10 h 20. Quand je suis entré dans celle de N., j'ai eu l'agréable surprise de la trouver seule (…) J'y suis donc retourné pour en profiter. J'ai découvert son bas-ventre, prétextant de savoir si elle avait toujours des brûlures en faisant pipi".

Pour les patients au-delà de 12 ans, il passe souvent à l'acte lorsqu'ils sont "endormis ou sous anesthésie" en salle de réveil ou au bloc. Si le chirurgien admet avoir réalisé des "pénétrations digitales", il semble qu'il se soit fixé une limite à ne pas franchir, "la pénétration dans le sexe d'un enfant avec son propre sexe".

Joël Le Scouarnec : "Je suis pédophile. Et j'en suis très heureux"

En avril 1996, il raconte que son épouse, (une aide-soignante rencontrée pendant son externat, la "seule femme" de sa vie), surnommée "ELLE" dans son carnet, a découvert ses travers et lui ordonne de se faire soigner. "Le cataclysme est venu s'abattre sur moi et sur mon attirance pour les petites filles et les petits garçons. ELLE sait que je suis pédophile", lit-on selon Le Monde.

Une découverte qui ne fait pas vaciller les sordides activités de ce père de trois garçons, au contraire. Toujours selon Le Monde, quatre mois plus tard, il écrit : "Mercredi 1er mai 1996, minuit, dans le salon de musique. Je me suis placé devant la caméra vidéo et je me suis déshabillé. Nu, je me suis tripoté (…) pour fêter la reprise de mes activités pédophiles".

L'homme n'éprouve aucune honte et se délecte même de ses perversités : "Le 10 avril, 8 h 15, dans les toilettes, à l'hôpital de Lorient. Tout en fumant ma cigarette du matin, j'ai réfléchi au fait que je suis un grand pervers. Je suis à la fois exhibitionniste, voyeur, sadique, masochiste, scatologique, fétichiste, pédophile. Et j'en suis très heureux." Au fil des années, ses journaux intimes sont griffonnés de récits, plus glauques les uns que les autres, dans lesquels il décrit "les odeurs corporelles, les sécrétions, les excréments", selon Le Monde.

Joël Le Scouarnec : première arrestation et séparation 

En 2004, il est fait face à une première arrestation : sa carte bancaire a été enregistrée sur un site russe pédopornographique basé aux États-Unis et le FBI a repéré son identité. Le Monde précise que l'interrogatoire est bref et les conséquences ne sont pas lourdes. "9 décembre 2004. Ce qui devait arriver est arrivé. Je vais être fiché comme pédophile. Je suis donc contraint de cesser mes activités sur Internet. Quand pourrai-je reprendre ?" L'impossibilité de visionner ces glaçantes images sur la Toile n'empêche pas le chirurgien de poursuivre ses abus à l'hôpital de Quimperlé, où il travaille depuis quelques mois : "18 h 30, J'ai trouvé le petit A. tout seul et je n'ai pas hésité à baisser son slip".

En 2008, après avoir écopé de quatre mois avec sursis pour téléchargement d'images pédopornographiques, sans obligation de soin ni restriction, le chirurgien décroche un poste à l'hôpital de Jonzac, en Charente-Maritime, malgré la sinistre réputation qu'il commence à se faire. Le médecin justifie ses activités auprès de la directrice de l'établissement. D'après Le Monde, celle-ci s'est souvenue lors d'un procès verbal qu'à l'époque, il lui avait avoué "de la consultation Internet chez lui (…) par détresse personnelle suite à la séparation avec sa femme". 

Joël Le Scouarnec : ses perversités à domicile

Après le divorce, Joël Le Scouarnec s'installe seul. Son ex réside dans leur villa à Vannes, à 400 km de lui. Ses enfants ont déjà quitté le nid. Mais qu'importe, l'homme apprécie la solitude. Elle lui donne l'impression de ne pas avoir de comptes à rendre. "Je ne veux aucune femme, aucune bête, aucune plante. Etre libre", déclare-t-il à son frère. Chez lui, il continue à consommer des images pédopornographiques, traîne nu, ne se lave pas, sombre dans l'alcoolisme (il vide les bouteilles de whisky), mange des conserves debout sur son évier, aime se photographier en tutu ou vêtu d'une culotte d'enfant dérobée, nous raconte Le Monde

Malgré tout, il ne peut plus faire subir ses abus à ses patientes, comme autrefois, par peur de se faire repérer, et se contente de poupées sexuelles pour assouvir ses sombres désirs.