Renée Zellweger (JUDY) : "La célébrité peut être violente, psychotique"

C'est une véritable renaissance artistique ! En incarnant la légendaire Judy Garland dans le biopic JUDY, en salles le 26 février, Renée Zellweger a mis Hollywood à ses pieds, en remportant une pléthore de prix, dont l'Oscar de la Meilleure Actrice. Rencontre avec une star à la simplicité enthousiasmante.

Renée Zellweger (JUDY) : "La célébrité peut être violente, psychotique"
© Jordan Strauss/AP/SIPA

Nous l'avions rencontrée, souriante et chaleureuse, quelques jours avant la cérémonie des Oscars. Depuis, Renée Zellweger a fait main basse sur la prestigieuse statuette dorée en qualité de meilleure actrice. Son rôle de Judy Garland dans le poignant biopic Judy de Rupert Goold, en salles le 26 février, lui a également valu un Golden Globe, un Screen Actors Guild et un BAFTA. Un Grand Chelem totalement mérité et logique ! L'intéressée y brille en effet de mille feux sous les traits de cette figure légendaire du cinéma, écartelée entre la lumière et les tourments. Zellweger revient pour le Journal des Femmes sur cette expérience pour laquelle elle épate dans le jeu, le chant et le geste. 

Quelle part de la vie ou de la personnalité de Judy Garland vous a le plus inspirée ?
Renée Zellweger :
Sa ténacité, sa détermination et cet espoir qu'elle avait chevillé au corps. Son refus d'abandonner, aussi. Surtout quand on voit ce qu'elle a accompli, malgré les circonstances contre lesquelles elles se débattaient et qui en auraient découragé plus d'un. C'est complètement fou toutes ces performances qu'elle a pu délivrer, ces tournées qu'elle a enchaînées, tenant debout devant autant de gens, leur donnant de son énergie pendant des années. Franchement, je ne sais pas comment elle a tenu le coup. Je connais un peu ce type d'emploi du temps et je sais ce que ça peut faire à une femme. Elle, en plus, devait assurer des performances scéniques et jongler avec toutes les variables possibles pour offrir la meilleure des performances vocales. Elle est incroyable.

Enfant, chantiez-vous ses chansons ?
Renée Zellweger :
Bien sûr ! Mon père les passait souvent à la maison. On la voyait aussi à la télévision, en direct ou lors de rediffusions. Je suis d'une génération pré-internet, d'avant le câble (rires). Il fallait donc qu'elle apparaisse à la télé pour qu'on la voie. On s'asseyait devant et on regardait.

C'était une époque formidable pour être connu.e, non ?
Renée Zellweger :
J'aimais beaucoup cette période où certains moments revêtaient vraiment une valeur spéciale. Je me souviens par exemple de l'excitation avant la diffusion télévisée du Magicien d'Oz. On n'avait pas tout ce qu'on veut à portée de tablettes digitales. Il fallait attendre les choses et c'était une telle récompense quand elles arrivaient enfin à nous.

"J'avais des bases solides, une compréhension de qui j'étais, une certitude quant à mes valeurs…"

Ce biopic parle de la célébrité à travers les blessures de Judy Garland. Pensez-vous que la gloire s'accompagne toujours de souffrance ?
Renée Zellweger :
Je crois que ça dépend de la personne qui expérimente ça, de la façon dont la célébrité se manifeste dans votre vie et du contexte et des circonstances en présence. Elle peut être violente, psychotique et très dangereuse et traverser les barrières de votre vie privée, de votre humanité profonde. Mais elle peut aussi être tout à fait bénigne.

Renée Zellweger dans "Judy". © Pathé

Etiez-vous préparée à la gloire quand votre carrière a littéralement explosé avec votre rôle de Bridget Jones ?
Renée Zellweger :
Je pense que personne n'est préparé à ça. Avant de déménager à Los Angeles à l'âge de 24 ans, j'avais étudié et travaillé. J'étais une grande fille avec des perspectives d'avenir, des ambitions. J'avais voyagé à travers le monde, surtout gamine avec mes parents européens. J'avais des bases solides, une compréhension de qui j'étais, une certitude quant à mes valeurs… Je savais ce qui était inébranlable dans ma constitution. Vous savez, quand la vague de célébrité arrive, on se rend compte qu'on ne nait pas avec les aptitudes à gérer une trajectoire pareille. C'est comme si on disparaissait immédiatement et qu'on était remplacé.e par les projections que font d'autres sur nous. On devient ce qu'ils ont envie ou qu'ils pensent qu'on est. Ce qu'on reçoit des gens, ce sont les produits de ces projections et cela n'a rien à voir avec notre vérité. Il faut développer les outils nécessaires pour dépasser tout ça. 

A la base, vous vouliez être écrivaine. Regrettez-vous de ne pas avoir persévéré dans cette direction ?
Renée Zellweger :
L'univers avait d'autres plans pour moi. Je n'ai pas directement eu une carrière en tant qu'actrice. Les petits choix que j'ai faits ont eu un effet boule de neige qui m'a conduite vers le cinéma. Et je ne le regrette pas. Les plus grandes leçons et la bénédiction de ma vie viennent de mon boulot. J'apprends tellement à travers cet art.

Qu'y a-t-il derrière l'arc-en-ciel ?
Renée Zellweger :
(sourire) Je ne le sais pas encore. Je vais le chercher. Mais quand j'écoute la chanson, j'y décèle la croyance au voyage, à sa signification, à son sens, la beauté de la découverte sur le chemin. J'entends que c'est possible. Ce film a été un sacré voyage au cours duquel moi, comme tous les autres, avons voulu être respectueux de la vie de Judy Garland tout en lui témoignant notre profonde affection.

Quels sont les performers musicaux qui vous enthousiasment le plus ?
Renée Zellweger :
Impossible à dire... Allez sur Youtube et vous verrez des phénomènes ! J'aime cela dit Tom Jones, Sam Smith ou encore Beyoncé qui est tellement puissante et, surtout, elle-même.

Que peut-on vous souhaiter ?
Renée Zellweger :
Je suis déjà assez chanceuse d'avoir fait ce film (rires).