Paco Rabanne, couturier fantasque et futuriste

Paco Rabanne est un créateur iconoclaste dont le style futuriste a profondément marqué la mode. Retour sur une carrière protéiforme.

Paco Rabanne, couturier fantasque et futuriste
© BOULAT ALEXANDR/SIPA

De son vrai nom Francisco Rabaneda Cuervo, Paco Rabanne voit le jour le 18 février 1934 à Pasaia, en Espagne. Quatre ans après sa naissance, son père, opposant au régime franquiste est fusillé. Sa mère, alors première main chez Cristobal Balenciaga, est contrainte de quitter l'Espagne, direction la France. C'est à Paris que Paco Rabanne suivra ses études. Il entreprend un cursus d'architecture à l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de 1951 à 1963. Afin de financer ses études, il imagine des accessoires pour les créateurs phares de l'époque : Hubert de Givenchy, Pierre Cardin, Alain Courrèges, Nina Ricci... Ils y passent tous !

Architecte du vêtement 

En 1959, son travail fait une première apparition dans les pages du très respecté Women's Wear Daily américain : on y découvre sept robes graphiques et minimalistes, confectionnées par un certain Franck Rabanne. En 1963, c'est pour son travail d'architecte qu'il est célébré, puisqu'il est le lauréat de la Biennale de Paris. Sa sculpture, habitable, est exposée au musée d'Art Moderne de la capitale. Puis, en 1965, il signe une ligne de bijoux en rhodoïd. Matière qu'il reprendra à l'envi un an plus tard, lors de la présentation de sa première collection, intitulée "Manifeste, 12 robes importables en matériaux contemporains". Déjà apparaissent les sequins, l'aluminium, le plastique, le métal qu'il préfère au satin, au velours ou à la soie, étoffes privilégiées par les couturiers de l'époque.

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Paco Rabanne et Francoise Hardy lors d'une émission TV en 1967 © BOULAT ALEXANDR/SIPA

Il fera de cette originalité sa marque de fabrique, séduisant dans la foulée Jane Birkin et Françoise Hardy, véritables icônes de l'époque. Le cinéma s'empare aussi du phénomène et lui commande des créations à qui mieux mieux comme en témoignent ses participations créatives à Deux ou trois choses que je sais d'elle de Jean-Luc Godard, à Casino Royale de John Huston et surtout, à Barbarella de Roger Vadim.

En 1971, Paco Rabanne adhère à la Chambre syndicale de la couture et lance cinq ans plus tard sa première collection de prêt-à-porter pour homme. En 1990, c'est au tour du prêt-à-porter féminin de venir compléter les collections haute couture de la maison, récompensées cette même année du prestigieux Dé d'or. Mais ce qui lui assure une renommée internationale, c'est son activité de parfumerie développée en partenariat avec le groupe espagnol Puig. Dès 1969, il crée Calandre, son tout premier parfum. En 1973, c'est Paco Rabanne pour Homme qui voit le jour, suivi au gré des décennies de Métal, Nuit, Sport, Ténéré, XS, XS pour Elle, Paco…

Paco Rabanne, un personnage aux multiples facettes

Paco Rabanne n'est pas qu'un designer célébré. Il est aussi à l'origine du Centre 57, à Paris. Ce lieu, qui avait pour vocation de favoriser la production des artistes noirs, est dans les années 80 l'un des berceaux du mouvement hip-hop en France. En 1988, c'est au Festival de Cannes que l'on retrouve le créateur, avec le film Salaam Bombay ! qu'il coproduit et qui obtient la Caméra d'or.

Rayon littérature, Paco Rabanne est l'auteur de nombreux ouvrages sur son cheminement spirituel. Les 90's sont particulièrement prolifiques pour lui puisqu'il publie notamment sa Trilogie sur le temps. Fantasque et excentrique, il devient aussi un habitué des déclarations choc à la presse. Il explique ainsi avoir déjà vécu plusieurs vies, parmi lesquelles celle d'une prostituée sous Louis XV ou bien encore celle d'un prêtre égyptien. En 1999, celui qui assure avoir déjà reçu la visite des extraterrestres, prédit l'écrasement de la station Mir sur Paris à l'occasion de l'éclipse solaire du 11 août cette année-là. Tout un programme.