Dior printemps-été 2021 : à plus forte raison

Pleine de sagesse mais aussi de confort et de joliesse, la collection Dior printemps-été 2021 de Maria Grazia Chiuri démontre que l'élaboration du vêtement peut aider celle de la pensée. Le tout avec la grâce qu'on lui connaît.

Dior printemps-été 2021 : à plus forte raison
© Francois Mori/AP/SIPA

Réconcilier le fond et la forme, rhabiller la mode de valeurs, voila le credo de Maria Grazia Chiuri. Pour sa collection Dior printemps-été 2021, la directrice artistique fait un pas de côté par rapport à ses engagements féministes pour prôner une réflexion et une remise en question plus large, par le biais du vêtement. Elle n'en fait pas moins appel à un ensemble exclusivement féminin d'artistes pour tenir un défilé toujours plus proche de l'installation artistique. Des vitraux-collages monumentaux de Lucia Marcucci, une signature sonore "vocero", chant funèbre corse, proféré avec puissance par une choral de femmes et enfin, pour aller plus loin, un court-métrage signé Alina Marazzi, constituent le décor richement référencé de ce show singulier.

Car le monde et la mode entrent ensemble dans l'âge de raison chez Dior. Pour assister à ce spectacle, il faut montrer masque, offrir son front à la sentence du thermomètre et s'asseoir en se tenant à bon écart sous les vitraux monumentaux qui achèvent de rendre humble les invités qui le sont souvent peu. Organiques et puissantes, les voix féminines croisées de la chorale plongent l'assemblée dans une atmosphère grave. Pourtant, rien de la complexité de ces éléments ne vient alourdir la collection.

Bien au contraire, Maria Grazia Chiuri libère, allège la silhouette qui respire l'aisance et le confort. Et pour cause, dans le communiqué de presse, elle cite les mots de Germano Celant "[la coupe] intervient sur les conventions traditionnelles de la représentation et de la vision d'un corps ou d'une chose et produit une nouvelle sensation." En parfaite adéquation avec cette pensée, la créatrice emprunte le langage vestimentaire pour façonner une ambiance sereine, insuffler une dynamique souple et plaisante, adaptée à notre époque contrariée.

A plat, les mannequins flottent gracieusement dans des robes qui semblent envelopper les corps de caresses, ne tenant qu'à quelques smocks qui viennent structurer la silhouette. Grands pantalons, chemises subtilement architecturées et longues vestes volumineuses respirent le confort. Du côté des coloris, les tons naturels comme l'indigo, le beige ou le vert s'assemblent avec un panel de motifs variés (cachemire, fleuri, tie and dye) qui invitent à la créativité et l'assemblage. Le show s'achève avec l'intrusion d'une militante du mouvement Extinction Rebellion et sa bannière "We are all fashion victims", parodiant un des slogans de la marque. La scène laisse penseur. Chez Dior, en ce début d'après-midi pluvieux dans le jardin des Tuileries, la mode avait pourtant tout l'air d'avoir les pieds sur terre. 

L'histoire de la maison Christian Dior

La maison Dior voit le jour en octobre 1946, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. À l'origine de ce nouveau nom du luxe français, un homme de 41 ans, qui a grandi en Normandie à Granville avant d'entamer une carrière dans l'art à Paris et de se former au modélisme chez Lucien Lelong, un couturier en vogue lors de la première moitié du XXème siècle.

Le tout premier défilé Dior femme a lieu le 12 février 1947. Les critiques de mode ont rendez-vous dans les salons du 30, avenue Montaigne, dans le VIIIe arrondissement parisien, à la même adresse que la boutique Dior Montaigne. Après les années de guerre et de rationnement, le couturier présente une collection féminine, toute en volume et particulièrement moderne. Tant et si bien qu'en découvrant les silhouettes de Christian Dior, la rédactrice-en-chef de Harper's Bazaar, Carmel Snow, ne peut retenir son enthousiasme et déclare au créateur : "Vos robes ont un tel new look". La formule fait date, et le couturier s'applique dès lors à développer ce New Look, qui a pour signature le fameux tailleur bar, cette veste à basques qui imite les hanches des femmes, portée sur des jupes plissées.

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Le Saddle bag de Christian Dior réinterprété pour la Croisière 2020 © Christian Dior

"Je voulais que mes robes fussent "construites", moulées sur les courbes du corps féminin dont elles styliseraient le galbe", expliquait Christian Dior. Des pièces d'exception, donc, pour des "femmes-fleurs", comme le couturier les désignait, afin d'égayer leur quotidien après les années noires de la Seconde Guerre mondiale. Pendant dix ans, il continue ainsi de dessiner les contours de cette femme contemporaine et élégante, jusqu'à son décès brutal d'une crise cardiaque, à Montecatini en Italie le 24 octobre 1957. Prévoyant, Christian Dior avait pris la peine d'indiquer le nom de la personne qu'il souhaitait voir prendre sa suite. Un jeune homme de 21 ans, entré deux ans plus tôt au 30, avenue Montaigne, nommé Yves Saint Laurent. Celui-ci y restera jusqu'en 1960 et y gagnera son surnom de "Petit Prince de la mode", ainsi que la reconnaissance de la presse.

Christian Dior et la couture

Après lui se succéderont Marc Bohan, Gianfranco Ferré, John Galliano, Raf Simons et Maria Grazia Chiuri. Si dès la création de sa maison, le couturier avait lancé Dior Parfum, ses fragrances, il faudra attendre Marc Bohan et les années 70 pour que naissent Christian Dior Monsieur (transformé par Hedi Slimane en Dior Homme en 2001) et Baby Dior. L'époque a changé et la diversification est de mise puisque les créations sur-mesure de la haute couture trouvent moins de clientes que dans les années 50. Les défilés haute couture demeurent néanmoins et perdurent jusqu'à nos jours. C'est aujourd'hui l'occasion pour la maison de présenter le savoir-faire traditionnel et prestigieux de ses ateliers des ateliers Dior avenue Montaigne, autant que de faire rêver les amateurs de mode.

Les sacs Christian Dior 

Et il n'y a pas que la haute couture qui fait tourner toutes les têtes. La maroquinerie donne aussi le vertige aux fans du département maroquinerie et sacs de Dior. Parmi les modèles emblématiques, il faut compter sur le Lady Dior, sac de dame par excellence, qui aurait été imaginé sur commande de Bernadette Chirac, alors première dame en France, pour la princesse Lady Diana en 1995. Venant tout droit des années 2000, le Saddle Bag, frappé du Dior logo et remis au goût du jour par Maria Grazia Chiuri en 2018, est désormais aperçu aux bras de toutes les filles lancées. Même traitement pour le cabas "Book Tote" que les plus chanceuses peuvent faire personnaliser à leur nom.

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Cara Delevingne pour Dior Joaillerie © Christian Dior

La joaillerie Christian Dior

Maison de luxe par excellence, Dior Paris se devait de proposer à ses clientes des collections de bijoux exceptionnelles. Avec Victoire de Castellane aux commandes depuis la naissance du département de joaillerie Dior en 1998, la marque présente chaque année une dizaine de collections à l'image colorée et à l'univers fleuri.Les autres emblèmes de la maison, comme les abeilles ou les roses des vents, font également partie du vocabulaire de Dior joaillerie. En 2020, le documentaire "Les Bijoux Dior de Victoire de Castellane!" réalisé par Loïc Prigent récapitule toutes les collections réalisées par cette dernière.