Pré-éclampsie, une maladie spécifique à la grossesse

La pré-éclampsie est une complication grave de la grossesse qui se caractérise par une hausse de la tension artérielle et l'apparition de protéines dans les urines. Anh-Chi Ton, sage-femme, nous donne les clés pour mieux la comprendre.

Pré-éclampsie, une maladie spécifique à la grossesse
© Katarzyna Białasiewicz

La pré-éclampsie concerne chaque année 40 000 femmes et est responsable d'un tiers des naissances de grands prématurés, selon les chiffres de l'Inserm. Anh-Chi Ton, sage-femme, nous rappelle que cette maladie est vraiment spécifique à la grossesse : "La pré-éclampsie ne survient pas en dehors de l'état de grossesse et guérit dans le post-partum. Elle se caractérise par l'association de deux critères : une hypertension artérielle ( >140/90mmHg) et la présence de protéines dans les urines supérieure à 0,3 g/24h)". Si les femmes enceintes sont de mieux en mieux informées, la maladie et ses symptômes demeurent pourtant peu connus du grand public. Dans une grande partie des cas, les futures mamans donnent naissance à un bébé en pleine santé et se remettent très rapidement sur pieds, mais le risque de complications pour elle comme pour l'enfant sont bien réelles, et potentiellement graves. Deuxième cause de de décès maternel, la pré-éclampsie est donc l'objet de toutes les attentions du corps médical. Si un médecin ou une sage-femme a des soupçons, la future maman est immédiatement prise en charge. 

Pré-éclampsie : comprendre les symptômes 

La pré-éclampsie peut provoquer un grand nombre de symptômes. Pendant la grossesse, il est donc très important que la future maman soit attentive aux signes que lui envoient son corps, et qu'elle n'hésite pas à consulter en cas de signes inhabituels, persistants ou qui s'aggravent. La sage-femme précise que "l'hypertension peut se manifester par des maux de tête, des acouphènes ou des phosphènes (l'apparition de tâches devant le champ visuel). La protéinurie, même si on observe quelque fois une diminution des urines en cas d'aggravation, est en revanche généralement asymptomatique, d'où la nécessité du test de la bandelette urinaire". D'autres symptômes peuvent survenir en cas de pré-éclampsie pendant la grossesse :

  • Œdèmes de survenue brutale, surtout à la tête, aux mains et aux pieds, qui se mettent à gonfler. Concrètement, on ressent des difficultés à mettre des chaussures ou des bagues habituelles.
  • Douleur en barre épigastrique ou au niveau du foie
  • Des nausées et vomissements importants
  • Réflexes ostéotendineux vifs (en cas d'aggravation)
  • D'autres symptômes de complications ne se verront que sur une prise de sang

En ce qui concerne le bébé, la pré-éclampsie est parfois associée à un retard de croissance visible à l'échographie. 

Pré-éclampsie : à quel mois de grossesse

La pré-éclampsie survient la plupart du temps au troisième trimestre de la grossesse. On parle de pré-éclampsie précoce avant 34 semaines d'aménorrhée (dans 50% des cas), mais ces dernières sont très craintes par les médecins car les risques liés à la prématurité sont alors plus importants. 

Pré-éclampsie : quelles sont les causes ?

Certaines futures mamans sont plus à risque que d'autres de développer une pré-éclampsie. Anh-Chi Ton détaille les facteurs de risques les plus fréquents :"L'âge maternel, une grossesse multiple, l'obésité, le diabète, des antécédents d'hypertension ou de pré-éclampsie lors d'une précédente grossesse, une maladie auto-immune, des antécédents de thromboses ou de maladies rénales, mais aussi des antécédents au sein de la famille chez la mère ou une sœur". La sage-femme attire également l'attention sur les facteurs de risque d'un point de vue immunologique, la pré-éclampsie étant liée à un dysfonctionnement du placenta qui va moins bien assurer les échanges d'oxygènes et de protéines et libérer des substances toxiques dans le corps maternel. "Le corps de la mère peut traiter le placenta, venant génétiquement à 50% du père, comme un corps étranger. Il y a donc plus de risque de pré-éclampsie avec un nouveau partenaire, dans le cas d'une grossesse obtenue avec insémination par le sperme d'un donneur, si le couple a longtemps utilisé des préservatifs" précise la spécialiste. 

Risques et complications de la pré-éclampsie

Une pré-éclampsie peut évoluer rapidement, surtout au cours du troisième trimestre de la grossesse et provoquer des complications graves dans 10% des cas mettant alors en jeu, à court terme, le pronostic vital de la mère et de son futur bébé. Pour l'enfant, le risque majeur est celui d'un retard de croissance et de la prématurité, lorsque l'accouchement doit être déclenché précocement. La sage-femme explique que la baisse de la quantité de liquide amniotique a également des conséquences sur l'enfant : "il doit s'adapter à ce défaut d'apport et d'oxygénation et peut donc être en souffrance". En cas de complications aiguës ou de souffrance longue ou brutale, la pré-éclampsie peut malheureusement entraîner une mort fœtale. 

Chez la mère, la pré-éclampsie peut avoir un retentissement sur les reins (lésions glomérulaires), le foie (microthromboses), le cerveau (micro thromboses). Elle peut également provoquer des troubles de la coagulation et différentes complications telles que le HELLP syndrome (atteinte hépatique sévère), CIVD (activation pathologique de la coagulation), un hématome rétro placentaire ou un décollement de la rétine pouvant conduire à une cécité. L'autre complication majeure de la pré-éclampsie étant bien entendu l'éclampsie, heureusement rare : "C'est une complication mortelle qui va entraîner des convulsions, parfois un coma, mais peut aussi provoquer une hémorragie cérébrale qui est la cause principale de décès des mères. Cet accident nécessite un accouchement en urgence".

L'accouchement provoqué en cas de pré-éclampsie

La pré-éclampsie en tant que telle ne se traite pas, même s'il existe des traitements destinés à faire baisser la tension. La future maman est alors hospitalisée et surveillée avec des examens réguliers (tension artérielle, protéinurie, uricémie et créatininémie). La vitalité du bébé est également monitorée en permanence, de même que la quantité de liquide amniotique. La sage-femme rappelle que "le seul vrai traitement est l'arrêt de la grossesse, surtout la délivrance du placenta. On peut donc déclencher un accouchement de façon prématurée pour sauver la mère ou l'enfant".

Pré-éclampsie : quel suivi après l'accouchement ? 

Après une pré-éclampsie, la jeune maman va rester sous surveillance étroite pendant plusieurs semaines. Tant que l'hypertension artérielle persiste, elle devra suivre un traitement antihypertenseur. Un contrôle médical est ensuite nécessaire 6 semaines après l'accouchement afin de s'assurer que tout est rentré dans l'ordre. La pré-éclampsie peut également augmenter le risque à long terme de développer certaines pathologies comme une hypertension chronique, un accident cardiovasculaire, une récidive de la pré-éclampsie lors d'une grossesse ultérieure ou une maladie rénale. Une surveillance de la tension artérielle et une recherche régulière de la présence de protéines dans les urines s'imposent, de même qu'une recherche d'autres facteurs de risques cardiovasculaires. 

Merci à Anh-Chi Ton, sage-femme

Suivi médical et maladies pendant la grossesse