Harcèlement scolaire : chiffres, que faire, à qui parler

Le harcèlement scolaire touche 1 enfant sur 10. Comment savoir si un enfant est harcelé et quels sont les moyens à mettre en œuvre en cas de harcèlement avéré. Réponses.

Harcèlement scolaire : chiffres, que faire, à qui parler
© lopolo

L'école n'est pas toujours un lieu d'épanouissement pour les enfants. Nombreux sont ceux qui sont victimes de harcèlement scolaire. Entre humiliations, menaces et coups, les jeunes victimes subissent en silence, pendant des années parfois, des atteintes physiques et morales. Une situation qu'ils dissimulent pour la plupart, par honte et crainte des représailles. Et le cercle vicieux s'installe comme ça : le bourreau se conforte dans une emprise de plus en plus grande et menaçante, et la victime se terre dans son silence et s'isole. Les conséquences psychologiques sont dévastatrices, et nombre de jeunes harcelés essaient de mettre radicalement fin à leur calvaire. Les plus grands aussi d'ailleurs, car les étudiants en études supérieures ne sont pas épargnés par le bizutage. Dans les chiffres, en France, près d'1 élève sur 10 est harcelé chaque année, soit sur 12 millions d'élèves plus d'un million d'enfants et parmi eux, peut-être votre enfant. D'où l'importance de faire de la prévention auprès des parents, des élèves mais aussi du personnel éducatif et des témoins de ces situations.

Quels sont les chiffres du harcèlement scolaire ?

  • Plus de 700 000 élèves sont victimes de harcèlement scolaire en France, soit près d'un enfant sur dix. 
  • Selon l'UNESCO, plus de 30% des élèves dans le monde ont été victimes de harcèlement.
  • La plupart du temps, les cas de harcèlement débutent dès l'école primaire (12%), tandis que 10% des collégiens sont harcelés et 4% au lycée.
  • Selon le Centre Hubertine Auclert, "55% des élèves en situation de harcèlement sont touchés par la cyberviolence". Les filles sont davantage exposées à des formes spécifiques de cyberviolence, à caractère sexiste et sexuel. Elles sont notamment trois fois plus touchées par des actes de sexting.
  • Le cyber-harcèlement concernerait 20% des enfants, selon l'enquête réalisée par l'institut Audirep pour la Caisse d'Epargne et l'association e-Enfance/3018. Il prend forme dès le primaire, et s'aggrave à partir du collège. 

Quels sont les différents cas de harcèlement scolaire ?

Le harcèlement dont peut être victime un écolier peut prendre différentes formes : il peut s'agir de violences physiques (coups, blessures), psychologiques (moqueries, menaces, gestes et mots blessants, etc.), ou encore sexuelles. Généralement, un ou plusieurs élèves - parfois même des adultes ou professeurs - exercent ces violences sur un autre élève qui ne peut se défendre. Mais "dans tous ces cas de harcèlement, la violence psychologique reste omniprésente", précise Hélène Romano, psychologue. 

Il est important de distinguer également le harcèlement de la violence. Parfois, il arrive en effet que des enfants se bagarrent ou montrent une attitude violente, mais sans volonté de harceler l'autre. "Dans le cas d'un harcèlement, il y a une notion de durée et d'intention de nuire", explique la psychologue. Il s'agit en effet d'un acte répété, qui s'inscrit dans le temps et qui est fait dans le but de blesser l'autre. D'ailleurs, si une personne porte plainte pour harcèlement, il lui faudra prouver que ce n'est pas la première fois que cet acte se produit et qu'il est intentionnel. Par ailleurs, avec les nouveaux moyens de communications, le harcèlement scolaire prend une nouvelle forme : le cyber-harcèlement.

Où a lieu le harcèlement scolaire ?

Le harcèlement scolaire, comme son nom l'indique, survient dans la plupart des cas au sein des écoles et sévit à tous les âges. C'est un fléau qui peut avoir lieu dès l'école primaire, et continuer au collège et au lycée. Les établissements professionnels, universités et même grandes écoles ne sont pas épargnées, et les rituels de bizutage ou de rites d'intégration ont mis en péril (psychologique et/ou physique) de nombreux jeunes étudiants. Il n'empêche, si le harcèlement scolaire commence à l'école, les traumatismes qu'il engendre ne se déposent pas au pied de la grille à la sortie des cours. Ces derniers ont aussi cours à la maison, et peuvent impacter un enfant dans tous les champs de sa vie, où qu'il soit, même à des dizaines de kilomètres de son école.

Harcèlement scolaire : quels sont les signes ?

Votre enfant ne veut plus se rendre à l'école, invente des excuses pour rester à la maison, il est marqué de bleus, ses affaires d'école sont parfois abîmées, vous le trouvez épuisé, il présente des troubles, il s'isole et ne veut plus inviter ses camarades de classe à son anniversaire... Autant de signes auxquels il faut rester attentif. En effet, un enfant harcelé à l'école a souvent tendance à ne pas en parler à ses parents, de peur de décevoir ou par crainte des représailles. Voici 5 signes à repérer en cas de harcèlement à l'école : 

Harcèlement scolaire : que dit la loi ?

"La loi punit le harcèlement scolaire, mais aussi les violences scolaires et la provocation au suicide. Les victimes peuvent alerter la direction de l'établissement scolaire et les associations. Elles peuvent aussi demander à la justice de condamner pénalement l'auteur du harcèlement et de réparer leur préjudice", précise le gouvernement.

Délit de harcèlement scolaire : quelles sont les peines encourues ?

En 2022, les députés ont définitivement adopté une proposition de loi qui acte la création du délit de harcèlement scolaire. La proposition de loi évoque la formation initiale ou continue des adultes, insiste sur l'importance de la prévention et prévoit que les plateformes numériques soient obligées de modérer leurs contenus. Mais sa mesure phare consiste en la création d'un délit spécifique de harcèlement scolaire qui sera passible de trois ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende lorsqu'il provoquera une incapacité totale de travail (ITT) inférieure ou égale à huit jours, voire s'il n'a pas entraîné d'ITT. Si l'ITT dépasse 8 jours, ce délit sera passible de dix ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende lorsque les faits auront poussé la victime à se suicider ou à tenter de le faire. Autrement, les coupables de faits de harcèlement scolaire âgés de plus de 13 ans verront leur peine indexée sur le nombre de circonstances aggravantes, notamment si la victime est âgée de moins de 15 ans, et si l'auteur des faits connaissait sa vulnérabilité (handicap physique ou mental, maladie).

Comment parler du harcèlement avec son enfant ?

Il faut savoir qu'un enfant victime d'harcèlement n'osera pas ou difficilement en parler de lui-même à ses parents. Et même si ce n'est pas lui qui aborde le sujet, il ne répondra pas la vérité de peur de décevoir. A la question (un peu trop directe) "es-tu harcelé à l'école ?", l'enfant répondra "Non", ou confirmera que tout se passe bien à l'école... Une manière de rassurer son entourage qui s'inquiète à son sujet. Donc plutôt que d'en parler trop directement avec lui, Hélène Romano conseille de parler de ce que l'on ressent en tant que parent et  d'aborder le sujet de manière à ne pas impliquer son enfant directement : "Je sais que dans certaines écoles, il y a des cas de harcèlement... Je me demandais si dans ton école, c'était la même chose et s'il y avait des enfants qui t'embêtaient parfois ?". Il faut également que le dialogue soit constructif, conseille la psychologue. L'enfant doit comprendre qu'il peut compter sur ses parents et que dans un tel cas, ils seraient présents pour l'aider, le soutenir, et faire les démarches nécessaires pour que ce harcèlement s'arrête. 

Dans ce cas de figure, l'outil Harcèlomètre peut aussi être utile pour aborder ce sujet avec son enfant. 

Que faire si mon enfant est harcelé à l'école ?

En cas de harcèlement sur un enfant à l'école, les parents doivent savoir qu'ils ne sont pas seuls dans leurs démarches. "Si votre enfant est victime de harcèlement scolaire, il est préférable d'inscrire ces démarches dans un cadre médical en consultant un professionnel de santé qui, en relation avec le médecin scolaire, examinera l'enfant et déterminera son état physique et psychologique", recommande Hélène Romano, psychologue. L'enfant pourra alors bénéficier de soins et surtout d'une aide médico-scolaire qui l'autorisera à ne plus fréquenter l'école pendant une période, tout comme un adulte malade qui ferait un arrêt de travail. En effet, si l'enfant souffre trop physiquement ou psychologiquement, le médecin pourra alors établir un constat qui lui permettra de bénéficier d'un Projet d'Accueil Individualisé (PAI). C'est pourquoi il est important de passer par un professionnel de santé. A la suite de ce constat, médecins et parents font le point ensemble avec la direction de l'établissement. Si les parents souhaitent aller plus loin, en fonction de la situation, ils peuvent saisir des conseillers au niveau académique ou des médiateurs au niveau régional qui pourront alors intervenir dans l'établissement scolaire de l'enfant. Ce relais est donc important, d'autant que certaines écoles peuvent parfois réagir avec déni face à des cas de harcèlements, qui représentent un échec pour leur établissement. 

Harcèlement scolaire et numéro vert : qui contacter ?

Harcèlement scolaire : faut-il ou non le changer d'école ?

Si l'enfant demande à changer de classe ou d'école, oui. Il peut parfois s'agir du bien de l'enfant, d'une manière de le protéger (dans certains cas). En revanche, s'il fait cette demande et qu'on le lui refuse en l'obligeant à retourner à l'école, ce sera pour lui d'autant plus difficile. Selon les démarches effectuées, les parents peuvent aussi être aidés pour le changement d'établissement. L'enfant peut alors être prioritaire pour être affecté où il le souhaite. Les parents doivent alors saisir la direction académique des services de l'éducation nationale (Dasen) afin de demander un changement d'établissement.

Comment sensibiliser les autres enfants, ceux qui harcèlent ?

Des actions de sensibilisation ont été mises en place en milieux scolaires par le ministère de l'Education, qui souhaite notamment améliorer la formation des enseignants et la prise en charge des familles. De plus, lorsque les établissements sont partants, des ateliers permettent d'aborder le sujet avec des dispositifs individualisés. Par ailleurs, on distingue plusieurs profils de "harceleurs" :

  • ceux qui ont été eux-mêmes harcelés ou qui sont victimes de violences à la maison ;
  • ceux qui suivent le mouvement, mais qui sont tout de même désolés des conséquences ;
  • et enfin, les harceleurs qui n'éprouvent aucune empathie.

Ces derniers n'ont semble-t-il pas intégré les interdits sociaux ou les valeurs de respect et n'ont aucune sensibilité. Ainsi, "les meneurs sont les plus difficiles à prendre en charge, mais il est important de pouvoir les repérer pour mieux les isoler", précise la psychologue. En effet, lorsqu'on travaille avec les autres enfants, le meneur se retrouve alors isolé et ne peux plus exercer autant de pouvoir sur sa victime.

Les films et les livres pour aborder le sujet du harcèlement scolaire

Sur le sujet du harcèlement à l'école, il existe plusieurs références de films et livres, pour des enfants, des adolescents mais aussi des adultes et des familles. Ces mediums peuvent être un bon moyen pour mettre des mots et des images sur ce qu'est le harcèlement et parfois pour encourager la parole des victimes. Ce sont aussi de bonnes ressources pour les personnes qui sont témoins de ces situations et même pour les parents, qui ne savent pas toujours comment réagir quand ils suspectent un changement chez leur enfant.

Psychologie de l'enfant