Phase d'opposition : comment gérer ?

Votre bébé, d'ordinaire si mignon et obéissant, se transforme tout à coup en boule de colère ! Il crie, tape et le "non" est son nouveau mot préféré. Comment faire face à cette étape incontournable du développement de bébé ? Conseils de Céline Masmonteil, psychologue.

Phase d'opposition : comment gérer ?
© Natalia Deriabina-123rf

"La phase d'opposition est une étape parfaitement normale du développement de l'enfant, annonce d'emblée Céline Masmonteil, psychologue. On doit au contraire s'inquiéter de ne pas la voir s'exprimer !" Cette phase d'opposition survient généralement entre l'âge de 18 mois et 3 ans, c'est pour cette raison qu'on l'appelle parfois le "terrible two" ! D'un côté l'enfant exprime une rage, une colère et une frustration débordante. De l'autre, le parent doit justement apprendre à son enfant à maîtriser ses émotions et à réguler ses frustrations. Un véritable jeu d'équilibriste qui ne se passe pas toujours sans heurts ! 

La phase d'opposition, que signifie-t-elle ?

La psychologue explique que cette "petite adolescence" est avant tout l'expression "d'un besoin de s'affirmer dans la confrontation". Son langage se développe, l'enfant prend conscience qu'il est un individu à part entière et "il découvre son autonomie en même temps qu'il prend conscience de sa dépendance !" Il y a d'un côté tout ce qu'il veut faire seul, et d'un autre, la réalité de ce qu'il est capable de faire. Dès qu'un obstacle se met sur son chemin, il le vit comme une catastrophe. Céline Masmonteil compare cet état à une véritable tempête émotionnelle : "l'enfant devient rouge, il est chaud et tape des pieds. L'expression de sa colère est avant tout physique".

Comme le précise la spécialiste, même si ce cap est parfois difficile à passer, il est en réalité indispensable dans la construction de l'enfant : "Cette étape, très structurante pour la suite, est révélatrice de sa singularité, de l'affirmation de sa personnalité et de ses besoins. Elle est excitante car l'enfant prend conscience de sa place dans le monde et de l'impact que ses réactions ont sur les autres. Mais elle est aussi angoissante car il se confronte à la frustration et à un principe de réalité simple : on ne peut pas faire ce qu'on veut !" C'est justement là qu'interviennent les parents, dont le rôle va être à la fois d'aider l'enfant à comprendre ses émotions, mais aussi de lui imposer certaines limites.

Accompagner et affirmer son autorité

Les parents sont souvent démunis face aux crises de leurs enfants. Ils ont tout à coup en face d'eux un enfant différent, qu'ils ne comprennent pas. Ils ne savent pas quelle attitude adopter et redoutent parfois, à tort, d'exprimer une autorité. Céline Masmonteil l'observe fréquemment en consultation. "Les parents s'interrogent beaucoup et il y a une vraie question de la légitimité de la fonction d'autorité. 'Ai-je le droit de limiter ça ? Est-ce que je vais le traumatiser ?'" La psychologue tient pourtant à rassurer les parents et à leur redonner confiance : "vous avez une responsabilité, celle de poser des limites à la toute puissance de votre enfant. En résistant face à sa colère et à son agressivité, vous lui montrez que vous êtes présents. Et quoi de plus rassurant pour un enfant de sentir que son parent tient la route ?"

Céline Masmonteil recommande en premier lieu d'aider l'enfant à mettre des mots sur ce qu'il ressent, en lui parlant de ce qu'il est en train de vivre. "Tu es fâché, tu es très en colère, je le comprends. Mais on ne peut pas toujours faire ce qu'on veut". Il faut lui expliquer que vous comprenez sa colère, mais aussi lui dire pourquoi il doit mettre un manteau pour sortir, ou pourquoi il ne peut pas avoir un bonbon juste avant de passer à table. Vous pouvez également à ce moment-là lui proposer une alternative, un morceau de carotte par exemple si vous êtes en train de préparer l'entrée. C'est important de rester positif et de ne pas fermer le dialogue. Si l'enfant est en pleine crise, le mieux est de l'envelopper et de le contenir, pour le rassurer, mais aussi pour éviter qu'il ne se fasse mal ou fasse mal aux autres. Ensuite, il faudra échanger avec lui sur ce qui vient de se passer. La bonne autorité est celle qui dit "je ne peux pas te laisser faire n'importe quoi". Il faut lui apprendre à exprimer sa colère autrement, en lui donnant les mots, mais aussi l'encourager à "réparer" : "ranger la chambre, réparer la bêtise ou tout cela va l'empêcher de ressentir de la culpabilité".

"L'enfant est très sensible à l'attitude de ses parents"

Phase d'opposition : pourquoi réagir est-il primordial ?

Le parent doit surtout être cohérent : "taper sur la main d'un enfant pour lui dire qu'on ne tape pas, crier sur un enfant pour lui dire de ne pas crier, cela n'a aucun sens !", rappelle la psychologue. L'enfant est très sensible à l'attitude de ses parents. Difficile en effet pour lui de comprendre qu'il doit dire bonjour en entrant dans un magasin si vous même ne le faites pas... La parole du parent doit à tout prix être crédible : "le chantage est inefficace ! Si vous dites quelque chose, il faut aller au bout, tenir absolument", insiste notre interlocutrice. Il y a un vrai risque à ne pas apprendre à l'enfant à contrôler ses émotions et à gérer sa frustration. Il doit comprendre que, s'il n'est pas coupable de ses émotions, ces dernières doivent toutefois être régulées. En ne réagissant pas, le parent met son enfant en danger : "il n'y a rien de plus tyrannique qu'un enfant qui se sent responsable de l'autorité, une autorité fondée sur l'angoisse. Cela peut entraîner un véritable malaise, mais aussi des difficultés relationnelles et une mise en danger en dehors du cadre familial rassurant. A la crèche, à l'école ou dans sa vie future, ces débordements prennent une toute autre dimension", conclut la psychologue. 

Développement du bébé