Le CNGOF défavorable à la généralisation des maisons de naissance

Depuis 2015, 8 maisons de naissance ont été expérimentées pour une durée de 5 ans. Alors que le gouvernement doit se prononcer fin 2020 sur une généralisation de ces structures alternatives, le Collège national des gynécologues et des obstétriciens français estime qu'il faudrait allouer plus de budget aux maternités françaises.

Le CNGOF défavorable à la généralisation des maisons de naissance
© Krystyna Cherkashyna-123RF

Sous la responsabilité exclusive de sage-femmes, les "maisons de naissancesont des structures autonomes qui accueillent les femmes enceintes, sans facteur de risque avéré, qui souhaitent un accouchement physiologique et un suivi de grossesse moins médicalisé. Un appel à candidature a permis de retenir, en lien avec la Haute Autorité de Santé, 8 maisons de naissance autorisées à titre expérimental en novembre 2015 pour une durée de cinq ans. Le gouvernement doit se prononcer fin 2020 concernant leur pérennisation. De son côté, le Conseil national de l'Ordre des sages-femmes réitère plus que jamais son soutien à la généralisation des maisons de naissance, convaincu de leur intérêt pour la prise en charge et le respect du choix des femmes.

Les maisons de naissance présentent des "résultats positifs et encourageants"

Ces structures ont fait l'objet d'une étude scientifique publiée en novembre 2019 et dont les résultats sont positifs et encourageants selon les sages-femmes. Des chercheurs de l'Inserm, du CNRS et de l'association AUDIPOG, ont suivi 649 femmes prises en charge en 2018. Les résultats de ce travail montrent tout d'abord que 99% de ces femmes respectaient les critères d'éligibilité et qu'elles ne présentaient pas de facteurs de risque (obésité, pathologie pendant la grossesse, antécédents familiaux ou chirurgicaux, grossesse gémellaire…). Parmi les femmes qui ont accouché en maison de naissance, moins de 3% ont dû subir une rupture artificielle de la poche des eaux, moins de 2% une épisiotomie et elles ont pu choisir leur position librement au moment de l'accouchement. Seulement 6% des femmes ont donné la vie allongées sur le dos. L'étude révèle également que les complications chez la future maman ont été très rares et que les complications néonatales se sont également révélées très peu fréquentes.

Le CNGOF prône plus de moyens pour les maternités

Contrairement au Conseil national de l'Ordre des sages-femmes, le Conseil National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) remet en question la généralisation des maisons de naissance. Dans un communiqué publié le 9 mars 2020, le CNGOF estime qu'il s'agit d'une "expérimentation limitée" en raison du nombre peu important des accouchements pris en compte. Son président, le professeur Israël Nisand, "s'étonne de la volonté de généraliser ce type de structures hors plateau technique de la maternité, pour 65 accouchements par an en moyenne (...) alors même que notre pays ferme des maternités car elles n'atteignent pas le seuil de 300 naissances (...) Ces maisons de naissance, qui se trouvent, par définition, à la porte d'une maternité, contribuent à la fragilisation de la maternité elle-même". 

Le CNGOF plaide plutôt pour un "accompagnement physiologique des naissances dans les maternités existantes" et le "respect du choix des femmes sur leur mode d’accouchement." Par ailleurs, les gynécologues et obstétriciens français aimeraient aussi que les maternités "ouvrent leurs plateaux techniques aux sages-femmes libérales (afin de) limiter la pratique, toujours risquée, des accouchements à domicile par des sages-femmes, de surcroît, non assurées en responsabilité civile". Le CNGOF regrette également que les accouchements qui ont lieu dans les maisons de naissance (avec une sage-femme par femme enceinte), "constituent une injustice inacceptable pour les patientes qui accouchent dans une maternité". Il arrive en effet que des sage-femmes "soient contraintes d'assumer jusqu'à 4 accouchements simultanément par manque de personnel" ajoute le CNGOF. qui réclame plus de budget pour les maternités en France.  "50% des 489 maternités françaises sont en sous-effectif grave et les fermetures de maternité par manque de moyens se succèdent" rappelle Israël Nisand.

Par conséquent, le CNGOF ne voit pas d'intérêt à renforcer ces structures alternatives "mieux dotées en personnel, appauvrissant plus encore l'ensemble des maternités sans améliorer la qualité des soins". Enfin,"il serait bien plus utile pour la qualité des soins et la sécurité des patientes françaises de veiller à maintenir ouvertes des petites maternités dans des sites éloignés de plus d’une heure d’une autre maternité, et de créer des centres périnatals de proximité de qualité, voire des hôtels hospitaliers, partout où l’éloignement géographique l’impose", insiste le professeur Nisand. 

Consulter notre guide des maternités

Quelles sont les 8 maisons de naissance expérimentées en France ?

  • CALM - Maison de naissance à Paris
  • Maison de naissance DOUMAIA à Castres
  • La Maison à Grenoble
  • Le Temps de Naitre à Baie-Mahault (Guadeloupe)
  • Manao, Joie de naitre à Saint Paul (La Réunion)
  • Premières heures au monde à Bourgoin-Jallieu
  • MANALA, Maison de naissance Alsace à Sélestat
  • Un nid pour Naitre à Nancy