Fausses couches : les réponses à vos questions

Les fausses couches sont fréquentes car elles concernent près d'une grossesse sur cinq. Quelles en sont les causes les plus courantes et peut-on les éviter ? Comment se manifestent-elles ? Les réponses à vos questions.

Fausses couches : les réponses à vos questions
© 123rf-Dean Drobot

Une fausse couche est une grossesse qui s'arrête spontanément. On distingue d'une part celles du premier trimestre, dites précoces (avant 3 mois), et d'autre part les fausses couches du deuxième trimestre (avant 5 mois). Les fausses couches concernent environ 20 % des grossesses. "C'est donc un événement extraordinairement fréquent. Il a lieu le plus souvent entre la 8e et la 9e semaine d'aménorrhée. On la détecte souvent lors de la première échographie, sans qu'il y ait de symptômes", explique le Dr Thierry Harvey, gynécologue-obstétricien et chef du service maternité de l'hôpital des Diaconesses, à Paris.

Les fausses couches sont-elles fréquentes ?

Les fausses couches du premier trimestre sont fréquentes, notamment lors de la première grossesse, mais sans gravité pour la femme. "Sans nier la fausse couche, il n'est pas nécessaire de faire des tonnes d'examens après une seule fausse couche", précise le Dr Harvey. Les fausses couches du second trimestre sont plus rares, mais peuvent avoir lieu après une première échographie à 2 mois et demi. "Dans ce cas, des examens peuvent avoir lieu pour chercher une cause, mais après une seule fausse couche ce n'est pas systématique, ajoute le gynécologue. Tout dépend aussi de la femme, de sa personnalité, de son âge, etc." 

Saignements, maux de ventre... Quels sont les symptômes ?

Les saignements en début de grossesse sont courants, que la grossesse se déroule bien ou non. De même, certaines femmes ressentiront des douleurs pelviennes, d'autres non. Dans tous les cas, il n'y a pas de symptômes propres à la fausse couche. Dans tous les cas, c'est l'échographie qui permet de confirmer l'arrêt de la grossesse. Pour une grossesse très récente, le gynécologue peut cependant décider d'attendre une semaine supplémentaire pour refaire une échographie, l'activité cardiaque n'étant pas visible en tout début de grossesse.

Fausses couches : quelles sont les causes ?

La cause la plus fréquente de fausse couche est une anomalie chromosomique : ce ne sont pas les parents qui ont transmis cette anomalie, elle s'est fabriquée toute seule au cours de la fécondation. L'œuf ainsi formé n'est pas viable et la grossesse s'arrête d'elle-même. Divers facteurs peuvent entraîner une fausse couche. "En fait, il faut voir la grossesse comme un oignon, explique le Dr Thierry Harvey, dont chaque couche peut être anormale et entraîner une fausse couche, il y a donc de nombreuses causes possibles." En commençant par le centre, l'œuf, qui peut contenir des anomalies chromosomiques. Le placenta peut, lui, avoir une anomalie d'insertion dans l'utérus. L'utérus peut présenter une malformation ou une béance du col. Le syndrome des ovaires polykystiques (10 % des femmes, première cause d'infertilité en France), mais aussi l'insuffisance lutéale (autre cause fréquente d'infertilité) peuvent aussi être, plus rarement, en cause.

La femme peut avoir une maladie favorisant les fausses couches. Les maladies auto-immunes par exemple, mais aussi un diabète, une maladie de la thyroïde, mal contrôlés peuvent être une cause. De même, un défaut de coagulation (thrombophilie) non traité ou une infection cervico-vaginale bactérienne (vaginose, infection sexuellement transmissible).

L'âge des femmes n'est pas seul responsable de plus de fausses couches explique le Dr Harvey : "Il y a plus de fausses couches, parce qu'il y a plus d'anomalies chromosomiques avec l'âge."

Il existe aussi des facteurs exogènes, tout ne dépend pas de la femme : son environnement, son alimentation peuvent aussi être à l'origine de fausses couches. Une surconsommation de café quotidienne, plus de 5 verres d'alcool par semaine, le tabagisme mais aussi la consommation de drogues.

Le transport et le sport hors de cause

Le Dr Thierry Harvey revient sur une croyance : "Il faut arrêter de dire que le sport augmente le risque de fausses couches : c'est faux. De même, la voiture, l'avion, le métro, la moto, le train, les vibrations sur le pavé n'entraînent absolument pas de fausses couches. De toute façon, un long trajet en voiture avec une femme enceinte ce n'est pas possible : elle doit s'arrêter toutes les deux heures pour aller faire pipi !" En revanche, "en cas de saignement en début de grossesse ou de décollement membranaire (et non du placenta), il faut être prudente et se reposer pour permettre la coagulation de l'hématome", prévient-il.

Que faire après une fausse couche ?

Comment ça se passe ? Une fois que la grossesse est arrêtée, le corps va évacuer de lui-même ce qu'on appelle le sac embryonnaire. "Dans 60 % des cas, la fausse couche et l'évacuation du sac embryonnaire ont lieu sans aucune intervention, explique le Dr Thierry Harvey. Parfois même avant l'échographie, sans que la femme n'ait eu de signe prédictif. Car le sac embryonnaire n'est pas évacué immédiatement à l'arrêt de la grossesse, cela prend parfois plusieurs semaines. Mais de toute façon, il n'y a aucune urgence ou risque d'infection à attendre cette expulsion naturelle, contrairement à certaines idées reçues. Ca peut mettre un mois à venir, sans aucun danger."

Aucun risque infectieux ou hémorragique. Pour les 40 % restants, la fausse couche n'est pas évacuée naturellement. Un traitement médicamenteux existe, il s'agit de misoprostol. Ce médicament provoque des contractions utérines et l'ouverture du col qui permettent l'expulsion du sac embryonnaire. Le Dr Thierry Harvey explique : "L'hospitalisation n'est pas indispensable car, contrairement à certains mythes, il n'y a pas de risque que la femme se vide de son sang en expulsant le sac embryonnaire. Les risques hémorragiques sont rares. Les femmes ne veulent souvent pas rester à l'hôpital pendant ces moments, préférant un endroit qu'elles connaissent. En plus on peut très bien intervenir chirurgicalement en urgence si besoin, lorsque l'expulsion n'est pas complète." Si le traitement médicamenteux ne suffit pas, une intervention chirurgicale avec aspiration est effectuée, mais comme elle peut entraîner certaines complications, elle n'est pas proposée en première intention. Parfois la patiente demandera un recours chirurgical pour des raisons personnelles qu'il faut savoir entendre et prendre en compte.

Fausses couches à répétition : quand s'inquiéter ?

Il n'y a pas lieu de s'inquiéter à la première fausse couche, ni de consulter des spécialistes immédiatement. Les chiffres le montrent : c'est un phénomène courant qui concerne 15 % à 20 % des grossesses débutantes. Près de 200 000 femmes par an en France font donc une fausse couche spontanée. En revanche, lorsque les fausses couches se répètent, le gynécologue peut décider de chercher s'il existe des causes précises. "Lorsqu'une femme en est à sa troisième fausse couche, on effectue généralement, en plus de le la recherche des maladies listées ci-avant (thrombophilie, immunologie...) un caryotype (la carte des chromosomes) des deux membres du couple pour voir s'il n'y a pas de problème génétique, explique le Dr Thierry Harvey. Mais très souvent, à l'issue de ces examens, on ne trouve rien. Il n'y a pas de traitement efficace contre les fausses couches."

Fausses couches tardives

"Lorsque la fausse couche arrive lors du deuxième trimestre, après une échographie du premier trimestre normale, là, on va faire une batterie d'examens pour mieux comprendre : c'est qu'il s'est passé un événement majeur. On parle de fausse couche tardive après 3 mois de grossesse. Il faut trouver à quoi elle est due : un fœtus anormal ? Un problème au niveau du col ? De plus, il faut savoir qu'une infection bactérienne (vaginose) peut être à l'origine d'une fausse couche : c'est une cause fréquente et curable." Parfois, il s'agit d'un problème au niveau du col de l'utérus, on parle de béance du col de l'utérus. Un cerclage peut être proposé à la femme. "Les études montrent que le cerclage n'est réellement efficace que chez celles qui ont présenté 2 fausses couches... En plus, le cerclage augmente le risque d'infection. Il faut aussi savoir qu'avec un cerclage, on n'a pas une activité normale. On recommande aux femmes de se reposer et c'est difficile de les faire rester en place, au repos, sans rien faire..." indique le Dr Harvey.

Peut-on diminuer les risques de fausses couches ?

Il n'existe aucun traitement médical à l'efficacité prouvée pour diminuer le risque de fausse couche spontanée. Une étude a comparé l'effet de l'aspirine, qu'on a souvent dit efficace avec un placebo. Résultat : aucune diminution ou augmentation du nombre de fausses couches. En revanche, il existe un lien avec l'âge qui augmente le risque d'anomalies chromosomiques et donc favorise le risque de fausse couche. Le Dr Thierry Harvey explique : "Pour diminuer le risque de fausses couches il faut que les femmes sachent que la meilleure période pour avoir un enfant est entre 25 et 35 ans, et qu'après 40 ans c'est plus  difficile. C'est physiologique, leur corps fonctionne de façon optimale entre 25 et 35 ans, le risque de fausse couche est donc plus faible." En outre, "il n'existe aucun traitement pour éviter les fausses couches. Néanmoins, certaines actions préventives peuvent les diminuer : les femmes qui souhaitent avoir un enfant ne doivent ni fumer, ni boire, ne pas être en surpoids, éviter le bisphénol A, l'aspartame, etc.", ajoute le gynécologue obstétricien. 

En plus de l'âge et de l'hygiène de vie qui sont des facteurs importants, la prise en charge des infections bactériennes peut aussi aider : "Le dépistage est important. En traitant la vaginose par exemple, on peut éviter qu'elle n'induise plus tard une fausse couche", explique le Dr Harvey. Autrement dit, la grossesse n'est pas une maladie mais il y a des précautions d'usage : il ne faut pas fumer, pas boire d'alcool, ne pas se droguer, avoir une alimentation équilibrée et raisonnée (pas question de manger du fromage au lait cru non pasteurisé, par exemple), soigner les infections et être raisonnable en général.

Quel suivi psychologique ?

La question d'un suivi psychologique après la fausse couche est à discuter : "C'est à voir selon les femmes. L'après fausse couche constitue quoi qu'il arrive une période de reconstruction pour la femme. Elle doit faire un deuil. Certaines femmes sentent le besoin de voir un psy, d'autres d'en parler avec les soignants qui l'entourent (médecins, infirmières, etc.)", précise le Dr Harvey. Suite à une fausse couche, la femme peut développer une aménorrhée psychogène (un blocage psychologique des règles). Le fait de revoir son gynécologue environ un mois après permet notamment de s'assurer que le retour de couche a bien eu lieu et que la femme n'a pas ce blocage. Si c'est le cas et que la femme en ressent le besoin, un suivi psychologique peut être envisagé. Cependant, "la prise en charge psychologique de la femme qui vient de faire une fausse couche n'est pas à envisager d'emblée, il faut lui laisser le temps de se retrouver. Si elle n'y parvient pas on peut lui proposer une consultation", précise le Dr Thierry Harvey. Il existe des associations qui viennent en aide aux femmes après leur fausse couche. Il ne faut pas hésiter à demander les contacts au gynécologue ou à la maternité. 

Dédramatiser sans banaliser. La place des proches et notamment du compagnon auprès de la femme qui vient de faire une fausse couche n'est pas toujours évidente à trouver. Pour l'aider, il faut avant tout faire preuve de compassion et d'empathie. "Il est important de dédramatiser (les fausses couches concernent 15% des grossesses), mais surtout ne pas banaliser. Evitez les phrases "ce n'est pas grave" ou "ce n'est rien, c'est oublié, ça ira mieux la prochaine fois...", insiste le Dr Thierry Harvey. Chaque femme va appréhender la fausse couche à sa manière. Pour certaines, la perte de cet embryon sera vécue comme un échec, véritable deuil qui met en doute leur capacité à être mère, pour d'autres elles se sentiront victimes d'une injustice ou alors il s'agira d'une déception moins douloureuse. Enfin, la dernière étape est de fixer un nouveau rendez-vous avec le gynécologue. "C'est important de revoir la femme environ un mois après la fausse couche, lorsque les règles réapparaissent. D'une part, pour faire le point à froid avec elle et chercher, d'autre part, s'il est possible, une cause à cet événement (y a-t-il un surpoids ? Des problèmes de thyroïdes non traités ?)."

Faut-il attendre avant d'avoir un autre enfant ?

"Il ne faut surtout pas croire la voisine ou la concierge qui dit d'attendre 3 ou même parfois 6 mois avant de retomber enceinte. Le plus important est que la femme ait à nouveau envie de faire un enfant", insiste le Dr Thierry Harvey. Les dernières études sur le sujet indiquent qu'après une fausse couche, les possibilités de redevenir enceinte sont aussi bonnes que lorsqu'il n'y a pas eu d'arrêt spontané de la grossesse. Aucun risque, donc, pour la fertilité ultérieure. Le Dr Harvey ajoute : "Il n'y a pas de délai pour réessayer une nouvelle grossesse après une fausse couche. Bien sûr, la femme doit faire son deuil de cette grossesse, mais chaque femme réagira différemment et il est inutile de donner une date à partir de laquelle une grossesse peut être commencée." L'important est donc qu'elle se sente à nouveau capable de tomber enceinte. Et si c'est le cas, il n'y a pas de raison d'attendre. "C'est elle qui sait lorsqu'elle est prête", précise le gynécologue.

Ne pas brusquer. En revanche, il ne faut pas brusquer une femme qui vient de faire une fausse couche en l'encourageant à réessayer à tout prix et au plus vite. Elle doit d'abord faire le deuil de cette grossesse avant de pouvoir en commencer une autre. Les proches doivent donc l'accompagner dans son deuil et de la soutenir.