Fumer enceinte : risques et aides pour arrêter la cigarette

Fumer enceinte, c'est inhaler plus de 3 000 substances toxiques par cigarette, qui engendrent des risques pour le déroulement de la grossesse et la santé du futur bébé. Mais quand on est vraiment dépendante, arrêter de fumer n'est pas si simple.

Fumer enceinte : risques et aides pour arrêter la cigarette
© Aleksandr Davydov - 123RF

Les femmes enceintes le savent bien, fumer pendant une grossesse a des répercussions sur la santé du futur bébé. Et plus on fume, plus les effets sont importants. Mieux vaut donc arrêter totalement de fumer pendant la grossesse. Que se passe t-il quand vous fumez ? A chaque bouffée de cigarette, vous inhalez plus de 3 000 substances toxiques. Le monoxyde de carbone et la nicotine notamment passent la barrière fœto-placentaire. Le bébé est alors moins bien oxygéné. Plus la mère fume, moins l'oxygénation du fœtus est bonne et plus les effets sont nuisibles pour son développement. Cette mauvaise oxygénation est due au monoxyde de carbone, mais pas seulement. La nicotine altère la circulation du sang dans les artères du placenta et dans l'artère ombilicale à cause de son effet vasoconstricteur. Quels sont les risques du tabac sur la grossesse, et comment faire pour parvenir à arrêter de fumer lorsqu'on attend un bébé ? Conseils.

Quand arrêter de fumer ?

Il est recommandé d'arrêter de fumer en tout début de grossesse. Vous pouvez également décider d'éteindre votre dernière cigarette dès lors que vous souhaitez concevoir un enfant. D'autant que le tabagisme altère aussi la fécondité. Ainsi, une femme qui arrête de fumer a plus de chances de tomber enceinte dans les mois qui suivent. A l'arrêt du tabac, les bénéfices sont manifestes sur tous les plans : moins de risques de fausses-couches, de grossesses extra-utérines, d'accouchements prématurés, de retards de croissance, etc. Si l'idéal est d'arrêter de fumer avant d'être enceinte, sachez qu'il n'est jamais trop tard. L'arrêt de la cigarette est toujours bénéfique à n'importe quel moment de la grossesse, autant pour la maman que pour le fœtus.

Quels sont les risques pour le bébé ? 

Le poids de bébé. Le fœtus a besoin d'oxygène pour se développer convenablement. Une mauvaise oxygénation agit sur sa croissance, et peut diminuer son poids à la naissance jusqu'à 300 grammes, diminuer sa taille ainsi que son périmètre crânien. Le cerveau, les poumons, le cœur et les vaisseaux sont ainsi touchés en cas d'oxygénation altérée. Une équipe de l'hôpital de La Pitié-Salpêtrière à Paris a notamment observé que même une "faible" consommation de tabac pendant la grossesse réduit le poids du bébé à la naissance. Selon l'étude publiée dans la revue spécialisée Nicotine and Tobacco Research, le poids à la naissance diminue à mesure que la consommation de tabac de la mère lors de la grossesse augmente. Pour arriver à ce résultat, les chercheurs français se sont intéressés à 371 femmes enceintes fumeuses. Résultat : les enfants des femmes s'étant abstenues de fumer enceinte pesaient à la naissance 3,381 kg en moyenne. Les femmes ayant fumé entre une et quatre cigarettes par jour durant leur grossesse ont quant à elles donné naissance à des bébés qui pesaient 228 g de moins en moyenne que celles qui avaient totalement arrêté de fumer pendant cette période. Une consommation entre 5 et 9 cigarettes a engendré une perte de poids à la naissance de 251 g. A partir de 10 cigarettes, elle était de 262 g. "Ces données montrent l'extrême toxicité des cigarettes pour les nouveau-nés en termes de poids de naissance", avait affirme en 2017 le Dr Ivan Berlin, médecin pharmacologue-addictologue à l'AP-HP. Un petit poids à la naissance prédispose le bébé à des problèmes de santé, en particulier s'il est prématuré

Les risques d'accouchement prématurés et de grossesse extra-utérines sont également accrus en cas de consommation de tabac. A noter : le tabagisme passif est à surveiller pour éviter tout risque de retard de développement. 

Tabac et allaitement. Le tabac a également des conséquences après l'accouchement, particulièrement pour les femmes qui allaitent. La nicotine absorbée par la mère passe dans le lait maternel, et la concentration de nicotine augmente selon le nombre de cigarettes fumées. Arrêter de fumer est donc toujours bénéfique, même après la naissance. Comme pendant la grossesse, les solutions d'aide à l'arrêt du tabac sont autorisées, notamment les substituts nicotiniques. Il n'est donc pas trop tard pour en finir avec la cigarette. Cependant, si vous n'avez pas réussi à arrêter de fumer, l'allaitement reste à privilégier. Les autorités sanitaires considèrent en effet que la balance bénéfice / risques est en faveur de l'allaitement. Concrètement un enfant déjà exposé aux produits toxiques dans le ventre de sa mère, bénéficiera quand même de l'allaitement, même si le lait contient de la nicotine. En revanche, il faut éviter de fumer dans l'heure qui précède la tétée. A savoir : les femmes qui fument ont quantitativement moins de lait que les femmes qui ne fument pas. 

Les risques d'asthme pour le bébé. L'enfant risque de développer des maladies respiratoires comme l'asthme, mais aussi des otites ou des bronchites à répétition par exemple. 

Je n'arrive pas à arrêter de fumer enceinte

Arrêter de fumer n'est pas si simple, même lorsqu'on est informée des risques. En effet, la nicotine absorbée en fumant est une vraie drogue. Or, plus le niveau de dépendance à la nicotine est élevé, plus il est difficile d'arrêter de fumer. Comment ça se passe ? A partir du poumon, la nicotine va se fixer directement dans le cerveau en seulement moins de 10 secondes ! Une fois dans le cerveau, les molécules de nicotine se logent sur les neurones, dans des récepteurs nicotiniques. Les zones du cerveau impliquées dans le système de récompense sont alors activées. Pour la fumeuse, l'effet est quasi immédiat : elle se sent bien, moins stressée, plus active intellectuellement, etc. Le seul problème, c'est qu'à force d'activer ce circuit de récompense, cela devient une habitude et la dépendance s'installe... C'est la raison pour laquelle il est si difficile d'arrêter de fumer, même quand on est convaincue et décidée.

Ne pensez pas qu'il vous suffit de réduire votre consommation à une ou deux cigarettes par jour pour diminuer vos risques ! En effet, ce genre d'attitude conduit généralement, par un phénomène compensatoire lié à l'addiction, à tirer davantage sur les quelques cigarettes, qui deviennent alors tout aussi nocives que les 10 fumées habituellement. Ainsi, même en faible quantité, le tabac est nocif pour la maman et le fœtus. 

Tabagisme passif et grossesse 

Le futur papa fume ? C'est clair, il est bien plus simple d'arrêter de fumer lorsque le conjoint est non-fumeur ou, dans le cas contraire, lorsqu'il décide lui aussi d'arrêter de fumer. D'ailleurs, il faut savoir que l'exposition de la femme enceinte à la fumée des autres, à la maison, dans une soirée ou au travail, a un effet équivalent à un petit tabagisme maternel. De fait, les molécules toxiques de la fumée du tabac passent aussi dans le sang de la mère et donc dans celui du fœtus. Pour éviter le tabagisme passif, on conseille aux femmes enceintes d'éviter les atmosphères enfumées. 

Quelles aides pour arrêter de fumer ? 

En France, les femmes enceintes qui fument sont encore trop nombreuses. Selon une étude de Santé publique France publiée en 2015, ce sont en effet environ 158 000 nouveau-nés qui ont été exposés in utero au tabagisme maternel en 2010 dans l'Hexagone. Si une grossesse est souvent une motivation supplémentaire pour arrêter de fumer, cela peut parfois s'avérer compliqué. Mais rassurez-vous, il existe plusieurs aides pour les femmes enceintes dépendantes. Certaines maternités proposent par exemple une aide au sevrage tabagique pendant la grossesse. Après avoir réalisé un test pour établir son niveau de dépendance tabagique, la future mère est alors prise en charge individuellement par un médecin ou une sage-femme. L'acupuncture et l'hypnose peuvent être aussi une solution pour en finir avec la cigarette. Il faut savoir que les séances sont remboursées par la sécurité sociale si le thérapeute est conventionné et que vous avez une ordonnance de votre médecin traitant pour l'acupuncture. Enfin, sachez que les substituts nicotiniques (patch, gomme…) peuvent être utilisés sous contrôle médical chez les femmes enceintes et qui allaitent. Par ailleurs, la première visite prénatale, qui est programmée pendant le premier trimestre de la grossesse, soit avec un gynécologue, soit avec une sage femme, est l'occasion de parler du suivi médical de grossesse. Mais aussi et surtout de votre hygiène de vie, donc du tabagisme. Posez toutes les questions qui vous inquiètent.

Substituts nicotiniques et grossesse

Pour les addictions légères, des substituts nicotiniques peuvent être prescrits par un médecin ou une sage-femme, y compris à l'entourage de la femme enceinte ou accouchée. Les patchs, les pastilles ou les gommes à mâcher font partie des méthodes efficaces pour aider à éviter la sensation de manque. Néanmoins, compte tenu des risques de malformation cardiaque du fœtus qu'ils peuvent provoquer, les médicaments pour arrêter de fumer sont déconseillés chez la femme enceinte. Quant à la cigarette électronique, comme son efficacité et sa dangerosité sont encore mal connues, elle ne fait pas partie des méthodes validées pour l'arrêt du tabac. Demandez conseil auprès de votre médecin si vous souhaitez avoir plus de renseignement en fonction de vos besoins.

Sevrage tabagique : quel accompagnement ?

Des tabacologues proposent aussi un accompagnement psychologique. Idéal pour les femmes enceintes qui trouvent dans cette approche écoute et soutien. En outre, la dépression est un effet secondaire qu'il ne faut pas négliger dans l'arrêt du tabac en général. Pour une femme enceinte, le risque existe aussi, renforcé par les bouleversements hormonaux liés à la grossesse. Autre raison : les substituts autorisés (prescrit sur avis médical) sont légers. Il existe plusieurs façons de se faire accompagner dans l'arrêt du tabac. Les thérapies cognitivo-comportementales sont reconnues par les experts pour leur efficacité dans l'accompagnement de l'arrêt du tabac. Le thérapeute aide, par le dialogue et des exercices, une personne à modifier un comportement ou des manières de penser. 

Un tabacologue de Tabac Info Service pourra également vous proposer l'accompagnement le plus adapté à vos besoins et à votre psychologie : coaching en ligne ou par téléphone. Vous y trouverez également une cartographie pour connaître toutes les consultations de tabacologues à côté de chez vous. Pour demander conseil à un spécialiste sans vous déplacer, vous pouvez appeler Tabac Info Service qui vous proposera de bénéficier d'un suivi personnalisé et gratuit par son équipe de tabacologues (Bilan de dépendance, analyse des craintes, anticipation des difficultés). Pour trouver un tabacologue près de chez vous, consultez l'annuaire de tabacologie ou contacter un tabacologue de Tabac info service au 39 89.

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