Diabète gestationnel : quels risques pour la mère et l'enfant ?

Le diabète gestationnel ne doit pas être négligé en raison des complications qu'il peut provoquer, tant pour la mère que pour son bébé. Heureusement, il se soigne facilement, notamment grâce à un régime adapté. Ce qu'il faut savoir.

Diabète gestationnel : quels risques pour la mère et l'enfant ?
© Aleksandr Davydov

Le diabète gestationnel est défini comme une anomalie de la tolérance au glucose conduisant à une hyperglycémie de sévérité variable, dont le diagnostic est effectué pendant la grossesse. Dans 85 % des cas, le diabète est dû à une anomalie de la tolérance glycémique, qui apparaît dans la deuxième moitié de la grossesse, soit entre la 22e et la 24e semaine"Cependant, il faut bien comprendre que ce n'est pas parce qu'une femme enceinte fait une hyperglycémie que celle-ci n'existait pas avant la grossesse", précise le Pr Jacques Lepercq, gynécologue obstétricien à l'hôpital Saint Vincent de Paul à Paris. De fait, dans 15 % des cas, le diagnostic de diabète gestationnel ne fait que révéler un diabète de type 2, déjà présent avant la grossesse, mais non dépisté. Rappelons que le diabète de type 2 (contrairement au diabète de type 1) ne provoque aucun symptôme et que seule une analyse de sang (mesure de la glycémie) permet de le mettre en évidence.

Pourquoi le diabète gestationnel augmente-t-il au 2e trimestre ?

Lors du deuxième trimestre de la grossesse, plus précisément entre la 22e et la 24e semaine de grossesse, le placenta se met à produire beaucoup d'hormones dont le rôle est de favoriser le passage de tous les éléments nécessaires à la croissance du fœtus (nutriments, oxygène, énergie...). Objectif : le faire grandir et grossir. "C'est la période de notre vie où la croissance est la plus rapide et la plus forte. Et pour cause : le futur bébé va passer d'un poids d'environ 500 g à 3 kg à la naissance, soit un poids multiplié par 10 en seulement 3 mois !", précise le Pr Lepercq. Ces hormones placentaires ont par ailleurs pour effet de réduire l'efficacité de l'insuline, dont le rôle est de réguler le taux de sucre dans le sang. Si tout va bien, cette résistance à l'insuline, incite le pancréas à en produire davantage pour compenser et maintenir des valeurs de glycémie normales. Seulement, comme l'explique Jacques Lepercq, "lorsque le pancréas n'est pas suffisamment efficace ou que la femme enceinte est en surpoids, elle ne peut pas adapter sa production d'insuline, provoquant alors une hyperglycémie et donc un diabète gestationnel".

Diabète gestationnel : quels sont les causes ?

  • Le surpoids et l'obésité, soit un IMC > 25 kg / m².
  • Un âge supérieur à 35 ans
  • Les antécédents familiaux au premier degré de diabète de type 2 (chez les parents ou parmi la fratrie).
  • Les antécédents de diabète gestationnel ou d'accouchement de "gros bébé" (plus de 4 kg à terme). 

Aujourd'hui, on constate une tendance à l'augmentation de la prévalence du diabète gestationnel. La raison ? "L'augmentation du surpoids et de l'obésité, ainsi que de la sédentarité, participent clairement à cette évolution. La surcharge pondérale est LE facteur de risque numéro 1 du diabète gestationnel", insiste le Jacques Lepercq. 

Quels sont les risques d'un diabète gestationnel ?

Si vous avez trop de sucre dans le sang, il traverse le placenta et le fœtus produit alors plus d'insuline, ce qui entraîne une croissance excessive, notamment du tissu adipeux. Il peut donc prendre rapidement du poids, ce qui n'est pas sans poser problème au moment d'accoucher (risque accru de césarienne notamment). En outre, des complications sont possibles pour la mère, notamment l'hypertension. "Les femmes en surpoids ou obèses, ont déjà par définition davantage de risque d'accoucher par césarienne et de faire de l'hypertension. En cas de diabète chez ces personnes, le risque est donc encore plus important", alerte le Pr Jacques Lepercq. Par ailleurs, chez la mère, on constate une augmentation du diabète post natal avec un risque multiplié par 7 ! "C'est la raison pour laquelle, la prise en charge du diabète ne s'arrête pas à l'accouchement. En post partum, les mères doivent continuer à bien s'alimenter et à faire contrôler leur glycémie tous les ans", ajoute le Pr Anne Vambergue, diabétologue à l'hôpital Claude Huriez à Lille*.

Le diabète gestationnel, qui touche 8% des grossesses, peut être à l'origine de complications chez la mère et son enfant à la naissance, selon une nationale menée par la Caisse nationale de l'Assurance Maladie des travailleurs salariés (Cnamts) et des équipes de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris. L'étude publiée dans la revue Diabetologia du 16 février 2017 porte sur l'analyse de 796 000 accouchements en France en 2012 et principalement sur les femmes ayant développé un diabète durant leur grossesse. Selon les résultats, les futures mamans ayant un diabète gestationnel accouchent plus souvent par césarienne (28 %) par rapport à celles sans diabète (20 %). Elles sont également plus nombreuses à vivre des naissances prématurées (8% contre 6%), ou à subir une pré-éclampsie (2% contre 1%). "Pour le bébé, le risque de malformations cardiaques à la naissance est 1,2 fois plus élevé que celui observé chez une femme qui a une grossesse sans diabète", précise l'étude. En outre, ces complications augmentent d'autant plus lorsque le diabète gestationnel est sévère, nécessitant le recours à l'insuline par exemple. "Dans ce cas, un tiers des accouchements se fait par césarienne et 9 % survient prématurément. Enfin, les nouveau-nés ont un risque multiplié par 2 d'avoir un poids de naissance particulièrement élevé".

Quelles conséquences pour le bébé ?

Lorsque le diabète est rapidement diagnostiqué et que la prise en charge est adaptée et bien suivie, le diabète n'a pas d'effet sur le bébé. "Les complications les plus graves pour le bébé (malformations et décès périnataux) restent rares et, surtout, on sait qu'elles sont augmentées en cas de diabète de type 2 méconnu". En ce qui concerne la complication principale, à savoir les cas de gros bébés à la naissance (poids supérieur à 4 kg), il n'est pas formellement démontré qu'elle soit liée au diabète gestationnel. "Ce qui est sûr en revanche, c'est que les femmes obèses sont davantage à risque de faire un gros bébé que les femmes de corpulence normale", précise le Pr Lepercq.

Un accouchement déclenché ?

"Oui, l'accouchement est déclenché à 38 semaines de grossesse en cas de diabète de type 2. En revanche, en cas de diabète gestationnel et en l'absence de surpoids et de la mère et de macrosomie (gros bébé), on ne déclenche pas", précise le Pr Anne Vambergue. Quoi qu'il en soit, la décision de déclencher, comme celle de la voie d'accouchement, doit tenir compte de différents critères et sont donc à discuter, au cas par cas, avec la mère et l'équipe soignante.

Dépistage du diabète gestationnel : quand et pour qui ?

Les femmes enceintes avec facteurs de risque, notamment en cas d'obésité, sont les plus à risque de complications, il est indispensable de les dépister au plus tôt pour les prendre en charge rapidement", insiste le Pr Lepercq. Idéalement, le dépistage ciblé du diabète gestationnel, via une simple glycémie à jeun, doit être pratiqué lors de la conception pré-natale, donc avant de concevoir l'enfant. "Cela évite que le fœtus ne se développe alors que sa mère est déjà diabétique, ce qui augmenterait les risques de malformations", explique Jacques Lepercq. Sinon, le dépistage de la glycémie peut se faire lors de la première consultation gynécologique (avant 15 semaines).

Comment ça se passe ? Il s'agit d'une glycémie à jeun. Lorsque la glycémie est supérieure à 1,26 g/L, il s'agit d'un diabète de type 2 antérieur à la grossesse. Lorsqu'elle est comprise entre 0,92 g/L et 1,26 g/L, il s'agit alors d'un diabète gestationnel. Chez les autres patientes non diagnostiquées préalablement, mais avec facteur de risque, on pratique un test de dépistage du diabète gestationnel par une hyperglycémie provoquée par voie orale (test HGPO) entre la 24e et la 28e semaine d'aménorrhée, au moment où la tolérance au glucose est moins bonne.

Concrètement, vous effectuez une première glycémie, à jeun, puis avalez du glucose (sucre) dilué dans de l'eau. Vous patientez alors au laboratoire car vous ne devez pas user vos réserves en glucose et donc fausser les résultats. Une deuxième glycémie est effectuée une heure plus tard, puis une troisième glycémie au bout de 2 heures, période au bout de laquelle vous avez assimilé tout ce sucre.

Diabète gestationnel et taux de glucose

Côté résultat, le taux de glucose à jeun doit être inférieur à 0,92 g/L.

Après 1 heure, il doit être inférieur à 1,80 g/L.

Après 2 heures, il doit être inférieur à 1,53 g/L.

Si l'une des valeurs est supérieure ou égale à ces normes, on parle de diabète gestationnel.

Quel régime suivre en cas de diabète pendant la grossesse ?

En cas de diabète, on conseille à la future maman de suivre un régime diététique. Mais rassurez-vous, il ne s'agit pas de suivre un régime d'exclusion et encore moins d'affamer la maman ! Il consiste à limiter les sucres rapides, à privilégier les fibres et les aliments à indice glycémique élevé (féculents) et à équilibrer les apports en protéines et lipides. "Bien sûr, le régime doit être personnalisé et adapté à la patiente et à ses habitudes alimentaires. C'est la raison pour laquelle il est fortement recommandé d'être suivi par une diététicienne dès l'annonce du diagnostic de diabète", conseille le Pr Lepercq. Autre élément important du régime : avoir un apport calorique limité. Chez les femmes enceintes en surpoids avant leur grossesse, l'idéal est de ne pas prendre plus de 8 à 9 kg, soit le poids nécessaire au bon déroulement de la grossesse. "Au-delà, les femmes enceintes prennent du gras pour elles. Il ne faut pas banaliser cet aspect et bien les sensibiliser dès le début de la grossesse", insiste Jacques Lepercq.

Que faire en cas de diabète gestationnel ?

Si elle n'est pas déconseillée, l'activité physique est recommandée aux femmes enceintes diabétiques, à raison de 30 minutes par jour, 5 fois par semaine. En parallèle, une auto-surveillance de la glycémie à jeun avec un lecteur glycémique, 4 à 6 fois par jour est nécessaire. "La mise en place de ces mesures est efficace chez les personnes en surpoids et obèses. On constate une diminution du risque d'hypertension artérielle, moins de complications et des bébés dont les poids de naissance est moindre", précise le Pr Jacques Lepercq. 

Au bout de 8 à 10 jours, une fois le régime diététique mis en place, la patiente revoit son médecine endocrinologue. A l'aide du carnet de surveillance de la glycémie, il peut ainsi vérifier si les objectifs sont atteints. "Pour 80 % des femmes, c'est le cas. Elles continuent donc leur auto-surveillance et leur régime et la grossesse se passe normalement", rassure Jacques Lepercq. C'est seulement lorsque le régime diététique ne suffit pas (20 % des cas) que l'on y associe des injections d'insuline, sans danger pour le bébé. Enfin, les antidiabétiques oraux ne sont pas indiqués dans le traitement du diabète gestationnel.

*Propos recueillis lors de la conférence de presse Roche Diagnostics "la santé de la femme pendant la grossesse", le 15 novembre 2011.

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