Déni de grossesse : quelles sont les causes ?

Quand une femme ignore qu'elle est enceinte, on parle de déni de grossesse. Mis en lumière par certaines affaires médiatiques, il reste toutefois méconnu. Zoom sur ce phénomène avec Hélène Romano, docteur en psychopathologie et Israël Nisand, responsable du pôle Gynécologie-Obstétrique au CHU de Strasbourg.

Déni de grossesse : quelles sont les causes ?
© danielkrol

Après l’affaire Courjault et l’affaire de Villiers-au-Tertre, une nouvelle affaire d’infanticide a fait l’actualité, il y a quelques jours. Cinq bébés congelés ont en effet été découverts dans une maison familiale à proximité de Bordeaux. L'enquête est en cours et la mère est toujours hospitalisée. Mais la piste d’un déni de grossesse suivi d’infanticides multiples est évoquée.

Qu’est-ce qu’un déni de grossesse ?

Lorsqu’une femme enceinte n’a pas conscience de l’être, on parle de déni de grossesse. La femme est alors dans une absence de représentation de l’enfant. "C’est un mécanisme actif d’oubli devant une souffrance psychique", explique Israël Nisand, responsable du pôle Gynécologie-Obstétrique au CHU de Strasbourg. Il y a une grossesse physique mais pas de grossesse psychique. La femme vit ainsi comme si elle n’était pas enceinte. "La future maman est paralysée psychiquement à se penser enceinte, ajoute Hélène Romano, docteur en psychopathologie et expert près les tribunaux. C'est à cause de cela qu'elle ne perçoit pas sa grossesse. Il y a en fait une coupure entre le corps et la pensée."

La fréquence du déni de grossesse est estimée à 1/500 accouchements dont 38% de dénis totaux et 0,6% de dénis avec accouchement à domicile.

A partir de quel moment parle-t-on de déni ?

"Le déni commence à partir de la fin du premier trimestre de la grossesse, soit à quatorze semaines d’aménorrhée. Durant toute cette période, l’Interruption volontaire de grossesse (IVG) est légale. Il y a pourtant déjà à ce moment-là, quelques signes d’un éventuel déni", assure Israël Nisand. Le premier indice, compris après-coup, est l’incapacité de la future mère à remarquer son état.

Quels sont les différents types de déni ?

Un déni de grossesse peut durer un temps variable. Il peut être découvert par hasard avant la fin de la grossesse ou au moment de l’accouchement. Il peut être accompagné ou non de la mort de l’enfant dans les 24 premières heures de vie par infanticide. Israël Nisand affirme : "si le déni est découvert au premier trimestre, la majorité des femmes fera des IVG. Au deuxième trimestre, la femme choisira très souvent d’abandonner son enfant ou de rattraper le déficit de la communication."

"Plus la levée de déni est tardive, plus il y a de risques pour le bébé, précise le Dr Romano, avant de poursuivre : "lorsque la levée du déni a lieu au moment de l’accouchement, la femme peut avoir différentes réactions. Elle peut par exemple appeler le Samu car elle pense faire une hémorragie, alors qu'elle est en train d’accoucher. C’est alors le cri du bébé qui va la réanimer. Dans les cas plus douloureux, la femme va accoucher mais ne rien faire de son enfant. Elle ne lui apporte aucun soin et le laisse mourir. Lorsque la femme est extrêmement angoissée, elle peut ne pas avoir la notion de bébé et va alors chercher à s’en débarrasser par tous les moyens. Ces deux derniers cas sont toutefois bien différents d’une grossesse cachée." Cette dernière est en effet évoquée lorsqu’une femme consciente d’être enceinte, dissimule sa grossesse à son entourage. Elle va mettre en place des stratégies pour cacher sa grossesse, pour accoucher… Elle cherche alors consciemment à se protéger de son environnement familial, social, professionnel…

Quelles sont les causes ?

L’histoire de la femme y est pour beaucoup. Le Dr Nisand estime que "les causes d’un déni sont multiples : pression, problèmes relationnels…". Il peut être dû à une relation non souhaitée mais pas seulement. Hélène Romano indique en effet que le déni peut aussi être la conséquence d'une grossesse qui arrive au mauvais moment : "par exemple, pour des raisons professionnelles, ces femmes veulent privilégier leur carrière et assurent qu’il n’y pas de place pour un bébé".

Y a-t-il un profil type de femmes touchées par un déni de grossesse ?

Les femmes de tous âges, de tous les milieux sociaux, de tous les profils conjugaux, etc., peuvent être concernées. "Cela peut aussi toucher des femmes qui se croient stériles ou ménopausées, qui pensent faire attention grâce à l’utilisation de contraceptifs ou d’un stérilet, etc.", précise Hélène Romano. Cette dernière affirme toutefois que "toutes les femmes peuvent faire un déni de grossesse. Ce sont des personnes en intense souffrance psychique et isolées psychiquement à un moment donné. La femme est en fait blessée dans sa capacité à être mère".

Le corps cache-t-il vraiment la grossesse ?

Dans un déni de grossesse, il y a bien une grossesse physique même si le corps fait en sorte de la dissimuler. Il semble en effet lui-même cacher la grossesse à la future mère. "Une femme qui fait un déni de grossesse perçoit les changements de son corps mais pas comme des signes de grossesse", assure toutefois Hélène Romano. Des saignements peuvent ainsi passer pour des règles, un mal de ventre pour une gastro… Il n’y a par ailleurs pas ou peu de signes physiques révélant une éventuelle grossesse. En fait, le corps s’adapte en positionnant l’utérus différemment. En temps normal, l’utérus bascule vers l’avant. Dans le cas d’un déni de grossesse, l’utérus se développe verticalement. Le fœtus se trouve alors sous les côtes de la mère. Les muscles de l’abdomen restent quant à eux tendus. Le ventre est parfois légèrement bombé mais il reste relativement plat, trompant ainsi la femme et son entourage.

Plus d'informations : Association française pour la Reconnaissance du Déni de Grossesse (AFRDG)

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