Devenir père, ça change quoi ?

Pour les jeunes papas, l'arrivée d'un enfant est parfois un véritable bouleversement émotionnel, auquel rien ne les avait préparé ! Mais au fait, devenir père, ça change quoi ? Des papas nous racontent.

Devenir père, ça change quoi ?
© Graham Oliver-123rf

Si devenir maman est le fruit d'un long cheminement, les femmes disposent du temps de la grossesse pour apprivoiser leur nouveau rôle. Pendant ces 9 mois, elles ressentent dans le corps et dans leur chair ce grand bouleversement. Cela signifie-t-il pour autant qu'elles sont immédiatement submergées par un amour inconditionnel et sont pleinement à l'aise dans leur rôle ? Bien sûr que non ! L'instinct maternel est une construction et la parentalité un chemin semé d'embûches. Pour les papas, la problématique est différente. Tout aussi impliqués, heureux et présents qu'ils soient pendant la grossesse de leur compagne, ils sont parfois décontenancés par le côté peu "concret" de ce bébé à venir. "Pendant la grossesse, j'étais très impatient, j'adorais sentir les coups de mon fils à travers le ventre de ma femme. Mais j'avoue que jusqu'au jour de la naissance, ce bébé n'avait qu'une réalité toute relative !" témoigne Antonin, papa de deux enfants au Journal des Femmes. Pendant longtemps, on a justement considéré cette impression comme une norme.

Une idée battue en brèche par l'anthropologue Anna Machin dans son livre "Devenir papa, c'est quoi être père aujourd'hui ?" aux éditions Larousse. La spécialiste évoque notamment le rôle longtemps négligé des hormones dans la construction du lien père-enfant. "Une étude a dernièrement démontré que les pères et les mères qui vivent ensemble pendant la grossesse présentent des niveaux d'ocytocine similaires dans le sang". Anna Machin rappelle que l'ocytocine est "l'ingrédient qui facilite la formation des liens entre les êtres humains". Il est question ici de ce fameux "attachement", si difficile à comprendre et théoriser. Alban, père comblé de trois enfants, se souvient qu'à la naissance de son premier fils, il a été immédiatement assailli par un flot d'émotions. "Je me suis tout de suite senti investi psychologiquement et physiquement, dans mon rôle de père. J'étais prêt, tout simplement".

A quel moment un homme se sent-il père ?

Voilà un sujet qui est au centre de beaucoup de questionnements pour les futurs papas. Certains hommes se sentent pères dès l'annonce de la grossesse, d'autres à la naissance, ou encore quand de véritables interactions sont possibles avec l'enfant. Citant les résultats d'une étude scientifique australienne sur l'attachement et l'identité, Anna Machin pointe justement un aspect particulièrement étonnant de la psychologie masculine. "Chez les futurs papas, le fait de devenir "père" était un aspect important de leur identité, au même titre qu'époux et salarié, par exemple, et ceux qui s'identifiaient fortement au rôle de coparent étaient plus fortement attachés à leur enfant à naître que ceux qui envisageaient essentiellement leur rôle comme soutien de famille".

Nicolas, père d'une petite-fille confie avoir eu du mal à trouver sa place. "Je ne sais pas si c'est à cause de mon éducation, mon père a toujours été distant, mais je ne me sentais pas vraiment investi dans mon rôle de père les premiers mois. Ma compagne gérait tout et moi, je me sentais à l'écart. Sans me rendre compte que je m'étais mis moi-même à l'écart…". Hicham, au contraire, a tout de suite embrassé son rôle de père. "Ça ne m'intéressait pas de rentrer tard du travail et de ne jamais être à la maison. Je voulais être présent pour mon fils tous les jours, passer le plus de temps possible avec lui. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai pris un congé parental, je voulais investir mon rôle à 100%".

Fierté et angoisse de la responsabilité : l'ambivalence des sentiments

Beaucoup de pères le disent, la venue au monde de leur enfant a suscité en eux deux sentiments très forts : à la fois une fierté immense, et en même temps le vertige face à cette nouvelle responsabilité. Pour Jean, papa d'un garçon de 6 ans, "la paternité, c'est le début de la responsabilité, mais c'est aussi une négociation constante avec soi-même. Suis-je à la hauteur ? Pourrais-je protéger l'enfant tant qu'il est fragile ? Saurais-je lui laisser quitter le nid quand ce sera le moment ? Quand mon fils est né, j'ai été submergé par une fierté et un amour immenses. Et en même temps cette notion de responsabilité m'a réellement tourmenté…".

Il y a bien entendu tout ce que la paternité change concrètement : le temps qui manque, les nuits blanches, le couple à réinventer. Mais aussi tout ce qui est plus subtile et questionne le rapport des hommes avec leur propre père, sans oublier leur place dans la société. Stéphane, père d'une fille de 3 ans l'a ressenti de manière assez brutale. "J'ai été le premier de mon groupe d'amis à devenir père. Et j'ai senti assez rapidement un fossé se creuser entre eux et moi. J'étais moins disponible évidemment, mais ce n'était pas que ça. Pour eux, j'étais devenu PÈRE, une sorte de figure d'autorité. Bref, j'ai eu l'impression de vieillir d'un coup !" Il est néanmoins un sentiment qu'ont exprimé tous les papas que nous avons interrogé : un amour infini pour leur enfant. Un amour dont l'intensité les a même parfois surpris, à l'image d'Alban. "Je m'attendais à les aimer bien sûr, mais pas à ressentir ce sentiment presque animal. J'avais désormais cette responsabilité immense : faire en sorte que mes enfants soient heureux, épanouis, se sentent en sécurité. Et quand je les vois tous les deux, bien dans leurs baskets et équilibrés... Je ne connais aucune sensation plus belle et gratifiante".

 

Devenir père, ça change quoi ?
Devenir père, ça change quoi ?

Si devenir maman est le fruit d'un long cheminement, les femmes disposent du temps de la grossesse pour apprivoiser leur nouveau rôle. Pendant ces 9 mois , elles ressentent dans le corps et dans leur chair ce grand bouleversement. Cela signifie-t...