Extrême maladresse ou dyspraxie : comment faire la différence ?

Il tombe, se cogne, renverse son verre ou casse ses lunettes ? Plus que le simple fait d'être maladroit, la dyspraxie est un trouble du développement. Comment le reconnaître et comment aider son enfant à mieux gérer ses gestes ? Eclairage de Marianne Delétang, présidente de l'Association Dyspraxique Mais Fantastique.

Extrême maladresse ou dyspraxie : comment faire la différence ?
© Irina Schmidt - 123RF

Souvent surnommée "maladresse pathologique", la dyspraxie fait partie de la famille des troubles dys-. Il s'agit d'un trouble de l'acquisition de la coordination motrice. Autrement dit, un enfant dyspraxique est incapable ou a beaucoup de mal à coordonner ses gestes automatiquement et à les planifier volontairement, même si les muscles responsables des mouvements fonctionnent eux normalement. Comment peut-on reconnaître un enfant souffrant de dyspraxie ? Comment se fait le diagnostic et quelles sont les solutions ? Réponses de Marianne Delétang, présidente de l'Association Dyspraxique Mais Fantastique (DMF).

Comment reconnaître un enfant dyspraxique ?

La dyspraxie vient d'un dysfonctionnement cérébral qui altère le développement de l'enfant et qui est handicapante dans la vie quotidienne. "D'autant que dans la plupart des cas, la dyspraxie - handicap invisible - n'est pas un trouble isolé, mais elle est souvent associée à un déficit de l'attention et de la concentration, une dyslexie, une dysgraphie, une dysorthographie ou une dyscalculie", tient à préciser la présidente de DMF. Le premier signe qui caractérise la dyspraxie est l'extrême maladresse : c'est-à-dire que même en fournissant de considérables efforts, l'enfant est incapable de réaliser un geste qui nous paraît anodin. "Dans la vie courante, cela peut être le fait de manipuler les couverts pendant un repas, de se vêtir, de dessiner, de lacer ses chaussures, de boutonner une chemise ou d'écrire. Il peut également être mal à l'aise avec les jeux de construction et d'assemblage, avoir de grosses difficultés dans les mathématiques et le calcul, avoir des difficultés à mimer avec ses doigts , à reproduire un dessin, à coller des gommettes... Autant d'actions qui sont automatisées chez nous et qui ne le sont pas chez l'enfant dyspraxique. Pourtant, ce sont des enfants intelligents avec la plupart du temps une aisance à l'oral", précise Marianne Delétang.

L'enfant dyspraxique peut également présenter des troubles visuo-spatiaux : il lui est très difficile de fixer un objet ou de le suivre des yeux (ce qui a généralement des répercussions sur l'apprentissage de la lecture), il peut avoir des problèmes pour se repérer dans l'espace et dans le temps, peut avoir du mal à distinguer sa gauche de sa droite ou encore, à suivre un plan. Le fait d'avoir des problèmes de concentration et d'attention font qu'il a du mal à apprendre de nouveaux gestes dans la mesure où l'apprentissage de ces derniers nécessite de les répéter plusieurs fois et donc d'être concentré. Enfin, l'enfant dyspraxique peut aussi présenter une apraxie bucco-linguo-faciale et avoir par conséquent des problèmes d'élocution, des problèmes pour mâcher, mastiquer et parfois déglutir. 

Quelles sont les causes ? On distingue deux types de dyspraxie : 

  • la dyspraxie développementale lorsque le trouble est dû à une anomalie du cerveau non-repérée. L'enfant est donc en parfaite santé. Si on ne peut pas expliquer la cause de cette maladie génétique et qu'aucune hypothèse n'a été prouvée scientifiquement, on suppose qu'il y a une défaillance au niveau de la zone du cerveau responsable du développement et du mouvement et de la motricité. 
  • la dyspraxie lésionnelle lorsque le trouble de la planification et la coordination des mouvements est associé à un traumatisme probablement crânien, survenu potentiellement à la naissance et/ou en cas de prématurité. 

Comment se déroule le diagnostic ?

"Parfois, les signes d'une éventuelle dyspraxie sont visibles dès le plus jeune âge (vers 2-3 ans), avant la scolarisation. Dans la plupart des cas, l'enfant fournit de telles compensations qui font que le trouble ne se voit pas au premier abord et c'est seulement à l'école que le corps enseignant ou le médecin scolaire vont remarquer chez lui des difficultés à faire certaines choses", explique-t-elle. Les soupçons d'une dyspraxie doivent être ainsi confirmés ou infirmés par le pédiatre ou le médecin qui pourra alors diriger les parents vers des spécialistes. Le diagnostic peut se faire généralement aux alentours de 4 ans, mais plus il est précoce, plus vite la prise en charge pourra se mettre en place. Pour établir un diagnostic de dyspraxie et déterminer la nature du trouble, ainsi que son niveau de sévérité, l'enfant devra effectuer toute une série d'examens pluridisciplinaires : il verra un neurologue qui décèlera ou non tout problème au niveau du système nerveux, un psychomotricien ou un ergothérapeute qui analysera les problèmes de motricité de l'enfant, un orthophoniste qui déterminera les éventuels problèmes de langage oral ou écrit, un psychologue ou un pédopsychiatre qui pourra déceler les répercussions de ses difficultés sur sa psychologie, un ophtalmologiste et un spécialiste ORL qui écarteront ou non tout problème visuel ou auditif. 

Quelles solutions ?

Pour que l'enfant gagne en autonomie et en précision, une prise en charge pluridisciplinaire et personnalisée (les symptômes sont variables d'un enfant à un autre), faisant intervenir plusieurs professionnels est nécessaire : 

  • un neuropsychologue, un neuro-pédiatre ou un neurologue pour rééduquer les troubles de l'attention 
  • un psychomotricien et/ou un ergothérapeute : le premier spécialiste pour travailler le schéma du corps dans l'espace (motricité globale). Le second fait travailler la motricité fine (mise à l'ordinateur avec l'apprentissage de la frappe par exemple...). Le but ? Rendre automatique des gestes comme la bonne prise en main d'un crayon, le bon maniement des couverts, le laçage des chaussures... 
  • un orthophoniste pour rééduquer le langage si besoin, aussi bien à l'oral qu'à l'écrit (dyslexie, dysorthographie, dyscalculie) ;
  • seront parfois nécessaires un orthoptiste pour rééduquer le regard de l'enfant et lui permettre de mieux maîtriser ses mouvements des yeux (si l'enfant est atteint de dyspraxie visuo-spatiale), un psychologue pour accompagner l'enfant et discuter ensemble de ses sentiments, de ses inquiétudes ou de ses doutes, ainsi qu'un posturologue pour corriger l'équilibre de l'enfant.

"Pour que la prise en charge soit efficace sur le long terme, c'est important qu'il y ait une cohérence entre les différentes rééducations et que chaque spécialiste prenne en compte les bilans des autres professionnels", conseille Marianne Delétang. Et d'ajouter que "plus tôt l'enfant sera pris en charge, au mieux il pourra progresser et compenser les différents troubles". 

Et à l'école ?

"Avec des aménagements adaptés, l'enfant dyspraxique peut tout à fait suivre une scolarité en milieu ordinaire et réussir en classe" 

L'enfant dyspraxique peut tout à fait poursuivre une scolarisation en milieu ordinaire, mais il aura, selon le niveau de sévérité de sa dyspraxie, besoin d'aménagements plus ou moins importants. Par exemple, "les copies manuelles peuvent être remplacées par des copies dactylographiées (avec des caractères agrandis, du texte en couleur...), l'enfant peut prendre ses notes sur un ordinateur avec des logiciels adaptés au lieu d'un cahier, il peut bénéficier d'un tiers-temps pendant les contrôles et examens, se faire aider pour noter les devoirs dans un agenda, avoir un matériel scolaire ergonomiquement adapté, et pour les cas les plus lourds la présence d'une auxiliaire de vie scolaire (AVS) pour palier le défaut de planification et d'organisation", donne comme exemples Marianne Delétang. Une fois que les parents ont fait reconnaître ce handicap par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), les besoins de l'enfant vont être définis dans ce qu'on appelle un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) dans lequel les parents, les rééducateurs, l'enseignant référent (un enseignant qui accompagne les parents dans leurs démarches et qui fait le lien entre l'école et la MDPH), éventuellement un médecin et un psychologue, vont discuter de ce qui est le plus adapté pour l'enfant. Mais il faut savoir que "c'est aux parents de faire les demandes de reconnaissance de handicap pour avoir les aménagements adaptés. C'est parfois difficile à obtenir et les délais sont très longs. De plus, il n'y pas d'homogénéité sur le territoire français dans l'attribution des aides octroyées et le nombre d'AVS est très faible par exemple", précise-t-elle. Surtout, il est important de notifier la dyspraxie de son enfant aux enseignants qui pourront faire passer le message aux autres enfants de l'école. Le professeur pourra par exemple demander aux autres élèves de se montrer plus indulgents s'il les bouscule involontairement ou est maladroit.

Se faire accompagner par une association

"Les troubles dys- peuvent apparaître comme une mode, or c'est bel et bien un handicap que l'on détecte plus facilement à l'heure d'aujourd'hui qu'il y a dix ou quinze ans", tient à rectifier la présidente de l'Association DMF. Mais au-delà du diagnostic, il y a de nombreux éléments (rééducation, reconnaissance du handicap, aménagements à l'école ou en fonction de l'âge, en milieu professionnel) qui peuvent être fastidieux et longs à mettre en place. "Il ne faut donc pas hésiter à contacter, le plus tôt possible, des associations spécialisées qui pourront aider les familles et les soutenir dans leurs démarches quotidiennes", conclut-elle. 

© Yanbow Al Kitab

Un livre pour comprendre simplement la dyspraxie. Nil est un petit garçon très doué à l'école, il comprend tout, mais a du mal à tenir son stylo. Il adore jouer dans la cour de récré, mais a du mal à attraper le ballon que ses camarades lui envoie. Il adore jouer aux chevaliers, mais a du mal à empiler les pièces pour construire son château-fort. Nil est tout simplement un petit garçon dyspraxique. Mais avec l'aide de son ergothérapeute, il fait d'énormes progrès et parvient petit à petit à dépasser ses problèmes ! Ce petit livre de May Benhayoun Sadafi explique simplement et avec des exemples concrets les difficultés que les enfants atteints de ce trouble du développement peuvent rencontrer au quotidien. Idéal pour les enfants dès 6 ans

© Wesco

Une chaussure à lacer. Cette chaussure géante en bois de la marque Wesco permet à l'enfant dyspraxique de s'entraîner à lacer correctement et simplement ses chaussures. Elle est notamment idéale pour favoriser la motricité fine et la coordination main-œil. A partir de 3 ans

  • Contactez Dyspraxique Mais Fantastique, association de familles dont les enfants sont atteints de dyspraxie ou TDC (trouble développemental de la coordination)
  • En savoir plus sur les aménagements possibles en classe sur le site de Dys-Positif.

Extrême maladresse ou dyspraxie : comment faire la différence ?
Extrême maladresse ou dyspraxie : comment faire la différence ?

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