Protection de l'enfance : que prévoit Adrien Taquet ?

Adrien Taquet vient d'être nommé secrétaire d'Etat en charge de la protection de l'enfance auprès d'Agnès Buzyn. Que prévoit la nouvelle stratégie axée sur la santé, l'éducation et la lutte contre les violences ?

Protection de l'enfance : que prévoit Adrien Taquet ?
©  RETMEN-SIPA

Annoncée en novembre dernier, puis reportée, la nomination d'un haut commissaire chargé de la protection de l'enfance était très attendue. C'est finalement en tant que secrétaire d'Etat que le député Adrien Taquet prend ses nouvelles fonctions auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, Agnès Buzyn, Un soulagement pour les associations qui réclamaient depuis plus d'un an un délégué interministériel dédié à l'enfance, comme ce fut le cas avec Laurence Rossignol, ex-ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des Femmes, qui avait présenté le premier plan de lutte contre les violences faites aux enfants en 2017. 

Quelle stratégie pour la protection de l'enfance ?

Ce lundi 28 novembre, des mesures ont été annoncées devant le Conseil national de la protection de l'enfance. Le gouvernement souhaite mieux accompagner les parents, avant même de décider de placer les enfants dans des familles d'accueil. 

- La prévention dès la grossesse est donc envisagée, avec "des parcours de périnatalité pour les parents", dès le 4e mois de grossesse par exemple. Le suivi après la naissance de bébé pourrait également être renforcé, avec la protection maternelle et infantile. 

- Lutter contre les violences faites aux enfants. Adrien Taquet recommande de mobiliser et d'encourager les citoyens à signaler les cas de maltraitance infantile, car à l'heure actuelle, "moins d'une personne sur quatre, face à une suspicion de violence, va effectivement la signaler" a-t-il déclaré.

- ASE : la formation des professionnels. "Aujourd'hui, on s'aperçoit que le minimum de formation nécessaire n'est pas forcément respecté, et que ça peut déboucher sur des situations de maltraitance", pointe du doigt le secrétaire d'Etat chargé du dossier. Le gouvernement souhaite donc améliorer les conditions de recrutement du personnel en charge des enfants placés et mieux former les professionnels.

- Des mesures de placement plus rapides. Lorsqu'il y a urgence à retirer un enfant de sa famille biologique, les délais de prises en charge doivent être raccourcis.

- L'adoption simple pour les familles d'accueil ? Cette mesure permettrait aux enfants de ne plus être "ballotés" de famille d'accueil en foyers, où ils sont souvent victimes de maltraitance. Car actuellement, les familles accueillent les enfants provisoirement, et lorsque ces derniers ne peuvent retourner dans leur propre famille, l'adoption est interdite par l'ASE. Lyès Louffok raconte dans son livre "Dans l'enfer des foyers" que sa vie aurait été totalement différente si Emilie (qui a déménagé dans le sud de la France) avait pu l'adopter, comme elle l'avait demandé.

- Une meilleure prise en charge des enfants placés. Agnès Buzyn souhaite mieux prendre en charge les frais de santé des jeunes confiés à l'Aide sociale à l'enfance avec une prise en charge à 100% du parcours de soin. Aussi, "un enfant pourra voir un psychologue remboursé à 100% et une mission va être lancée sur les centres médico-psychologiques qui ont des délais de rendez-vous trop longs" a ajouté la ministre de la Santé.

- Une aide pour les jeunes de 18 ans. Rappelons qu'actuellement, les jeunes de l'ASE doivent voler de leurs propres ailes à 18 ans, alors qu'il ne peuvent être autonomes à cet âge. En moyenne, l'âge auquel les adolescents quittent leur foyer familial est 23,6 ans, et leur premier emploi stable se situe entre 27 et 28 ans, rappelait le CESE dans ses recommandations sur l'accompagnement des jeunes majeurs. Pour éviter ce que l'on appelle "une sortie sèche", le gouvernement souhaite "établir un référentiel de bonnes pratiques, et inciter les départements à les mettre en oeuvre pour accompagner ces enfants en échange de moyens supplémentaires alloués par l'Etat". Enfin, les jeunes aux "parcours scolaires chaotiques" pourraient obtenir des bourses ou des places en internats afin d'accéder plus facilement aux études supérieures.

Pour l'heure, cette nouvelle stratégie nationale pour la protection de l'enfance doit être soumise à concertation. Elle sera "présentée d'ici l'été pour qu'un certain nombre de mesures puissent déjà être inscrites au projet de loi de finances 2020" a indiqué Adrien Taquet.

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