Protection de l'enfance : Adrien Taquet dévoile sa stratégie

Adrien Taquet a présenté sa stratégie de prévention et de protection de l'enfance. Ces nouvelles mesures seront mises en place dès janvier 2020 et se développeront jusqu'en 2022. Voici ce que contient la réforme de l'aide sociale à l'enfance, visant à mieux prendre en charge les enfants placés.

Protection de l'enfance : Adrien Taquet dévoile sa stratégie
©  RETMEN-SIPA

"Dans certains territoires, 40% des enfants placés ont un parent qui a lui-même été placé dans sa propre enfance, tandis que 25% des sans domiciles fixes et 20% des adultes en détention sont d'anciens enfants placés" rappelle Adrien Taquet ce lundi 14 octobre, lors de la présentation de sa stratégie de prévention et de protection de l'enfance. Après une concertation menée au printemps avec l'ensemble des acteurs, en particulier les enfants pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, et un discours prononcé aux Assises Nationales de la Protection de l'enfance en juillet dernier, cette stratégie d'un budget de 80 millions d'euros devrait être mise en oeuvre dès janvier 2020. "Je veux que nous prenions des décisions qui permettront aux enfants protégés de se considérer et d'être considérés comme des enfants comme les autres" a déclaré le Secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités et de la Santé, à Marcq-en-Barœul (49). Autres objectifs de cette réforme de l'aide sociale à l'enfance : améliorer la prévention des risques, et être davantage à l'écoute des enfants protégés afin de changer le regard de la société et répondre à leurs besoins. 

Protection de l'enfance : comment prévenir les risques ?

D'ici 2022, le Secrétaire d'Etat souhaite que 100% des bilans de santé soient réalisés à l'école maternelle (contre 70% actuellement), avec un renforcement des moyens des cellules d'informations préoccupantes. En ce qui concerne les futures et jeunes mamans, le gouvernement prévoit d'atteindre un taux de couverture de 20% des besoins en termes d'entretien prénatal précoce, mais aussi de doubler le nombre de visites à domicile prénatales par les sages-femmes de PMI, et le nombre de visites à domicile infantiles par des infirmières puéricultrices juste après l'accouchement. Enfin, pour soutenir les parents en difficultés, 20 nouveaux relais parentaux (500 nouvelles places) pourraient être créés. 

Faire des enfants placés des enfants comme les autres

De nouvelles mesures ont été présentées pour mieux prendre en charge les enfants placés dans des familles d'accueil. La première : celle de prendre en compte la voix de l'enfant. De nouveaux indicateurs devraient enfin permettre d'être à l'écoute de la parole des enfants dans l'évaluation de la qualité des procédures et des prises en charge liées à la protection de l'enfance. Aussi, pour lutter contre les ruptures de parcours, Adrien Taquet préconise de mettre en place un bilan de santé obligatoire pris en charge par l'Assurance maladie pour chaque enfant qui entre dans le dispositif de protection de l'enfance, et garantir ensuite la continuité du parcours et de l'accès aux soins des mineurs non accompagnés jusqu'à leur majorité. Autres mesures phares : contrôler les lieux d'accueil en établissant des critères de qualité sur la prise en charge des enfants, créer (d'ici 2022) 600 nouvelles places d'accueil pour répondre aux besoins spécifiques des enfants placés et permettre notamment aux fratries de grandir ensemble. En outre, le retour à domicile devrait être mieux accompagné et le quotidien des enfants placés facilité avec une simplification des notions d'actes usuels et non usuels. Il convient également de "repenser le rôle d'assistant familial pour permettre la construction d'un lien d'attachement avec l'enfant protégé, et mieux associer l'assistant familial au parcours de l'enfant au sein de l'ASE", précise le communiqué. 

Des albums photos pour créer des souvenirs d'enfance

Parce que trop de jeunes n'ont aucun souvenir de leur enfance faute de traces, Adrien Taquet souhaite créer un album réunissant les photos de chaque enfant placé. "La création d'un album de vie leur permettra d'en conserver pour le reste de leur vie et contribuera à ce que les enfants protégés se considèrent tels qu'ils sont : des enfants comme les autres" précise-t-il.

Accompagner les enfants placés en situation de handicap

25% des enfants placés sont en situation de handicap. "Certaines études ont montré que près de 32% des enfants confiés à l'aide sociale à l'enfance ont un suivi psychiatrique contre 2,6% en population générale", précise Adrien Taquet. Ce sont ces situations que l'on qualifie souvent d'"incasables", car les suivis nécessitent des interventions croisées de l'aide sociale à l'enfance, du sanitaire, du médico-social et parfois de la protection judiciaire de la jeunesse. Il faut que nous engagions la création de dispositifs et de services qui répondront aux besoins de ces enfants : des équipes mobiles, des places d'accompagnement et d'hébergement mixtes, des
SESSAD ou des accueils de jour seront ainsi mis en place" préconise le Secrétaire d'Etat.

L'adoption simple pour les familles d'accueil ? 

Cette mesure permettrait aux enfants de ne plus être "ballotés" de famille d'accueil en foyers, où ils sont parfois victimes de maltraitance. Car actuellement, les familles accueillent les enfants provisoirement, et lorsque ces derniers ne peuvent retourner dans leur propre famille, l'adoption est interdite par l'ASE. Lyès Louffok raconte dans son livre "Dans l'enfer des foyers" que sa vie aurait été totalement différente si Emilie (qui a déménagé dans le sud de la France) avait pu l'adopter, comme elle l'avait demandé. Dans son discours, Adrien Taquet confirme que "49% des enfants pupilles qui ne sont pas confiés en vue d'adoption ont pourtant eu un projet d'adoption, mais le conseil de famille n'a pas réussi à leur trouver une famille". D'autant que 14000 familles ont un agrément en vue d'une adoption. "Je souhaite que nous renforcions l'accompagnement des projets d'adoption et que nous puissions accélérer les projets de délaissement et favoriser l'adoption simple" a-t-il ajouté.

Un soutien scolaire pour les enfants protégés

Soutien scolaire, accès à la culture, aux sports et aux loisirs... Qu'il s'agisse de la santé, ou du droit à l'éducation et à la scolarité, Adrien Taquet tient à ce que chacun possède les mêmes chances de réussite que les autres enfants. En effet, "à l'âge de 15 ans, les enfants de l'ASE sont trois fois plus déscolarisés que les autres enfants, et à 16 ans, 16 % des enfants confiés ne sont plus scolarisés, contre 6 % en population générale", précise-t-il. Une attention particulière sera donc portée pour que le programme "devoirs faits" bénéficie aux enfants protégés comme aux autres dès 2020. Le dispositif de soutien scolaire numérique fonctionne déjà pour les enfants hospitalisés et permettra de soutenir les enfants de l'aide sociale à l'enfance face au décrochage scolaire et aux difficultés à l'école. En outre, les enfants de l'ASE pourront avoir recours aux internats scolaires l'an prochain et des places dans les internats des lycées d'excellence seront notamment réservées aux jeunes.

Co-saisine de deux juges en cas de décisions complexes

Le gouvernement souhaite également faire appel à deux juges lorsqu'une décision difficile ou déterminante pour la vie de l'enfant devra être prise, afin de garantir sa collégialité, sa pertinence et sa conformité avec les besoins de l'enfant. "La Garde des sceaux
prévoit une mesure forte pour renforcer les garanties procédurales devant le juge des enfants : l'introduction de la collégialité pour les décisions complexes
", précise Adrien Taquet.

Une aide pour les jeunes de 18 ans. Rappelons qu'actuellement, les jeunes de l'ASE doivent voler de leurs propres ailes à 18 ans, alors qu'il ne peuvent être autonomes à cet âge. En moyenne, l'âge auquel les adolescents quittent leur foyer familial est 23,6 ans, et leur premier emploi stable se situe entre 27 et 28 ans, rappelait le CESE dans ses recommandations sur l'accompagnement des jeunes majeurs. Pour éviter ce que l'on appelle "une sortie sèche", le gouvernement souhaite accompagner les jeunes dans leur recherche d'emploi, d'insertion, de logement et "créer un fond de solvabilisation national des jeunes sortants pour l'accès à un logement, de type fonds de solidarité logement". Enfin, les jeunes pourront bénéficier de bourses universitaires, d'accès facilité au logement étudiant pour assurer une meilleure égalité des chances.

Protection de l'enfance : Adrien Taquet dévoile sa stratégie
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