Sexisme et inégalités filles/garçons : et si ça commençait dès l'école ?

"Les filles n'ont pas de muscles", "Le foot, c'est pour les garçons, la cuisine pour les filles"... Les inégalités entre les filles et les garçons commencent dès la cour de récré, selon un rapport de Unicef France publié le 8 novembre 2018.

Sexisme et inégalités filles/garçons : et si ça commençait dès l'école ?
© Dolgachov - 123RF

Amitié filles/garçons, discrimination entre les sexes, respect des droits, perception de l'homosexualité... Qu'en pensent réellement les enfants ? Et à quel âge naissent les premières inégalités de genre ? A l'occasion de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement le jeudi 8 novembre 2018, Unicef France a interrogé plus de 25 000 enfants français de 6 à 18 ans sur la façon dont filles et garçons perçoivent leurs droits. Au total, 165 propositions sur le respect des droits, le bien-être à l'école, l'éducation ou encore les loisirs ont été soumises aux enfants qui devaient indiquer si oui ou non, elles correspondaient à leur vécu. Résultats.

La cour de récré, un espace difficile à partager ?

La cour de récréation semble être un lieu propice de la séparation des sexes à l'école et non un espace de cohabitation comme elle devrait l'être : l'enquête montre que si les garçons prennent leurs quartiers au centre de la cour de récré, les filles ont tendance à rester en petits groupes sur les côtés. Selon l'étude, les jeux de garçons occuperaient (jeux de ballon, de guerre, courses...) quasiment toute la place dans la cour de récré, laissant les jeux de filles (élastiques, cordes à sauter...) à la périphérie. D'ailleurs, 45% des filles ont un sentiment d'inégalité à l'école et considèrent qu'elles ont moins de droits que les garçons, alors que seulement 30% des garçons pensent le contraire : "les filles intègrent alors l'idée que pour se protéger, elles doivent limiter leur liberté de se déplacer", précise le rapport de l'Unicef. Autre problème : en primaire, l'amitié entre filles et garçons ne semble pas être une évidence : petites filles et garçons n'interagissent et ne jouent que très peu ensemble et ils sont 40% à n'avoir aucun ami du sexe opposé, d'où l'absence de brassage filles/garçons dans la cour de récré. Selon certains garçons, les filles seraient en effet "moins bonnes" dans les activités physiques ou les jeux d'adresse et n'auraient "pas de muscles".

Les inégalités filles/garçons commenceraient dès l'enfance 

Près d'un enfant et adolescent sur 3 avoue avoir été victime de moqueries et d'attaques blessantes à l'école. A l'âge de 7-8 ans, plus d'un enfant sur deux s'en plaint. Cela concerne davantage les garçons que les filles, qui semblent être plus intégrées au milieu scolaire. Mais si à l'école, les filles sont un peu moins exposées aux moqueries de la part des autres enfants, elles sont deux fois plus souvent harcelées sur Internet, dans les transports en commun ou dans l'espace public. Ce harcèlement prend plusieurs formes : critiques sur leurs tenues vestimentaires (pour 19 % des adolescentes de 15-18 ans), cyberharcèlement, insultes et remarques dégradantes... Cela est encore plus flagrant "dans les quartiers prioritaires, [où] les garçons sont très présents à l'extérieur, alors que les filles sont confinées à l'espace domestique. À terme, elles finissent par délaisser l'espace public, qui devient de fait un territoire masculin", confient les auteurs du rapport. "Ce sont des petites différences, mais le fait qu'elles soient systématiquement plus en défaveur des filles traduit un effet de genre dans la constitution des inégalités que l'on peut donc repérer dès l'enfance", ajoutent-ils.

Le combat contre les discriminations homme/femme continue

"Cette Consultation nationale montre que le combat contre les discriminations de genre doit se poursuivre avec l'aide de l'Etat, des parents, des enseignant.e.s. Les progrès pour tous les enfants ne pourront se faire sans un changement radical du statut des filles : un même accès aux loisirs, une réelle information sur la sexualité, un espace scolaire et public partagés sont une partie des conditions pour y parvenir", rappelle Sébastien Lyon, directeur général d'UNICEF France dans le rapport. Face à ces constats, faire de la place pour les "activités des filles" dans les cours de récré, renforcer l'information sur la sexualité, sensibiliser les jeunes sur le cyberharcèlement, les accompagner dans l'usage des outils connectés et construire un espace public partagé où la mixité est favorisée apparaissent comme des priorités de l'organisation onusienne. 

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