Grossesse précoce : comment accompagner sa fille ?

Les "maternités précoces" reculent en France ces dernières années, selon une étude de l'Insee. Moins de 2% des bébés nés en 2018 ont une maman âgée de moins de 20 ans. Néanmoins, entendre son adolescent annoncer qu'il va devenir parent n'est pas toujours aussi simple. Conseils de Catherine Salinier, pédiatre.

Grossesse précoce : comment accompagner sa fille ?
© Dinis Tolipov - 123RF

Certaines jeunes filles deviennent mères alors qu'elles sortent tout juste de l'enfance. On parle de grossesse précoce lorsque la future maman est âgée de moins de 20 ans. Mais lorsqu'on est mineure, devenir mère pendant que ses camarades de lycée nagent dans l'insouciance de l'adolescence, soulève beaucoup de questions. "Accident" ou pas, près de 12000 bébés nés en 2018 ont une mère de moins de 20 ans (soit moins de 2% des 759 000 naissances), précise l'Insee dans une étude publiée ce 12 septembre 2019. Pour autant, les maternités précoces seraient devenues rares en France. "Depuis plus de trente ans, les maternités précoces représentent moins de 3% des naissances en France métropolitaine. En effet, de nos jours, l'arrivée du premier enfant est en général désirée et programmée, elle a souvent lieu après la fin des études de la mère et lorsque le couple est installé, situations survenant de plus en plus tard", précisent les auteurs de l'étude. Par ailleurs, s'il y a moins de grossesses précoces de nos jours  (on comptait 7% des naissances en 1973) c'est surtout en raison de la légalisation de l'IVG et des contraceptions médicalisées. Autre facteur : les couples s'installent aujourd'hui pour vivre ensemble et ont tendance à attendre de plus en plus avant d'avoir leur premier enfant.  

Les naissances précoces sont plus fréquentes dans les départements d'outre-mer et dans le nord de la France. Quant aux femmes nées au Maghreb et celles nées en Chine, elles devenir très rarement mamans avant l'âge de 20 ans. En revanche, c'est plus souvent le cas pour celles nées en Roumanie, note l'Insee. Par ailleurs, la part des naissances précoces en France est légèrement inférieure à la moyenne européenne. Quant au Royaume-Uni, il est le seul pays de l'ouest de l'Europe où cette part est supérieure à la moyenne.

Quelles sont les raisons qui amènent une adolescente à faire un enfant ?

Comment l'accompagner dans sa grossesse et surtout, dans sa vie de jeune maman ? Si certaines adolescentes planifient et désirent leur grossesse, pour beaucoup ce n'est pas le cas. Même si, "derrière une grossesse inattendue, ou du moins suite à un rapport non protégé, se cache peut-être inconsciemment un désir de grossesse", précise le Dr Salinier, qui explique ce phénomène par un manque d'information ou une mauvaise utilisation des moyens de contraception, une ignorance du fonctionnement de leur corps ou encore, une envie de brûler les étapes…

Comment réagir en tant que parent ?

Pour certains parents, se voir attribuer le statut de "grands-parents" à quarante ans à peine peut provoquer d'étranges réactions (colère, peur, choc, mise à l'écart, déception, etc). Dans la mesure du possible, le rôle des parents est avant tout de soutenir l'enfant, mais également de l'informer sur la complexité à devenir maman très jeune, sur les alternatives qui existent comme l'interruption volontaire de grossesse (IVG) et ce, afin que la jeune fille prenne sa décision en toute connaissance de cause. "Seules la prévention et la sensibilisation à la contraception pourront éviter ces grossesses précoces qui, dans la grande majorité des cas, sont des situations très difficiles à gérer aussi bien pour l'adolescente que pour son entourage", tient à préciser Catherine Salinier, avant d'ajouter qu' "avoir un enfant jeune est certes un choix de vie bouleversant qui implique de grandes complications, mais ça peut être aussi un événement épanouissant". Quelle que soit la décision, le mieux est d'avoir recours à un avis professionnel. La jeune fille, seule ou accompagnée de ses parents, peut "se rendre dans un centre d'information et de planification familiale où des assistances sociales, des psychologues et des gynécologues sont là pour leur apporter un soutien psychologique et des réponses objectifs sur les lois sociales, les aides de l'État, les procédures pour avorter, etc.", conseille la pédiatre. Par ailleurs, portés par la joie et l'excitation de (re)pouponner, certains parents se projettent eux-mêmes dans la grossesse de leur fille. L'experte met en garde : "l'ado va devoir assumer son acte, ce sera à elle de s'occuper de l'enfant qui a besoin de la présence de sa maman. Il n'est jamais sain pour l'enfant d'être élevé ou trop gardé par ses grands-parents, même s'ils peuvent évidemment trouver ensemble des compromis pour garder l'enfant de temps en temps".

Mon fils a mis une fille enceinte, que faire ?

De la même façon que la jeune fille enceinte va devoir endosser le rôle de mère avec maturité, la parentalité implique d'assumer ses responsabilité et ses obligations d'adulte. "N'hésitez pas à lui dire que cet enfant est le fruit de l'union de deux personnes et qu'il est autant concerné et responsable que la fille", préconise Catherine Salinier qui ajoute que "même si c'est aux deux adolescents que revient la décision de garder ou pas le bébé, vous pouvez toutefois rencontrer les parents de la jeune fille et discuter ensemble des possibilités d'avenir pour le couple (recours à l'IVG, appartement, aspects financiers, etc)". Là encore, le recours à des professionnels "qui ont plus de recul et sont plus objectifs" est vivement conseillé par la pédiatre.

École et vie de parent, est-ce compatible ?

Difficile de se réinsérer dans le cursus scolaire lorsqu'on doit s'occuper d'un enfant ! Oui, le fait de devenir maman très jeune représente du temps, des responsabilités, de l'argent et peut freiner la scolarité. Même si concilier sa vie de mère et sa vie étudiante est "toutefois possible si l'ado est bien entourée et suffisamment mature pour gérer et organiser son temps", indique la pédiatre. En effet, certaines jeunes filles parviennent à trouver un équilibre entre leur vie d'adolescentes et leur rôle de maman, "interrompent seulement leurs études le temps du congé maternité et parviennent à rattraper les semaines manquées sans trop de difficulté". En revanche, d'autres jeunes mamans renoncent à leur scolarité et trouvent un travail pour pouvoir subvenir aux besoins de leur enfant. Là encore, le dialogue entre parents et adolescente est primordial pour  "aider cette dernière à faire un choix professionnel adapté", ajoute l'experte, Notez que certains établissements scolaires se montrent assez indulgents au niveau des absences des jeunes mères et peuvent proposer des aménagements d'heures de cours. Le site du Service Public répertorie la liste des établissements où s'informer pour poursuivre sa scolarité en fonction de sa ville, Il est également possible de contacter le Centre National d'Informations sur les Droits des Femmes et des Familles (CNIFF) de son département qui apportera toutes les informations nécessaires suivant sa situation.  

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