Enfant unique, ça change quoi ?

Grandir sans frères et sœurs impacte-t-il la construction de la personnalité ? Quelles sont les conséquences d'un lien trop exclusif avec leurs parents ? Les réponses de Catherine Salinier, pédiatre.

Enfant unique, ça change quoi ?
© Dmitriy Shironosov - 123RF

L'enfant unique a l'avantage d'avoir ses parents pour lui tout seul, mais le fait de ne pas connaître les joies de la fratrie peut-il altérer son épanouissement personnel ? Selon Catherine Salinier, "il n'existe pas de syndrome de l'enfant unique, ni de profil psychologique type", car chaque enfant se caractérise par son vécu, sa caractère, son éducation ou encore par l'ouverture de ses parents sur l'extérieur. Par ailleurs, "on peut être "unique" que pour un temps, par exemple quand on est le premier enfant d'une famille", ajoute-t-elle.

Quel impact sur sa personnalité ?

Si l'enfant unique peut parfois avoir des difficultés à affronter les conflits ou à s'imposer face aux autres, ces freins sont généralement levés à l'école, "micro-société qui permet d'apprendre aux enfants à trouver leur place au sein d'un groupe, autant que la fratrie pourrait le faire", précise Catherine Salinier. Ces complications peuvent être également compensées par les liens sociaux tissés par la famille. Si l'enfant va à la crèche dès son plus jeune âge ou s'il fréquente des cousins ou enfants d'amis, nouer des contacts et se faire des copains au-delà de la sphère familiale sera bien plus facile pour lui. Le fait d'être enfant unique peut aussi avoir des avantages : au sein d'une fratrie, on est confronté à la jalousie ou à la comparaison. Ce n'est pas le cas de l'enfant unique qui de ce fait possède une plus grande estime de lui. "J'ai pu observer dans ma pratique que les enfants uniques sont souvent plus sûrs d'eux", confirme la pédiatre avant de préciser "qu'ils sont l'objet de beaucoup d'attention car l'amour des parents n'est pas partagé entre plusieurs frères et sœurs". Toutefois, un lien trop exclusif avec les parents peut avoir des conséquences néfastes. Pour Catherine Salinier, "mieux vaut éviter de former un "couple à trois" et d'être sur un plan d'égalité : d'un côté, il faut qu'il y ait le couple, de l'autre l'enfant qui reste à sa place d'enfant. Si ce dernier est trop inclus dans le couple, il sera trop "adultisé", d'où une confusion des rôles".

Enfant surprotégé ?

L'éducation de l'enfant unique va dépendre des raisons pour lesquelles les parents n'ont pas eu d'autres enfants. Il arrive que certains parents soient dans le regret et aient tendance à trop accaparer leur unique enfant - leur seul objet d'amour - qui peut alors ressentir une lourde charge sur lui. Il peut concentrer les espoirs et les attentes de ses parents, et la peur de les décevoir est d'autant plus grande. Les parents doivent se rendre compte de la pression d'une ambition excessive et du trop gros enjeu qu'ils peuvent mettre sur leur progéniture. A contrario, d'autres parents sont plus tolérants et beaucoup moins exigeants. L'enfant est alors tellement sûr de leur plaire qu'il ne ressent pas la moindre pression. Enfin, l'enfant unique qui évolue dans un monde d'adultes peut, dans certains cas, grandir trop vite à force de prendre part à des conversations qui ne sont pas de son âge. "Il est certainement moins dans l'insouciance de l'enfance", confirme la pédiatre. A l'inverse, certains parents peuvent avoir tendance à ne pas lui donner suffisamment d'autonomie. "C'est souvent l'arrivée d'un bébé qui permet de faire grandir l'aîné et de le responsabiliser. Les parents sont occupés par un enfant plus petit et l'aîné doit se débrouiller tout seul plus souvent", explique Catherine Salinier. Les parents doivent donc veiller à laisser l'enfant unique s'autonomiser en fonction de son âge et à ne pas trop l'assister. Ils pourront pour cela se référer à l'autonomie des enfants du même âge dans leur entourage (enfants d'amis, cousins, etc.).

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