Bilan des évaluations : les élèves en difficultés

Les évaluations réalisées en septembre révèlent des lacunes en français et en mathématiques. En CE1, un élève sur deux a des difficultés en calcul mental, et au CP, 23% des enfants ont du mal à reconnaître les lettres et le son qu'elles produisent.

Bilan des évaluations : les élèves en difficultés
© CHAMUSSY - SIPA

[Mise à jour du 15/10/2018]. Cette année, les 12 millions d'écoliers, collégiens et lycéens ont du s'adapter à de nombreux changements. A commencer par les évaluations en CP, et CE1 qui avaient lieu en septembre. L'heure est à présent au bilan et il n'est pas réellement positif. On fait le point.

Evaluations au CP, CE1 : quel bilan ?

Du 17 au 28 septembre 2018, 1,6 million d'élèves de CP et CE1 ont passé des évaluations afin d'être mieux suivis dans leur parcours scolaire, "Aujourd'hui, 15% des élèves quittent le primaire sans bien maîtriser la lecture et l'écriture et 27%  sans maîtriser les bases des mathématiques", avait rappelé le ministère de l'Education dans un communiqué du 14 septembre. Selon les résultats provisoires, les élèves semblent en effet en difficulté. Dans un entretien à 20 minutes, Jean-Michel Blanquer déclare qu'en CE1, "49% des élèves rencontrent des "difficultés" en calcul mental, et 47% "ont des soucis pour résoudre des problèmes". En CP, "8% ont du mal à reconnaître les nombres dictés". Les lacunes des élèves se font aussi ressentir en français. En CE1, 30% des enfants "lisent moins de 30 mots par minute, alors que l'objectif national est de 50 mots" et "23% des élèves en début de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son qu'elles produisent". Néanmoins, les syndicats d'enseignants pointent du doigt ces tests d'évaluations qu'ils considèrent complexes et inadaptés à l'âge des élèves, qui engendrent du stress. "Les exercices diffèrent, les consignes défilent, les élèves s'exécutent et souvent finissent par répondre au hasard…", témoigne un parent d'élève sur le site.

Rappelons que ces évaluations permettent aux enseignants de mieux repérer les difficultés des élèves, pour les aider à les surmonter, ou les accompagner en fonction de leurs besoins. "Disposer de ce point de repère dès les premiers jours de l'année scolaire permet d'agir au plus tôt, avant que les difficultés ne s'installent. Le volet "Évaluations" est complété d'un second volet "Interventions" qui proposera des ressources pédagogiques spécifiques aux professeurs pour répondre aux besoins de chacun des élèves, et qui s'étoffera chaque trimestre à l'aide des retours des professeurs", précise le ministère dans un communiqué. Au collège, les élèves en difficultés pourront bénéficier des "devoirs faits" et de deux heures d'accompagnement personnalisé. Cette année, l'éducation nationale souhaite étendre cette mesure en proposant 4 heures par semaine dans chaque collège et inciter davantage d'élèves à en bénéficier. 

Sur quoi portent les évaluations ? 

- Au CP,   il s'agit de vérifier les connaissances des élèves "afin de commencer l'apprentissage de la lecture et des mathématiques dans de bonnes conditions", précise le ministère de l'Education. En français, les évaluations du CP portent donc sur la capacité des enfants à assimiler les sons, à comprendre les mots, les phrases et un court texte lu par le professeur. En mathématiques, on se penche sur la connaissance des nombres (jusqu'à 10) et leur capacité à les utiliser.

- Au CE1, les évaluations portent sur la lecture, l'écriture et la numération. En français, les écoliers doivent savoir décoder les mots, lire à voix haute de manière fluide, bien orthographier les mots, et comprendre un texte simple. En mathématiques, les premières notions de géométrie et les nombres entiers, supérieurs à dix, doivent être maîtrisés.

- En 6e, les évaluations ont lieu entre le 1er et le 19 octobre 2018. "La nature et la difficulté des questions soumises à l'élève varient en fonction de la justesse de ses réponses" précise le ministère. Comme l'an passé, ces évaluations d'une durée d'une heure sont pratiquées sur des outils numériques et sont automatiquement corrigées en ligne.

Français, maths... De nouveaux programmes et le retour du COD !

Les élèves ont une maîtrise insuffisante des savoirs fondamentaux, c'est la raison pour laquelle la priorité est donnée à la maîtrise du français et des mathématiques à l'école primaire. A l'école maternelle par exemple, l'instituteur se concentrera davantage sur la maîtrise du vocabulaire. A la fin du CP, "tous les élèves doivent avoir acquis les automatismes de déchiffrage du code alphabétique qui leur permettent de lire d'une manière fluide", détaille le ministère. Rappelons que le conseil supérieur des programmes (CSP) préconise aux enseignants d'organiser une dictée par jour au CP et de favoriser "la compréhension des textes" avec la lecture d'au moins 5 à 10 œuvres par an en classe. Côté grammaire, on note le retour des COD et COI, qui avaient été remplacés par le prédicat. Enfin, en mathématiques, le calcul mental deviendra le quotidien des écoliers, tout au long de la scolarité élémentaire. Quant aux élèves de CP, ils devront aborder l'addition, la soustraction, la multiplication et la division, et même s'ils ne maîtrisent pas tout dès la première année du primaire, ils devront comprendre le sens de ces quatre opérations. Le CSP recommande également d'aborder la résolution des problèmes mathématiques un peu plus tôt dans l'enseignement, avec des démonstrations en classe par exemple. Enfin, trois priorités sont données à l'éducation civique et morale : "respecter autrui", "acquérir et partager les valeurs de la République" et "construire la culture civique".

Interdiction des téléphones portables

L'Assemblée nationale a voté la proposition de loi qui prévoit une interdiction effective, dès la rentrée de septembre 2018, des téléphones portables dans les écoles maternelles, primaires, ainsi que dans les collèges. Cette interdiction sera néanmoins adaptée selon les établissements scolaires, qui pourront préciser dans leur règlement intérieur les lieux et conditions autorisés. Par exemple, dans la cadre d'un usage pédagogique, le professeur pourra exceptionnellement autoriser les tablettes ou les smartphones dans sa classe. Cette interdiction, qui fait partie des mesures annoncées par Emmanuel Macron dans son programme sur l'éducation, permet aux élèves de se concentrer davantage en classe, de décrocher des écrans, et de limiter le cyberharcèlement à l'école.

Que prévoit le Plan Mercredi ? 

Dès la rentrée 2018, les communes pourront proposer un accueil de loisirs pour les enfants scolarisés de la maternelle au CM2, chaque mercredi en dehors des dates des vacances scolaires. L'objectif : renforcer la qualité des offres périscolaires, favoriser l'accès à la culture et au sport, et permettre à tous les élèves, en particulier les enfants en situation de handicap, d'y participer. Le ministère de l'Education promet ainsi des activités plus nombreuses et variées, notamment grâce à un soutien financier renforcé pour organiser ces activités éducatives. "Associations et établissements culturels (bibliothèques, musées, conservatoires, etc.), associations sportives, fédérations d'éducation populaire, sites naturels (parcs, jardins, fermes pédagogiques) vont joindre leurs énergies pour proposer aux enfants une offre périscolaire riche et diversifiée. Sport, culture, nature, activités manuelles et numériques contribueront à leur épanouissement", a déclaré Jean-Michel Blanquer à l'occasion de la présentation du Plan Mercredi, le 20 juin dernier. En outre, le taux d'encadrement devrait être adapté aux différentes activités. En effet, les intervenants extérieurs comme les entraîneurs de clubs sportifs, les professeur du conservatoire, etc.) pourraient désormais être pris en compte.

Rythmes scolaires et semaine de 4 jours

De nouveaux rythmes scolaires ont été mis en place l'an dernier suite au décret du 27 juin 2017 publié au Journal officiel autorisant la semaine de quatre jours pour les établissements scolaires qui le souhaitent. Il permet "d'autoriser des adaptations à l'organisation de la semaine scolaire ayant pour effet de répartir les heures d'enseignement hebdomadaires sur huit demi-journées réparties sur 4 jours", précise le texte. L'objectif d'Emmanuel Macron étant en effet de laisser davantage de flexibilité aux communes. Ainsi, comme le prévoit le décret, les NAP (nouvelles activités périscolaires) sont supprimées et les cours terminent entre 16 heures et 16 h 30 les lundi, mardi, jeudi et vendredi. En 2017, ce sont plutôt les communes rurales qui ont choisi cette nouvelle organisation sur quatre jours. Mais d'ici la rentrée 2018, "ce sont 85 % des communes et 80 % des élèves qui passeront à la semaine de 4 jours" a déclaré Jean-Michel Blanquer.

Des classes allégées : au tour des élèves de CE1

A la fin de l'école primaire, "20% des élèves ne maîtrisent pas les savoirs fondamentaux", a ajouté le ministre de l'Education. Diviser par deux les classes de CP et CE1 en réseau d'éducation prioritaire (REP+), tel était l'objectif du gouvernement pour lutter contre les inégalités et le décrochage scolaire. En 2017, ce sont tout d'abord les classes de CP des quartiers défavorisés qui ont été dédoublées (avec 12 élèves au maximum). Cette année, les classes de CE1 en REP+ et REP verront à leur tour leurs effectifs divisés par deux. Au total, "en cette rentrée 2018, près de 190 000 élèves de CP et CE1 des écoles prioritaires étudient dans des classes dont les effectifs sont proches de 12 élèves", précise la ministère de l'Education.

Lutter contre le harcèlement et renforcer l'égalité entre filles et garçons

En 2018, la journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire aura lieu le 8 novembre et portera sur le cyberharcèlement, à caractère sexiste et sexuel. "Le harcèlement scolaire est un phénomène mondial accentué par le cyberharcèlement et il faut vraiment en finir avec cela !" a affirmé Jean-Michel Blanquer. Si l'interdiction du portable au sein de l'école marque une avancée dans ce combat, cela passe aussi par le renforcement de campagnes de sensibilisation, la formation des enseignants et la mise en place d'un plan de prévention dans chaque établissement scolaire. En outre, 310 référents harcèlement sont mobilisés cette année pour sensibiliser leurs camarades. Il s'agit d'élèves ambassadeurs qui sont à l'écoute des autres élèves, au collège et au lycée.

Enfin, en ce qui concerne l'égalité entre les filles et les garçons, le ministère souhaite prévenir les comportements sexistes et les violences sexuelles afin de lutter contre les stéréotypes. Dès la rentrée 2018, chaque établissement scolaire devra nommer un référent égalité chargé d'informer les élèves et de développer des actions visant à promouvoir l'égalité entre les sexes.

Rentrée des classes en musique et chant choral

"Le moment de la rentrée est un moment heureux", a déclaré le ministre de l'Education lors de la conférence de presse du 29 août. Comme l'an dernier, la rentrée se fera donc en musique ce 3 septembre 2018 dans les écoles primaires, les collèges et les lycées. L'objectif : créer un moment de partage, de cohésion pour accueillir les élèves ainsi que les nouveaux arrivants dans une ambiance joyeuse et positive. Au collège, les élèves pourront également s'essayer au chant choral, un nouvel enseignement facultatif cette année. De manière générale, l'art et la culture prennent une place plus importante cette année. Le gouvernement compte notamment renforcer la place du livre à l'école et l'enseignement du théâtre à l'école, au collège et au lycée.

Un nouveau baccalauréat

Le décret sur la réforme du bac publié au Journal Officiel le 17 juillet, entre en vigueur dès la rentrée 2018. Concrètement, le baccalauréat va évoluer de manière à mieux préparer les élèves à leur orientation et favoriser leur réussite dans l'enseignement supérieur. Il contiendra uniquement quatre matières obligatoires (trois épreuves écrites et un oral), avec l'introduction d'un contrôle continu tout au long de l'année qui comptera pour 40% de la note finale. Même si ce nouveau bac ne sera appliqué qu'en 2021, les élèves de seconde sont les premiers concernés, puisque ce sont eux qui passeront cette nouvelle version du bac. Dès septembre 2018, ces derniers devront passer un test de positionnement pour évaluer leur niveau en français et mathématiques. Enfin, les collégiens qui font leur rentrée des classes en seconde bénéficieront d'un accompagnement personnalisé et de 54 heures consacrées à leur orientation, pour mieux les aider à choisir la filière professionnelle qui leur convient. 

Le baccalauréat 2021 © Ministère de l'Education

Création des "internats libertés"

Jean-Michel Blanquer a annoncé la création "d'internats liberté" dans les écoles rurales dès la rentrée 2018. Dès septembre, il est d'ailleurs prévu d'occuper 2500 places supplémentaires. Le ministre de l'Education souhaite en outre changer l'image des internats, en montrant qu'il s'agit d'un outil permettant de répondre à des enjeux éducatifs tels que la scolarité et le respect d'autrui. "L'internat est bien plus qu'une solution d'hébergement. C'est un projet pédagogique qui offre aux élèves une mobilité pour suivre des formations spécifiques, un cadre d'études favorable ainsi que de riches activités culturelles et sportives" précise le ministère de l'Education.

A la rentrée 2019, l'âge de l'instruction obligatoire sera abaissé à trois ans afin d'offrir à tous les élèves les mêmes chances de réussir leur scolarité.

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