Enfants YouTubeurs ou influenceurs : une loi pour protéger les mineurs

Le Sénat a adopté la proposition de loi de Bruno Studer, visant à encadrer les activités rémunératrices des influenceurs de moins de 16 ans, pour mieux les protéger.

Enfants YouTubeurs ou influenceurs : une loi pour protéger les mineurs
© Antonio Diaz - 123rf

[Mise à jour du 26 juin à 13h55]. Les sénateurs ont adopté ce 25 juin, à l'unanimité, une proposition de loi du député LREM Bruno Studer qui vise à encadrer les pratiques des enfants influenceurs. L'objectif : protéger les mineurs de moins de 16 ans de toute exploitation commerciale de leur image sur les plateformes en ligne telles que YouTube, Instagram, Tik Tok ou encore Twitch. Comme pour les enfants du spectacle rémunérés au cinéma ou à la télévision, ce nouveau texte de loi pourrait aussi concerner les vlogs (des vidéos sur un blog), les bloggeurs lorsqu'ils demande un investissement de temps et qu'ils génèrent de l'argent par la publicité.

En février dernier, l'Assemblée nationale avait adopté le texte pour mieux protéger les enfants de ce phénomène. "Ce dont on parle, ce sont notamment des vidéos très regardées, parfois virales avec plusieurs millions de vues, où les parents cumulent les rôles de réalisateur et de producteur", précisait en décembre 2019 le député. Ces vidéos monétisées, qui permettent à certains parents de cesser leur propre activité professionnelle font pour lui l'objet d'un "vide juridique". "Contrairement aux enfants du spectacle, les horaires et la durée de tournage de ces enfants ne sont pas encadrés par le droit du travail et les revenus générés ne sont pas consignés à la Caisse des dépôts jusqu'à leur majorité". Par conséquent, si l'activité des enfants Youtubeurs est considérée comme un travail, un agrément préfectoral sera nécessaire, comme c'est notamment le cas pour les enfants mannequins. A l'inverse, dans le cas où l'activité ne serait pas comparable à une activité professionnelle, le texte prévoit une déclaration obligatoire dès lors que l'enfant Youtubeur dépasserait un certain seuil de temps passé et de revenus, fixés par décret. Pour permettre aux enfants de toucher leur argent, une partie de cette rémunération sera conservée jusqu'à leur majorité.

Le droit à l'oubli

Le député Bruno Studer recommande de mettre en place "un droit à l'oubli" pour les enfants devenus grands, qui souhaiteraient supprimer ces vidéos de la toile. Ainsi les enfants pourront s'adresser à la plateforme qui devra "faire cesser dans les meilleurs délais la diffusion de l'image du demandeur lorsque celui-ci était mineur à la date de ladite diffusion".

Qui sont ces enfants Youtubeurs ?

Vous avez certainement entendu parler de Gabin et Lili, Kalys et Athéna, la chaine Rose Carpet, Squeezie, Enjoy Phoenix, Juste Zoé, Seb, Andy ou encore La fille du Web et Une Ptite Jajoux ? Ces Youtubeurs devenus de véritables stars du net depuis leur chambre d'ado sont tous suivis par des milliers d'abonnés. Ces derniers y trouvent du rire, des anecdotes, ou des conseils et des tutos beauté pour apprendre à se maquiller et découvrir les nouvelles tendances. Ils aiment aussi découvrir en direct ces enfants Youtubeurs qui ouvrent des cadeaux face caméra ou testent des produits envoyés par les marques. Souvent, ce sont même les parents qui filment leurs enfants, devenant à la fois réalisateurs et producteurs. Et ces vidéos entrecoupées de publicités génèrent de l'argent en fonction du nombre de vues.

Animer une chaîne YouTube : un loisir ou un travail illégal ?

Par conséquent, s'agit-il d'un simple loisir ou d'une forme de travail illégal ? En 2018,  l'Observatoire de la parentalité et de l'éducation numérique (Open) a saisi la Défenseure des enfants, Geneviève Avenard, afin de dénoncer une "activité professionnelle illicite". L'association estime en effet que ces jeunes effectuent "un travail exercé sans officialisation et sans encadrement juridique aux fins de protéger l'enfant mineur". Rappelons que l'association avait demandé à la justice et au Conseil national de protection de l'enfance, de se saisir de la question des enfants mis en scène dans ces vidéos. "On a des enfants qui sont manipulés par leurs parents à des fins lucratives. Les chiffres d'affaires sont phénoménaux, ça n'est clairement pas qu'une activité de loisirs, avait pointé du doigt Thomas Rohmer, le président de l'Open. Selon lui, ces enfants devraient pouvoir bénéficier du statut d'enfant du spectacle, comme cela s'applique déjà dans les domaines de la chanson, de la pub ou du spectacle. Les objectifs : protéger ces enfants sur YouTube, leur assurer des conditions de tournage adaptés à leur âge en réglementant le rythme de travail, et leur permettre de toucher les revenus qui leur sont dus à leur majorité, en les déposant à la Caisse des dépôts et consignations.

 

 

 

Pourquoi les jeunes sont-ils fans des enfants Youtubeurs ?

Pour Stephan Valentin, docteur en psychologie, spécialiste de la petite enfance et auteur du livre "La Reine, c'est moi !", "chaque génération a ses propres stars avec lesquelles on souhaite s'identifier. Celles de la jeune génération actuelle sont incontestablement les YouTubeurs. Souvent, ces vidéos sont créatives, drôles, et intelligentes. Quand des enfants très jeunes postent des vidéos d'eux-mêmes sur Internet, c'est un peu comme les enfants star au cinéma ou à la télévision". Sans compter qu'aujourd'hui, les modes de consommation évoluent. "Les jeunes regardent plus souvent YouTube que la télévision sur leur smartphone ou leur tablette". Il y a donc une certaine proximité entre les spectateurs et les Youtubeurs qui peut aussi expliquer cet engouement. "Ces idoles sont un peu comme eux. Et ils communiquent beaucoup avec leurs fans. Cela peut créer des liens forts", précise le psychologue. 

 

Les parents ont un droit de regard sur ce que fait leur enfant

Certains enfants connaissent rapidement le succès en se filmant simplement au quotidien ou dans leur chambre.  "S'exposer ainsi au monde entier peut comporter des dangers. Le buzz peut être positif ou entraîner des commentaires malveillants", prévient Stephan Valentin. C'est la raison pour laquelle les parents doivent protéger leur enfant, surtout lorsqu'il est jeune. "Il serait conseillé de regarder, au préalable, la vidéo qu'il souhaite poster, afin de vérifier que son contenu ne soit pas préjudiciable pour l'enfant", recommande-t-il. En effet, personne n'est véritablement armé face aux commentaires négatifs qui peuvent être publiés sur Internet et particulièrement sur les réseaux sociaux (quel que soit l'âge). L'idéal serait alors "de ne pas autoriser des commentaires ou de les vérifier avant leur publication", conseille le psychologue. Par ailleurs, "chaque photo et vidéo que nous postons sur internet peut avoir une influence sur notre vie. Tout dépend de leur contenu et de ce que les autres internautes en font", précise le psychologue.

Limiter le temps d'écran

Les parents doivent vérifier le contenu des vidéos que leurs petits regardent et limiter le temps devant l'écran, c'est à dire "pas plus de 45 à 60 minutes par jour entre 6 et 12 ans". Comme pour la télévision, "ce contenu doit être adapté à l'âge et à la maturité de l'enfant", rappelle le spécialiste, En effet, certains jeunes YouTubeurs n'hésitent pas à faire le buzz en tenant des propos parfois malsains ou en relevant des défis souvent dangereux, que les plus jeunes pourraient être tentés de reproduire... Pour protéger leurs enfants des contenus inappropriés, Stephan Valentin conseille "d'activer le mode restreint de YouTube en bas de la page d'accueil sur le site. On peut aussi regarder quelques vidéos ensemble pour se faire une opinion sur la "star" qu'il admire et accompagner le plus possible son enfant", conclut le psychologue.