Comment repérer les troubles des apprentissages chez l'enfant ?

Un dépistage précoce et pluridisciplinaire est indispensable pour mieux orienter les enfants souffrant de troubles de l'apprentissage. Entretien avec le Dr Willig, pédiatre et membre du groupe de recherche "Troubles des apprentissages".

Comment repérer les troubles des apprentissages chez l'enfant ?
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[Mise à jour du 10/10/2018]. En France, 6 à 8% des élèves ont besoin d'un suivi pour un trouble spécifique de langage ou d'apprentissage, précise l'Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) à l'occasion des journées nationales des "dys". Chaque année, l'AFPA rappelle l'importance d'un diagnostic précoce et pluridisciplinaire afin d'orienter l'enfant vers le bon spécialiste. "Aujourd'hui, trop d'enfants sont orientés directement vers des rééducateurs (orthophonistes, psychomotriciens, orthoptistes...), vers des psychologues ou des structures de soins, sans une évaluation médicale préalable", explique l'association. Quels sont alors les différents troubles de l'apprentissage et comment les repérer ? Le point avec le Dr Thiebault-Noël Willig, pédiatre à Toulouse et membre du groupe de recherche "Troubles des apprentissages" de l'AFPA.

Quels sont les différents troubles de l'apprentissage ? 

On distingue deux types de troubles : ceux liés au développement de l'enfant et ceux liés à l'apprentissage scolaire. Dans le premier cas de figure, ces troubles peuvent avoir des conséquences sur le développement psychomoteur et intellectuel, mais aussi sur le développement oral, sur les capacités de coordination (savoir sauter, trouver son équilibre, faire du vélo...) ainsi que sur les capacités d'attention. Dans le deuxième cas, l'enfant peut avoir des difficultés dans le langage écrit : problèmes de lecture, d'orthographe ou encore de calcul.

Quels sont les risques et les enjeux chez l'enfant ? 

Ces troubles sont fréquents, mais plus ils sont pris en charge tôt, plus on évite qu'un écart ne se creuse à l'école pour ces enfants", explique le pédiatre. "Il y a donc un enjeu de santé publique, mais aussi sociétal et scolaire puisque l'enfant a davantage de risques de décrocher à l'école s'il n'est pas bien accompagné", ajoute-t-il. Par ailleurs, certains troubles des apprentissages sont parfois liés. Par exemple, "si un enfant présente des difficultés en calcul, il s'agit peut-être aussi d'un trouble du langage, qui l'empêche de lire correctement et de comprendre l'énoncé du problème".

Comment repérer les troubles et quels signes doivent alerter les parents ? 

En France, 16 % des enfants de grande section de maternelle auraient des troubles du langage, dont 1 % de troubles sévères selon l'AFPA. Certains repères établis par la direction générale de la Santé (DGS) permettent d'orienter parents et professionnels de santé sur les signes qui doivent les alerter. A 18 mois par exemple, l'enfant doit être capable de prononcer quelques mots signifiants. A 24 mois, il doit avoir acquis plus de cinq mots de vocabulaire, faire des associations de mots, et à 36 mois, se faire comprendre et comprendre ce qu'on lui dit, utiliser le "je", "moi" ou son prénom, et faire des phrases constituées d'un verbe et d'un complément ou d'un sujet et d'un verbe. 

Au niveau de la coordination, vérifiez que l'enfant ait acquis certains fondamentaux, notamment à travers les jeux de construction à l'aide de cubes ou encore le dessin. Il doit par exemple savoir empiler 6 cubes à l'âge de deux ans, tracer un triangle à 5 ans, manger à la cuillère vers 18 mois, faire du tricycle à 3-4 ans et savoir lacer ses chaussures seul vers 6-7 ans. 

Quant au développement psychomoteur, certains signes doivent alerter les parents et les pousser à consulter un pédiatre :  par exemple, vous détectez une asymétrie dans sa motricité ou un strabisme après l'âge de 4 mois. Même chose si l'enfant ne tient pas assis à 9 mois, s'il ne réagit pas à son prénom, ou s'il ne marche pas seul entre 18 et 24 mois.

Les enseignants aussi peuvent repérer certains signes. Etant régulièrement au contact des enfants, les enseignants peuvent eux aussi alerter les parents sur un éventuel trouble de l'apprentissage. "Les parents doivent donc être à l'écoute des enseignants et prendre en compte leurs remarques en consultant leur pédiatre", préconise le Dr Willig. Celui-ci déterminera ensuite s'il y a lieu ou non de faire une évaluation chez un spécialiste, selon le trouble relevé.

Quel est le rôle du pédiatre ? 

Si le pédiatre traite les maladies aiguës et chroniques de l'enfant, il a également un rôle de prévention et de dépistage de troubles physiques ou psychologiques, le plus en amont possible. "C'est la raison pour laquelle un enfant doit consulter un pédiatre régulièrement, et de préférence un spécialiste du développement de l'enfant", conseille le Dr Willig. D'ailleurs, les consultations systématiques de suivi (chaque mois, de 1 à 6 mois, puis à 9, 12, 16, 20 et 24 mois, 2 fois par an jusqu'à 4 ans et une fois par an jusqu'à l'adolescence) permettent d'évaluer le bon déroulement de la croissance de l'enfant. En effet, à chaque âge clé, le pédiatre pratique différents tests sensoriels, du langage et de la communication, et de la motricité. Il évalue aussi le bien-être psychique, relationnel et environnemental afin de dépister rapidement les troubles qui nécessitent une prise en charge et un accompagnement adaptés. "Le pédiatre joue aussi un rôle de coordination entre les parents, l'enfant et les spécialistes", explique le pédiatre. Ainsi, après avoir évalué la réalité et l'intensité du trouble repéré, le pédiatre prescrit alors une évaluation auprès du professionnel de santé le plus adapté (orthophoniste, psychomotricien, psychologue, pédopsychiatre, orthoptiste...) pour réaliser un bilan. Ce compte-rendu, renvoyé au pédiatre permettra à celui-ci de déterminer la nécessité d'une prise en charge et si la rééducation proposée porte ou non ses fruits.

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