Prostitution des mineurs : que prévoit le plan de lutte ?

En France, entre 7000 et 10.000 jeunes seraient concernés par la prostitution, principalement des jeunes filles de 15 à 17 ans. Le gouvernement lance un vaste plan de lutte contre la prostitution des mineurs, qui se déploiera dans son intégralité en 2022.

Prostitution des mineurs : que prévoit le plan de lutte ?
© dolgachov-123rf

Alors que le phénomène est en augmentation depuis 5 ans, un vaste plan de lutte interministériel contre la prostitution des mineurs est lancé. Ce plan s'appuie sur le rapport réalisé par Catherine Champrenault, procureure générale près de la cour d'appel de Paris et présidente d'un groupe de travail sur la prostitution des mineurs initié en 2019 par Adrien Taquet, secrétaire d'Etat chargé de l'enfance et des familles, dans le cadre du plan de lutte contre les violences faites aux enfants.

Prostitution des mineurs en France : quels sont les chiffres ?

Les chiffres sont inquiétants. Entre 7000 et 10.000 jeunes seraient concernés par la prostitution en France, essentiellement des jeunes filles âgées de 15 à 17 ans. "Ces mineurs, issus de tout milieu social, ont souvent en commun d'avoir été victimes ou confrontés à de la violence, notamment intrafamiliale, avant d'entrer dans le système prostitutionnel.", indique le gouvernement dans un communiqué du 15 novembre.

13 actions pour lutter contre la prostitution des mineurs

Ce plan, auquel sont notamment associés le ministre de la Santé Olivier Véran, le ministre de l'éducation nationale Jean-Michel Blanquer, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, la secrétaire d'Etat en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes Elisabeth Moreno et le secrétaire d'Etat en charge du numérique Cédric O, s'articule autour de 13 actions concrètes qui seront déployés dès le 1er trimestre 2022 avec un engagement financier de 14 millions d'euros.. Ces actions s'articulent autour de quatre priorités : "sensibiliser, informer et mieux connaître", renforcer le repérage", "accompagner les mineurs en situation prostitutionnelle" et enfin "poursuivre et réprimer plus efficacement" les clients et proxénètes qui nourrissent ce phénomène. 

  • Créer sur l'ensemble du territoire des espaces d'information et d'échange à destination des mineurs et de leur famille, avec notamment la mise en place d'une plateforme d'écoute unique à l'attention des mineurs et des adultes confrontés à un phénomène de prostitution infantile
  • Déployer la recherche pour mieux comprendre le phénomène
  • Développer une campagne de sensibilisation grand public, qui sera lancée au premier trimestre 2022 à destination des enfants et des adultes.
  • Développer la formation des professionnels, avec l'objectif de créer une culture commune du repérage et de l'accompagnement chez les professionnels confrontés à la prostitution infantile.
  • Améliorer le repérage et le signalement des mineurs en situation prostitutionnelle,  dans les établissements scolaires, les lieux de santé, dans les hôtels et sur les plateformes d'hébergement locatif et dans la rue.
  • Agir sur les réseaux sociaux : le plan prévoit notamment le financement de maraudes numériques pour repérer les mineurs concernés et les orienter vers les services partenaires compétents mais aussi améliorer la modération et le signalement des situations prostitutionnelles susceptibles de concerner les mineurs.
  • Optimiser la prise en charge des fugues par les professionnels, mise en place dans les commissariats et gendarmeries d'un accueil et d'un traitement prioritaire des fugues laissant présager une situation prostitutionnelle.
  • Reconnaître aux mineurs en situation prostitutionnelle le statut de mineur en danger relevant du champ de la protection de l'enfance
  • Créer un dispositif d'accompagnement et/ou d'hébergement dans chaque département pour protéger les mineurs victimes de prostitution
  • Garantir aux mineurs victimes de prostitution un parcours de soins personnalisés dans le cadre du déploiement du réseau des Unités d'Accueil Pédiatrique-Enfance en Danger (UAPED)
  • Faciliter les poursuites judiciaires, avec notamment la désignation d'un magistrat référent dans chaque tribunal.
  • Renforcer la mobilisation des services d'enquête dans le domaine de la cyber-criminalité
  • Formaliser la coopération judiciaire auprès des plateformes d'hébergement locatif

Prostitution des mineurs : quels sont les profils des jeunes ?

Le groupe de travail sur la prostitution des mineurs chapeauté par Catherine Champrenault, et dont le rapport a été remis à Adrien Taquet en juillet dernier, s'est notamment intéressé aux différents éléments qui peuvent conduire un mineur à la prostitution. Les jeunes concernés présentent généralement "une personnalité vulnérable ou un terrain psychologique fragile qui s'explique par un événement traumatique (inceste, maltraitance, accident...) ou un cadre familial insécurisant (violences conjugales, alcoolisme, précarité...). Cela entraîne des carences affectives, un manque d'estime personnelle, une crédulité excessive ou un attrait pour les conduites à risques.", explique Arthur Melon, secrétaire général de l'association Agir contre la prostitution des enfants (ACPE). C'est ensuite au contact d'une personne déjà initiée à la prostitution que la bascule va s'opérer, par exemple "un proxénète, un lover boy (garçon qui prostitue sa copine) ou encore, une amie de collège."

Les réseaux sociaux en cause dans la prostitution des mineurs ?

Le rapport pointe également  la responsabilité des réseaux sociaux dont "les usages et mésusages" jouent "une place importante dans le développement de nouvelles formes de prostitution". "Les réseaux sociaux constituent un amplificateur du système prostitutionnel. L'utilisation des outils numériques peut augmenter certains risques, notamment le chantage après détention de " nudes", précise le rapport. Ce document alerte aussi sur la difficulté pour les mineurs qui se prostituent de réaliser qu'ils sont des victimes. "Beaucoup d'adolescentes disent avoir fait le choix de la prostitution et ne pas le subir. Elles emploient d'ailleurs souvent pour en parler les termes de michetonnage ou d'escorting qui, pour elles, ont une valeur plus positive. Elles exposent leur activité en utilisant le vocabulaire du monde du travail (bosser, contrat, recrutement, entretien d'embauche…)", détaille le groupe de travail qui alerte pourtant sur la nécessité de "pouvoir nommer les choses avec exactitude pour éviter que la réalité de la prostitution soit occultée."