Port du masque avec bébé : quelles conséquences sur son développement ?

Le port du masque est devenu obligatoire dans les crèches en présence des enfants. Quelle influence cela peut-il avoir sur le développement des bébés ?

Port du masque avec bébé : quelles conséquences sur son développement ?
© Daniel Andres Catrihual Urrutia

Il n'y a plus que les écoles, collèges et lycées où les enseignants doivent être équipés d'un masque. Les assistants maternels qui exercent en crèche y sont contraints aussi depuis le 18 septembre, "pour éviter les contaminations d'adultes à enfants" a précisé le ministre de la Santé, Olivier Véran. Cette mesure inquiète, car pour se développer correctement, les jeunes enfants ont besoin d'interagir avec les adultes et de voir leur visage. A ce sujet, la pédopsychiatre suisse Nadia Bruschweiler-Stern, a répondu à la Tribune de Genève. Son constat est sans appel : "voir un masque perturbe les bébés". Selon elle, en ne voyant plus le bas du visage des puériculteurs et éducateurs, "l'apprentissage du langage, la capacité sociale, l'empathie, la lecture des intentions de l'autre et la régulation des émotions" pourraient être impactés.

Ces découvertes et apprentissages sont façonnés petit à petit dès la naissance : les bébés observent, interrogent... c'est ce qui leur permet d'acquérir les notions de mimétisme. Elle illustre son propos avec un exemple concret : "Comment deviner un sourire qu'on ne voit pas ? Si l'on cache la bouche, la communication est entravée". Deux psychologues cliniciennes s'inquiétaient déjà en mai dernier dans les colonnes de Libération, de cette rupture de "tonalité émotionnelle et de l'interaction" avec les tout-petits, du fait du masque. Sans nier les dangers et la contagiosité du virus, les professionnels de la petite enfance appellent à faire attention aux enfants, d'ailleurs la tribune des deux psychologues s'intitulait : "Ne jetons pas les besoins des bébés avec l'eau du bain".

Des retards ont déjà été observés

L'expression de l'adulte indique aussi à l'enfant si la situation dans laquelle il se trouve est dangereuse ou non. La psychiatre suisse reprend pour cela une expérience baptisée "falaise virtuelle". L'exercice consiste à laisser gambader un bébé d'environ 1 an sur une structure en plexiglas, qui, à un moment donné surplombe un passage transparent. "Il regarde aussitôt sa mère pour savoir comment réagir. Si elle lui sourit, il continue à cheminer. Si elle affiche une mine apeurée, il s'arrête. L'expression du visage entier est un guide constant dans le développement émotionnel. Ne pas voir la bouche est donc déroutant, désécurisant et anxiogène pour le bébé". 

D'ailleurs, les psychologues françaises soulignaient à Libération que l'expérience de bébés en contact avec des gens masqués sur de longues périodes à l'hôpital avait déjà illustré ces craintes : "Nous avons pu le constater dans certains services de pédiatrie, où le port systématique du masque entraînait des retards dans l'acquisition du sourire-réponse, de la diversité des vocalises (qui s'appuient beaucoup sur l'imitation des mouvements des lèvres des adultes) chez les bébés longuement hospitalisés".  Sur CNews, l'une d'elles, Anna Cognet, rappelait la façon dont on s'adresse aux bébés : en caricaturant. C'est ce qui leur permet ensuite de nous imiter, insistait-elle. 

Quelle solution pour préserver les bébés ? 

Pour autant, l'éducatrice de jeunes enfants Manon Berthod, rassure : les enfants ont d'autres ressources, le regard compte aussi beaucoup, tout comme l'intonation, précise-t-elle auprès de CNews. Sinon, les psychologues et la pédopsychiatre proposent d'autres options. D'une part, mieux vaut choisir des masques transparents, comme pour les personnes sourdes et malentendantes. De cette façon, l'expression du visage est en partie restaurée. D'autre part, lorsque le bébé est à distance de l'adulte, le masque pourrait être retiré, cela permettrait à l'environnement de ne pas être "trop anonyme et étranger", spécifie la psychologue Anna Cognet.