Violences à l'école : des brigades de sécurité dans les lycées

En Ile-de-France, 15 agents de sécurité répartis en trois groupes vont sécuriser certains établissements scolaires afin de répondre à la montée de la violence. Quels sont les lycées concernés et comment cela va-t-il se passer ? Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France présente ce nouveau dispositif.

Violences à l'école : des brigades de sécurité dans les lycées
© Kamil Zihnioglu AP SIPA

[Mis à jour le 16/04/2019]. Pour répondre à la montée de la violence dans certains établissements scolaires, Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France, a dévoilé ce lundi un nouveau dispositif. Au total, 15 agents ont été recrutés pour assurer la sécurité dans certains lycées. Ces brigades qui ont débuté le 8 avril sont divisées en trois groupes "chacun constitué d'un coordinateur et de quatre agents, basés dans trois établissements. Le lycée Bartholdi à Saint-Denis - qui a connu plusieurs épisodes de violences -, Samuel-de-Champlain à Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne) et Jean-Jaurès à Argenteuil (Val-d'Oise)", précise le journal Le Parisien. Par ailleurs, les équipes basées dans le lycée de Saint-Denis pourront intervenir dans le secteur de la Seine-Saint-Denis et de Paris, la brigade de Chennevières aura pour région le Val-de-Marne, l'Essonne et la Seine-et-Marne, et les agents de sécurité d'Argenteuil seront responsables du Val-d'Oise, des Hauts-de-Seine et des Yvelines. Néanmoins, ces équipes "interviendront seulement dans les établissements dont les proviseurs en auront fait la demande", précise Marie-Carole Ciuntu, vice-présidente de la région en charge des lycées.

Rappelons qu'en janvier dernier, un plan d'actions contre les violences scolaires avait été présenté à Jean-Michel Blanquer. La présence des forces de l'ordre autour des établissements scolaires "fait partie des pistes de travail". Le ministre semble favorable à ce que les chefs d'établissements puissent avoir le choix et demander une présence policière s'ils estiment en avoir besoin. Il n'y aura donc pas de forces de l'ordre en continu dans les collèges et les lycées, néanmoins, plusieurs signalement ont été relevés depuis la rentrée scolaire concernant les bandes présentes aux abords des écoles et des mesures pourraient également être proposées en ce sens. Rappelons que lorsqu'il était recteur de l'académie de Créteil, Jean-Michel Blanquer avait notamment mis en place des "équipes mobiles de sécurité" (EMS) composées aujourd'hui de 70 personnes. Ces personnels de l'Education pourraient donc se développer pour accompagner les lycées sous tensions, ou mieux prendre en charge les élèves violents. Retour sur les dernières mesures annoncées :

Les parents privés d'allocations familiales ?

Les parents dont les élèves usent de violences à l'école pourraient ne plus recevoir le versement de leurs allocations familiales par la Caf. C'est l'une des mesures envisagées par le gouvernement pour lutter contre les violences scolaires. Le plan d'actions annoncé en fin d'année 2018 comporte des mesures visant à renforcer la sécurité des élèves et des professeurs. Pour Jean-Michel Blanquer, il s'agit de "responsabiliser les familles". Concrètement, les établissements scolaires pourraient signaler les différents cas à l'inspection académique, qui sera alors chargée d'informer la Caisse d'allocations familiales pour lui demander de mettre fin ou de suspendre les allocations des parents. "La sanction serait équivalente au montant des dommages effectués en cas de dégradation matérielle. Les familles recevront des avertissements avant toute suspension", précise une source proche du dossier au quotidien Le Parisien

Le renforcement des conseils de disciplines 

Jugés "complexes" ou "chronophages", le ministre de l'Education regrette que cette mesure disciplinaire soit rarement appliquée au sein des établissements scolaires. "On peut comprendre des chefs d'établissements qui ne voulaient pas alourdir les choses... Il y avait donc une tendance à ne pas en faire. Or, il faut qu'il y ait ce qui est nécessaire", avait-t-il déclaré sur Europe 1 le 27 octobre. Il souhaite par conséquent simplifier les procédures en passant notamment par un changement du règlement intérieur. "Composé actuellement de 14 membres et convoqué au minimum 8 jours avant sa réunion, il est proposé qu'il soit dorénavant composé de 6 membres et que le délai de convocation soit raccourci", précise le ministère.

Un registre pour signaler tout incident 

Les professeurs des écoles primaires, des collèges et des lycées auront désormais la possibilité de signaler tous les incidents et de les enregistrer sur un fichier numérique. A chaque signalement, la direction devra obligatoirement apporter une réponse. En outre, pour mieux soutenir les enseignants, Jean-Michel Blanquer souhaite qu'un membre de la direction accompagne systématiquement le professeur qui souhaiterait porter plainte. Par ailleurs, "une enquête directe auprès des professeurs et des personnels est mise en place à grande échelle pour disposer, dans les prochains mois, d'un état des lieux précis des atteintes aux personnes" précise le ministère de l'Education dans un communiqué.

Des sanctions adaptées aux faits

Retenues, exclusion, responsabilisation seront plus adaptées en fonction de la nature des faits. "Les mesures de responsabilisation (remise en état de peinture ou du matériel dégradé…) représentent aujourd'hui 1% des sanctions prononcées, alors même que leur valeur pédagogique est évidente. Des partenariats avec le monde associatif sont des leviers essentiels pour développer ces dispositifs", ajoute le ministère de l'Education.

Comment prendre en charge les élèves exclus ?

Le gouvernement se penche aussi sur le suivi des élèves "poly-exclus", pour des problèmes disciplinaires. "Le système éducatif ne sait toujours pas gérer les situations les plus extrêmes, en particulier celles de ces élèves (...) qui, d'établissements en établissements, sont renvoyés pour les mêmes faits", a précisé le SNPDEN, premier syndicat des chefs d'établissement. En outre, Jean-Michel Blanquer s'est montré favorable à la création de "structures dédiées solides" pour prendre en charge ces jeunes de 13 à 18 ans. Pour les encadrer, le gouvernement pourrait faire appel à différents corps de métiers, aussi bien de l'Education nationale que de l'armée ou de la police. A leur retour au sein de l'établissement, ces jeunes devront faire preuve d'un comportement exemplaire lors d'une période probatoire, en faisant un point quotidien avec la direction. Enfin, le ministre souhaite mieux former le personnel de l'Education aux questions de la sécurité au sein des établissements. 

Le téléphone au lycée. Pour Jean-Michel Blanquer, "les réseaux sociaux amplifient la tentation d'imiter les choses vues à la télévision ou sur Internet. Ils encouragent également des élèves qui se croient malins d'organiser des faits avec pour motivation de les diffuser", a-t-il déclaré dans un entretien au journal Le Parisien du 21 octobre. Alors que le téléphone portable a été interdit dans les écoles primaires et les collèges à la rentrée 2018, les lycées sont libres d'appliquer ou non cette mesure. Suite au braquage de l'enseignante, Jean-Michel Blanquer est favorable à ce que les lycées prohibent les téléphones portables. "Notre loi ouvre la possibilité aux lycées d'interdire le portable. Cela n'était pas possible avant. J'encourage ainsi vivement les lycées qui sont confrontés à des faits anormaux à user de ce nouveau droit". Pour l'heure, un comité stratégique doit se réunir la semaine prochaine pour proposer un "plan d'actions ambitieux" contre les violences visant les enseignants.

#Pasdevague, le combat des profs contre les violences passées sous silence. La parole se libère. Sous ce hashtag, des centaines d'enseignants dénoncent la violence sous-estimée en milieu scolaire et l'absence de soutien de leur hiérarchie. Une violence subie par de nombreux professeurs, contraints de rester silencieux afin de ne pas entacher l'image de leur établissement scolaire. Alors, comment expliquer cette "omerta" ? En effet, "cacher les incidents sous le tapis, c'est préserver la réputation de l'établissement. Malheureusement, ainsi, on donne le pouvoir aux élèves. Et nous ne sommes que plus vulnérables.", confie à Marianne Marie-Christine, professeur de français dans le Gard. Ainsi, du fait d'être livrés à eux-mêmes face à des actes violents, menaces, insultes, humiliations, ou autres agressions de la part des élèves, et sans soutien de leur hiérarchie, de nombreux professeurs préfèrent fermer les yeux et ne pas faire de "vagues". Certains vont même jusqu'à culpabiliser. Aujourd'hui, il y a "extrêmement peu d'exclusions définitives avec sursis, mais encore moins d'exclusions définitives", déplore une autre professeur dans l'Essonne. Et cela ne concerne pas seulement les établissements en REP +. Loir-et-Cher, Charente-Maritime, Nord, Alsace... Les témoignages des enseignants déplorant cette violence minimisée et le désolidarisation de leurs supérieurs hiérarchiques fleurissent sur les réseaux sociaux.

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