Sexualité, intimité... Comment lui parler de la première fois ?

Sujet délicat, parfois tabou... Discuter de la première relation sexuelle n'est pas toujours facile pour les parents. Faut-il laisser notre ado nous en parler ou au contraire, prendre les devants ? Quels mots choisir et comment être sûr qu'il prendra toutes les précautions nécessaires ? Réponses et conseils de la sexologue Sarah Krief.

Sexualité, intimité... Comment lui parler de la première fois ?
© Martin Novak - 123RF

Votre ado vous a présenté sa première petite copine ? Votre enfant a été interpellé lorsqu'il a vu une scène intime dans un film ? Il se pose de plus en plus de questions depuis que son corps se transforme (premières règles, éjaculations nocturnes...) et que ses hormones vont dans tous les sens ? C'est peut-être le bon moment pour lui parler de sexualité et notamment de la première fois. Conseils de Sarah Krief, sexologue. 

Vers quel âge aborder le sujet ?

Il ne faut pas être impatient d'en parler, mais simplement se montrer disponible s'il a des questions. Sachez qu'il n'y a pas de bon moment. Il faut en discuter quand l'enfant semble assez mature pour comprendre. "On peut commencer à aborder la notion de sexualité tout doucement avec des mots adaptés à l'âge de l'enfant. Vers 7-8 ans, on peut parler de l'image du corps ou de la notion de sentiments. Surtout que c'est à cet âge que commencent les petites amourettes de primaire. Vers 10-11 ans, on peut introduire tout ce qui concerne les hormones, les changements physiques et la puberté, mais toujours en suivant le rythme de l'enfant. Vers 12-14 ans, on peut commencer à leur parler vraiment de sexualité, mais sans être intrusif", explique la sexologue. L'idée est de leur tendre des perches lorsque vous regardez un film, lorsque vous tombez sur une publicité, lorsque vous parlez d'un fait d'actualité ou lors d'une conversation dans la voiture... "Plutôt qu'un long discours solennel, mieux vaut privilégier des petites discussions de temps en temps en tête-à-tête", conseille-t-elle. 

7 conseils pour parler de la première fois à son ado

  • Ne pas être intrusif. C'est très important de lui laisser une part d'intimité. "Mieux vaut d'ailleurs éviter de poser des questions directes du genre "et toi, c'est pour bientôt ?", ou "as-tu déjà fait l'amour ?", conseille l'experte. Autant de questions gênantes et intrusives qui risqueraient de le brusquer et de le gêner, plutôt que de laisser place à une vraie conversation. Et s'il a envie de se confier, ne vous inquiétez pas, il viendra naturellement vous solliciter et vous fera part de ses doutes.  
  • Expliquer que ce que l'on peut voir sur Internet n'est pas la réalité. Par exemple, dites-lui que les images pornographiques ne correspondent pas aux normes, tant au niveau des performances qu'au niveau de l'esthétique des corps ou des parties génitales. "Comme les jeunes ne parviennent pas toujours à prendre de la distance sur ce qu'ils voient, il faut insister sur le fait que ces vidéos sont comme des films de science-fiction, ce n'est absolument pas la réalité et que la performance (durée du rapport, taille du pénis, quantité de sperme... Autant de paramètres qui altèrent la confiance en soi) est loin d'être le plus important dans l'acte sexuel. Dans ce genre de vidéos, les hommes et les femmes sont spécifiquement choisis (pour leur performance et leurs caractéristiques physiques), mais ils ne sont pas représentatifs de la majorité des personnes", rassure la sexologue.
  • Raconter sa propre vie sexuelle n'a aucun intérêt. Tout d'abord, l'enfant ou l'ado n'a pas forcément envie de connaître des détails qui pourraient le choquer. De plus dans son imaginaire, le jeune considère souvent ses parents comme des personnes asexuées. Vous pouvez éventuellement lui parler de sentiments et de liens affectifs s'il vous le demande, mais absolument pas des détails qui ne concernent que vous, les parents. 
  • Parler de contraception. "Même si en théorie, l'ado a des cours d'éducation à la sexualité, ces derniers ne sont pas toujours dispensés dans les faits". Prenez donc les devants et parlez-lui de l'importance du préservatif qui est indispensable à chaque rapport pour se protéger des infections sexuellement transmissibles (IST). "On peut même se permettre de laisser une boîte de préservatifs à disposition de l'ado. L'idée n'est évidemment pas de compter combien il en reste chaque jour, mais de lui montrer l'importance de se protéger et de lui faire comprendre que vous êtes ouvert", conseille la spécialiste. C'est aussi l'occasion de proposer à la jeune fille de faire sa première consultation gynécologique et pourquoi pas envisager le recours à la pilule. "La pilule est d'ailleurs efficace pour réguler les cycles et atténuer les douleurs menstruelles, donc pourquoi ne pas faire une pierre deux coups". La jeune fille pourra également poser des questions qu'elle n'ose pas vous poser à la gynécologue. 
  • Ne pas oublier de parler de sentiments. Parler des premières relations sexuelles ne doit pas se cantonner à parler de prévention, de MST ou de grossesse ! Discutez également de sentiments, d'amour, d'émotions, d'attirance physique ou de désir. Insistez surtout sur le fait qu'"on ne fait pas l'amour pour mettre un terme à sa virginité ou pour faire comme tout le monde, on le fait quand on se sent prêt, qu'on est amoureux ou attiré par quelqu'un d'autre, qu'on a du désir pour lui et qu'on se sent en confiance", souligne Sarah Krief.
  • Le diriger vers un adulte de confiance. Si vous êtes gêné de parler sexualité avec votre ado ou s'il a du mal à se confier, dirigez-le vers un autre adulte (une grande sœur, une tante, une amie de la famille...) qui pourra répondre, avec plus de recul et d'aisance, à ses questions. "Assurez-vous toutefois que cette personne maîtrise le sujet et qu'elle ne va pas donner de fausses informations en matière de contraception, de consentement, de protection...", précise l'experte.  
  • © Editions Solar
    Avoir recours à des livres. "Quel vocabulaire employé ? Mieux vaut-il appeler un chat, un chat ou utiliser des images détournées ? Va-t-il se braquer si je lui parle de préservatif ? N'est-il pas trop jeune pour avoir son premier rapport sexuel ?". Ok, l'éducation à la vie affective et sexuelle n'est pas un apprentissage comme les autres. Sujet intime, personnel, sensible et, parfois tabou, il n'est pas toujours évident de trouver les bons mots pour en parler. Les livres peuvent vous aider à aborder le sujet. Par exemple, le livre "La sexualité de vos ados, en parler ce n'est pas si compliqué" de Samuel Comblez aux Editions Solar est un livre-guide à destination des parents. Une véritable mine d'astuces pratiques, de témoignages d'ados et de conseils déculpabilisants. 

Consentement : savoir l'exprimer et savoir l'entendre. Selon les résultats du Baromètre santé 2016, 10,7 % des filles révèlent avoir cédé aux attentes de leur partenaire lors de leur premier rapport sexuel contre 6,9 % des garçons. 1,7 % des filles déclarant même avoir avoir été forcées à avoir ce rapport (contre 0,3 % des garçons). Pourtant, "si l'ado ne se sent pas prêt, il ne devrait en aucun cas se forcer, même s'il subit une pression de la part des autres jeunes de son âge ou de son amoureux. Il reste maître de son corps", insiste l'experte Sarah Krief.

Parce que les violences et les rapports forcés ont un impact important sur la santé actuelle et future des ados, la prévention sur le consentement est une priorité pour les jeunes qui entrent dans la vie sexuelle et affective. Le 23 octobre 2018, l'Agence Santé publique France lance la campagne "Ok, pas Ok". A cette occasion, une série de 4 podcasts - dans lesquels trois jeunes filles et un garçon partagent leur expérience et parlent de la première fois, de sentiments, de rencontres sur Internet, de rapports de force, de négociation ou encore, de chantage affectif - seront diffusés sur les radios, les plateformes audio digitales (Spotify, Deezer, Fun Radio...), les réseaux sociaux et le site Onsexprime.fr -. Dire ce que l'on ressent, demander avant, dire oui, changer d'avis, ne pas céder à l'abandon du préservatif, s'écouter et tenir compte de la réponse… Chaque podcast se conclut  par un message rappelant l'importance du consentement et a pour but d'aider les jeunes à développer leur esprit critique et à adopter les bons réflexes. 

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