Le service national universel pourrait inclure le permis de conduire

Le service national universel, en partie obligatoire pour les garçons et les filles de plus de 16 ans, débute en juin pour 13 départements pilotes. Emmanuel Macron a annoncé que les examens du code et du permis pourraient être passés dans le cadre du SNU. Ce qu'il faut savoir.

Le service national universel pourrait inclure le permis de conduire
© Goodluz - 123RF

720 000. Ce sera le nombre de jeunes concernés par le service national universel (SNU), censé être obligatoire à partir de 2026 d'après le premier rapport remis au gouvernement en conseil des ministres l'an dernier. Concrètement, le SNU concerne les jeunes après la classe de troisième, et dure un mois avec un séjour de cohésion de deux semaines en hébergement collectif. Les ados suivent ensuite une mission d'intérêt général auprès d'associations, de collectivités territoriales, d'institutions ou d'organismes publics ainsi qu'auprès de corps en uniforme, de deux semaines également. Mais certains jeunes pourraient bien être concernés d'ici quelques mois puisqu'un test est lancé en juin dans 13 départements pilotes. "En juin 2019, 2 000 à 3 000 jeunes participeront à la phase de préfiguration du SNU dans treize départements", a assuré Gabriel Attal, le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education en janvier dernier. La mise en place officielle du SNU sera quant à elle progressive sur plusieurs années. Alors, quelles sont les grandes lignes du projet ? Sera-t-il obligatoire ? A quel âge devra-t-on le faire ? Qu'y feront précisément les jeunes ? Réponses. 

Le permis de conduire intégré au SNU ?

"Dans le Service national universel, on aura l'intégralité du permis qui sera intégré", a déclaré Emmanuel Macron lors d'une réunion avec des jeunes, organisée le 7 février 2019 en Saône-et-Loire. "Ce qu'on veut faire, c'est baisser le coût d'acquisition pour les jeunes, pour qu'on puisse plus facilement (y) avoir accès", a-t-il assuré. Dans un premier temps, lors de la phase obligatoire, les jeunes âgés de 16 ans pourraient suivre un module de deux heures qui portera sur le code de la route. Cette initiation au code pourrait donc se dérouler durant les 15 premiers jours d'internat. Le ministère précise que les participants pourront avoir accès à une plateforme pour s'entraîner, et même obtenir une date pour l'examen après la phase obligatoire du SNU. Quant à l'examen du permis de conduire, il pourrait se dérouler durant la phase facultative du SNU, pour les jeunes âgés de 18 ans, mais cette proposition est encore à l'étude. Plusieurs pistes permettant de diminuer le coût du permis de conduire ont été remises au premier ministre ce vendredi 8 février.

Quels sont les départements concernés par une mise en œuvre pilote ? 

Les jeunes appelés volontaires (lycéens, apprentis, jeunes actifs ou décrocheurs scolaires). mobilisés pour cette phase de préfiguration participeront d'abord en juin 2019 à un séjour de cohésion de quinze jours. "Ils réaliseront dans un second temps leur mission d'intérêt général, d'une durée de quinze jours également, entre juillet 2019 et juin 2020", précise le ministère. Les 13 départements concernés sont les .Ardennes, le Cher, la Creuse, l'Eure, la Guyane, les Hautes-Pyrénées, la Haute-Saône, la Loire-Atlantique, le Morbihan, le Nord, le Puy-de-Dôme, le Val d'Oise et le Vaucluse.

Carte des départements pilotes pour la phase de préfiguration du Service National Universel © Ministère de l'Education

Quels sont les objectifs du SNU ?

Le service national universel aura pour but de "prolonger la formation civique et la sensibilisation aux sujets de sécurité et de défense" des jeunes citoyens français, leur permettre de "partager l'expérience d'une communauté d'âge et de la mixité sociale" et leur faire "découvrir les différentes formes d'engagement possibles", expliquent les auteurs du rapport. Bien que le projet soit toujours en cours de réflexion, les modalités de cette variante du "service militaire" ont été affinées, lors d'une grande consultation nationale des associations (en lien avec la jeunesse, les parents...), des syndicats d'enseignants, des professionnels du secteur de la jeunesse et des collectivités territoriales qui pourront donner leur avis par voie numérique. "La jeunesse manque d'un moment de mixité, de cohésion sociale et territoriale, autour des valeurs de la République. Sortir de son environnement immédiat, se confronter à l'autre, découvrir un territoire, sont autant d'opportunités de se construire, de forger son identité. Ce moment doit aussi permettre de lever les freins à l'engagement. S'engager, c'est donner de son temps pour l'intérêt général. C'est aussi grandir, développer des compétences qui seront utiles pour s'insérer professionnellement. Or, si une écrasante majorité des jeunes veulent s'engager, ils sont trop nombreux à être freinés, pour des raisons financières, sociales, géographiques, culturelles. Notre pays ne montre pas suffisamment à ses jeunes leur utilité sociale" a déclaré Gabriel Attal, secrétaire d'Etat.

Qui est concerné ?

Le SNU sera en partie obligatoire. Le groupe de travail missionné pour réfléchir au projet propose que le SNU soit divisé en deux phases :

  • la première phase d'une durée d'un mois sera obligatoire pour tous les jeunes à partir de 16 ans. Elle comprendra un "temps de cohésion" : c'est-à-dire "15 jours en hébergement, centrés sur les valeurs, les savoir-faire et savoir-être", précisent les auteurs du rapport. Ensuite, les jeunes participeront à un "temps de projet collectif" et passeront 15 jours (plus personnalisés, animés par des tuteurs de 21 à 25 ans parmi les élèves des écoles d'Etat (ENA, polytechnique...), de commerce, les futurs enseignants et les jeunes réservistes) par petits groupes de 15.
  • la seconde phase, d'une durée de 3 à 12 mois, pourra être suivie sur la base du volontariat. Elle sera liée à la défense, à la sécurité, à l'accompagnement des personnes, à la préservation du patrimoine ou encore, à la protection de l'environnement. Un engagement qui donnera lieu à des contreparties financières pour le jeune : facilités d'accès au permis, crédits universitaires, éventuelle indemnisation…, selon le gouvernement. 

A quel âge faudra-t-il le faire ?

La première phase pourra avoir lieu aux alentours de 16 ans, après la classe de troisième (juste après le brevet) ou à la fin de la classe de seconde. Cette phase pourrait commencer au mois de juin et empiéterait donc sur les vacances scolaires. La seconde phase, elle non obligatoire, pourra se faire entre 16 et 25 ans. Le SNU serait l'occasion, selon le groupe de travail, de vérifier l'état de santé des jeunes, de dépister des éventuels problèmes d'illettrisme, de réaliser un bilan de compétences simplifié et des entretiens individuels sur de potentielles difficultés sociales ou familiales. Tout cela permettrait de disposer d'une vision globale sur une classe d'âge. Mais concrètement, qu'apprendront les jeunes ?

Première phase Deuxième phase (en fonction du service choisi)
A réaliser les gestes de premiers secours A être impliqué dans l'armée, la police, la gendarmerie, les pompiers ou la sécurité civile
A s'orienter avec une boussole A s'engager dans l'accompagnement des personnes
A rendre compte d'une situation de danger par radio A s'engager dans la préservation du patrimoine
A découvrir les différentes formes d'engagement A s'engager dans la protection de l'environnement
A participer à un projet collectif en lien avec des associations ou des collectivités A s'engager dans le tutorat scolaire

Que reste-il à faire avant son application officielle ?

La mise en oeuvre de ce projet nécessitera un budget conséquent qui comprendra le coût de la construction, l'alimentation des participants, leur transport, la location des internats, la masse salariale... Le groupe de travail a ainsi estimé le coût annuel à 1.7 milliard d'euros pour la première année d'expérimentation, puis entre 1 et 1.5 milliard d'euros par an. Par ailleurs, pour permettre l'instauration de ce service national universel, le gouvernement devra modifier la Constitution, via un amendement dans la réforme constitutionnelle afin d'autoriser une obligation de service à l'ensemble d'une classe d'âge. 

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