Mon enfant fabule, faut-il s’inquiéter ?

Votre enfant vous raconte ses souvenirs mais vous savez pertinemment qu'il invente ? La solution de ce mystère avec notre expert Alain Lieury.

On a souvent tendance à avoir confiance dans ses propres souvenirs mais les problèmes commencent déjà lorsque l’on évoque, soit dans un couple, soit entre amis, des souvenirs concernant des événements vécus ensemble… Les avis divergent très souvent. Et lorsqu’il s’agit d’enfants, ce n’est pas mieux évidemment contrairement à l’adage qui veut que «La vérité sort de la bouche des enfants». A l’initiative d’une chercheuse américaine, Elizabeth Loftus, de nombreuses recherches ont été faites pour essayer de comprendre l’origine des faux souvenirs mis sur le devant de la scène à cause de procès retentissants. Cette chercheuse avait déjà montré que les souvenirs pouvaient être largement déformés par des événements plus tardifs et notamment par des questions ultérieures. Ainsi, faisant voir des diapositives relatant un accident de la circulation, une voiture verte y apparaît, renversant un cycliste pour éviter un poids lourd. Si des questions sont du genre «Pourquoi la voiture bleue a-t-elle renversé le cycliste» et que plus tard, on demande la couleur de la voiture, plusieurs «témoins» disent qu’elle était bleue, alors qu’elle était verte. Une des raisons de ces faux souvenirs est que nous n’avons pas de mémoire photographique et que les souvenirs sont une véritable construction à partir d’éléments imagés et surtout d’éléments verbaux qui peuvent eux-mêmes se transformer en image ; cette construction évolue au cours du temps et peut se transformer en reconstituant des éléments manquants en fonction d’une meilleure logique de l’histoire, ou en agglomérant des éléments qui proviennent d’autres événements, comme dans des questions posées par un enquêteur ou un thérapeute.

Il en est de même naturellement chez les enfants qui ont aussi moins de vocabulaire pour s’exprimer. Ainsi d’autres chercheurs ont présenté à des sujets des histoires concernant leur enfance et racontées par leurs parents ; mais à ces événements réels étaient ajoutés de faux, comme par exemple la venue d’un clown pour leur anniversaire. Lors d’un premier entretien, aucun sujet ne se rappelle de cet événement rajouté mais plus tard, lors d’un second entretien 20% des sujets se rappellent de cet événement et rajoutent des détails, alors qu’il s’agit d’un faux souvenir. Cela dit, il faut un second entretien (donc que l’oubli s’installe) pour avoir 20% des personnes qui fabulent et ce résultat signifie symétriquement que 80% ont une bonne mémoire ! Ainsi dans l’expérience initiale de Loftus, il y a erreur sur la couleur mais tous les sujets se rappellent bien l’accident…Ouf, notre mémoire n’est pas si mauvaise !

Crédit photo : Naty Strawberry - Fotolia.com


Mon enfant fabule, faut-il s’inquiéter ?
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