Lettre à une maman qui culpabilise d’avoir adopté…

Lettre à une maman qui se reproche de ne pas aimer sa fille adoptive, arrivée à 7 ans, colérique, peu gratifiante, et cependant affectueuse par moments, par élans, qui se reproche aussi de lui préférer ses deux garçons «faits maison».

Chère madame, 

Z. n'est pas la petite fille dont vous aviez rêvé et vous vous  sentez coupable de mal l'aimer, de peu l'aimer, de manquer d'élans affectifs à son égard... D'un côté je comprends ce sentiment de culpabilité : vous êtes allée la chercher, elle ne vous avait rien demandé, et maintenant vous ne vous sentez pas "à la hauteur"... On peut dire que vous avez raison de culpabiliser, mais ça ne vous aide pas du tout, au contraire : plus vous vous culpabilisez à cause d'elle et moins vous pouvez l'aimer puisqu'elle vous met mal à l'aise, vous renvoie de vous une image qui ne vous plaît pas ...

Je vous propose de regarder la situation comme ça : elle est arrivée grande déjà, vous ne l'avez pas portée ni choyée comme vous l'avez fait pour vos garçons, et donc aujourd’hui vous ne l'aimez pas autant, pas de la même manière, mais est-ce cela l'important ? Les parents d'autrefois qui avaient des familles de 6, 7 voire 11 enfants ne devaient pas beaucoup se questionner pour savoir s'ils les aimaient tous pareil, autant etc. Ils essayaient d’abord de satisfaire à leurs besoins, de leur donner de la sécurité, et c'est cette base-là l'essentiel pour un enfant : se sentir en sécurité chez vous, définitivement, c'est plus important pour Z. que de percevoir chez vous un élan affectif.

Votre réserve a des avantages : vous ne faites pas pression sur elle, vous n'attendez pas d'elle des élans affectifs, vous la laissez venir à son rythme. Souvent des adoptions sont difficiles pour des raisons contraires : le parent fait trop pression auprès de l'enfant pour qu'il réponde à son amour, et l'enfant n'y arrive pas, se  sent décevant, culpabilise lui aussi, ce qu’il faut éviter !

Vous avez décidé d’adopter une enfant en manque de parents, par moments cela vous pèse un peu mais c'est fait, et personne ne peut s'attendre à ce qu'elle tienne aussitôt dans votre vie la même place que vos garçons. Créer du lien demande du temps, pour elle comme pour vous. Soyez avec elle attentive, tolérante (elle a souffert), chaleureuse si vous le pouvez, sans vous demander l'impossible... Soyez cool avec vous-même, indulgente... Proposez-vous chaque jour un geste gentil à son égard, un seul mais précis, et félicitez-vous de l'avoir fait. Si vous le pouvez, trouvez-lui de gentils parrains et marraines chez qui elle puisse aller de temps en temps en week-end, que ce soit pour elle une fête et pour vous un moment pour souffler, et laissez faire le temps. Si vous n'attendez pas trop de vous-même, vous vous surprendrez probablement à vous apercevoir qu'elle vous touche, qu'elle a pris de la place dans votre vie... Ne regardez pas en arrière (n'ayez pas la nostalgie de la relation idéale que vous aviez rêvée), regardez devant, regardez ses progrès... Elle a déjà 7 ans et dans une dizaine d'années elle sera adulte, vous aurez aidé une enfant à devenir une belle adulte ! C'est le vrai rôle des parents. La spontanéité de l'amour c'est la cerise sur le gâteau... Ça viendra peut-être. Ça viendra probablement !

Lettre à une maman qui culpabilise d’avoir adopté…
Lettre à une maman qui culpabilise d’avoir adopté…

Chère madame,  Z. n'est pas la petite fille dont vous aviez rêvé et vous vous  sentez coupable de mal l'aimer, de peu l'aimer, de manquer d'élans affectifs à son égard... D'un côté je comprends ce sentiment de culpabilité : vous êtes...